Origine de l'esclavage.

Publié le par Alain GYRE

221 Origine de l’esclavage.

Conte Betsimisaraka
Recueilli à Tamatave

 

Un homme et une femme, dit-on, se marièrent, ils eurent deux enfants un garçon et une fille.

Quand les deux enfants furent grands, la fille se maria avec un homme d'un village éloigné, et le garçon devint serpent.

Après quelques mois, le fils devenu serpent dit à sa mère :

« Je veux que tu me fasses un repas à part dans une grande marmite, car ma portion habituelle ne peut plus me rassasier. »

La mère exécuta ces désirs.

Quelques semaines après, le serpent dit encore à ses parents de prendre et de tuer un bœuf et de le lui servir comme repas, puis il quitta le village et dévora tous les animaux des environs, bœufs, cochons, moutons; ensuite il rentra dans son village natal mangea toutes
les volailles et tous les hommes qui s'y trouvaient, excepté ses parents; un mois plus tard il dévora encore son père et sa mère.

Alors il resta le seul habitant du village entier.

Un jour, sa sœur désira vivement voir ses parents.

Elle annonça à son mari que le lendemain elle irait les visiter; mais le mari qui était ombiasy (1) connaissait le malheur qui était arrivé et voulut empêcher sa femme de partir. « Prépare-moi des provisions, dit-il, car c'est moi qui irai. Notre chien est attaché, quand il aboiera comme il le fait habituellement, détache-le, il m'aidera à vaincre un ennemi qui m'aura attaqué. Au contraire, s'il aboie plaintivement, tu pourras pleurer car je serai mort. »

 Entendu, répondit la femme.

Arrivé au village de ses beaux-parents, l'homme le trouva désert.

Il pensa le malheur va m'arriver.

Il avança quand même et parvint à la maison.

Quelle ne fut pas sa frayeur en apercevant le gros serpent couché au milieu de la chambre!

Le serpent lui dit d'entrer.

Alors il s'assit sur un escabeau et le serpent alla chercher de l'eau pour faire cuire le riz destiné à son beau-frère.

Resté seul, l'homme se dit ce n'est pas un homme que je vois ici, mais un serpent; je vais me sauver en emportant ces grains de riz qui m'aideront en route.

Après une heure de marche, il s'aperçut que le serpent le poursuivait et qu'il allait être rattrapé, il monta tout en haut d'un grand arbre et versa les grains de riz qu'il transportait.

Arrivé au pied de l'arbre, le serpent ramassa tout le riz et retourna à sa maison.

Lorsqu'il fut assez loin, l'homme descendit de l'arbre et s'enfuit rapidement.

Après quelques heures, le serpent courait de nouveau  derrière lui.

Rencontrant une grenouille, l'homme la supplia de l'avaler; de cette façon, dit-il, l'ennemi ne me verra pas.

Arrivé près de la grenouille, le serpent lui demanda si elle n'avait pas vu un homme.

« Non, répondit Rakèta (2) »

Alors, le serpent reprit le chemin de sa case, l'homme sortit du ventre de la grenouille et continua sa course.

A peine avait-il marché pendant quelques heures qu'il s'aperçut que le serpent était
de nouveau derrière lui.

Il remonta sur un arbre très haut et son ennemi ne put pas l'atteindre.

Alors le chien se mit à aboyer et la femme le détacha.

Dès qu'il fut en liberté, il appela tous ses semblables pour l'aider à sauver son maître. Ce fut donc une foule de chiens qui partit et arriva auprès du serpent.

L'homme donna le signal de l'attaque et, après une courte lutte le serpent fut tué.

Alors, l'homme lui ouvrit le ventre, et on vit sortir tous les hommes et les animaux mangés autrefois, ils étaient tous vivants

Leur étonnement fut bien grand.

« C'est moi qui vous ai sauvés, déclara l'homme, donc, vous êtes tous à moi, les
animaux seront mes troupeaux, et les hommes mes esclaves, excepté les parents de ma
femme.

Pourtant que ceux qui ont du vola (3) me donnent une piastre, et ils seront libres.

Ainsi fut fait, ceux qui ne purent payer furent emmenés et devinrent esclaves.

 

Voilà, dit-on, l'origine de l'esclavage.

 

 

(1) Devin.

(2) Madame grenouille (en langue malgache).
(3) Monnaie, argent.

Contes de Madagascar

Charles RENEL (1866 – 1925)

Librairie Ernest LEROUX

PARIS

 

Publié dans Contes de Madagascar

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