Omby : Le zébu dans tous ses états

Publié le par Alain GYRE

Omby : Le zébu dans tous ses états

 

L’Office national des arts et de la culture ne répertorie pas moins de 190 proverbes se rapportant au zébu (omby), le fameux bœuf à bosse sans lequel les campagnes malgaches ne seraient pas tout à fait ce qu’elles sont. Pas mal pour un animal qui n’a été importé d’Inde sur la Grande Île qu’au XIIIe siècle…

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« Na toy inona hanoanana, tsy hanaikitra omby mitsangana »(tu ne mordras pas de zébu vivant, même si tu meurs de faim). « Ny omby indray mandry tsy indray mifoha »(Les zébus qui dorment ensemble ne se lèvent pas forcément en même temps), etc. Ce sont deux des 190 proverbes malgaches recensés par L’Office national des arts et de la culture (Ofnac). Présent sur le sceau de la République aussi bien que sur les pièces de monnaie ou les billets de banque, dire qu’il fait un bœuf est encore un doux euphémisme à Madagascar. C’est l’animal qu’on abat pour les fêtes, les mariages, les funérailles… tous les grands événements de la vie sociale et familiale.

 

C’est son sang qu’on donne en offrande aux razana (esprits des ancêtres) lors des cultes ancestraux, et c’est encore sa viande qu’on se partage quand on veut se réconcilier avec autrui.

 

Considéré comme un animal sacré, il symbolise pour les Malgaches l’avoir. Si sous d’autres latitudes, le signe extérieur de richesse est la maison, la voiture ou la Rolex (paraît il), ici c’est le zébu, tout à la fois symbole de puissance et de pouvoir. C’est tellement vrai que voler un zébu était perçu dans la tradition comme un signe de bravoure et de virilité. « On mesurait la virilité au nombre de têtes volées », explique Tsilavina Razafinjatovo, chef de service à l’Ofnac et membre de l’Unesco. Les parents de la jeune fille n’hésitaient pas à demander au prétendant le nombre de têtes volées, se réservant le droit de décliner l’offre si le nombre n’était pas suffisant à leurs yeux.

 

Chez les Bara, les Masikoro et toutes les autres ethnies du Sud, voler des zébus était la condition préalable à toute demande en mariage. À cette époque, le dahalo (voleur de zébus) n’était pas l’objet de la vindicte publique, c’était en fait un métier sacré.

 

D’autant qu’il s’interdisait de répandre le sang des gens qu’il détroussait, comme de violer les femmes. Autres temps, autres mœurs. « Le dahalo ne volait pas les zébus pour les revendre et empocher l’argent, c’était juste une démonstration de force », souligne Tsilavina Razafinjatovo. C’est pour cela que les victimes ne faisaient pas appel aux forces de l’ordre quand un zébu était volé. Tout se réglait entre gens de même tradition, sans trop de grabuge.

 

Si aujourd’hui la traque de Remenabila, le redoutable dahalo, n’arrête pas de défrayer la chronique, c’est que le vol de zébus a pris une tout autre tournure dans un pays où le cheptel ne cesse de diminuer telle une peau de chagrin « En 1989, le nombre de zébus était d’environ 26 millions, le double de la population d’alors. Aujourd’hui, ce nombre a baissé de 50 %, Par conséquent la valeur marchande de l’animal ne cesse de grimper, ce qui suscite des vocations de dahalo », commente Tsilavina Razafinjatovo. Et si ça continue, faute de zébus, Madagascar adoptera bientôt la culture du… « foza orana » (écrevisse) !

 

 

 

 

Solofo Ranaivo

(article publié dans no comment magazine n°44 - Septembre 2013 ©no comment éditions)

 

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