Origine des animaux domestiques.

Publié le par Alain GYRE

227 Origine des animaux domestiques
Conte  Betsimisaraka

Recueilli à Manambolo

(Province de Tamatave)

 

Dans l'ancien temps, Randianony et Ramohamina étaient les premiers êtres humains qui vécurent sur la terre.

Le Zanahary (leur créateur) les y avait placés.

Au bout d'un certain temps, la femme accoucha, non d'un enfant, mais de deux bœufs jumeaux.

Ils grandirent, devinrent vache et taureau.

La femme fut encore une fois enceinte, et mit au monde deux enfants jumeaux.

Puis dans d'autres grossesses successives, elle eut deux caïmans deux sangliers, deux chiens.

Quand tous furent grands, il arriva que les hommes seuls aidaient leurs parents pour trouver de la nourriture et travailler.

Les autres, bœufs, caïmans, sangliers, et chiens, ne faisaient que manger et dormir.

Un jour les parents leur dirent :

« Il faut que chacun vive de son travail. Nous sommes las de vous avoir à notre charge et de vous entretenir. Dispersez-vous où vous voudrez et où vous penserez pouvoir trouver votre nourriture. »

Les bœufs répondirent les premiers :

«  Nous ne savons ni travailler ni même faire cuire les aliments; nous mangerons à
l'avenir des herbes et les feuilles qui poussent toutes seules et nous n'aurons besoin de personne. Mais si quelqu'un parmi nos frères et nos sœurs mange les herbes, nous mangerons en retour ce qui leur appartient. »

Les caïmans dirent ensuite :

« Puisque vous avez choisi les herbes, nous prendrons, nous, les poissons qui sont dans l'eau, et, si quelqu'un ose prendre de nos poissons, nous le dévorerons, car ce sera un voleur. Du reste, pour bien surveiller notre bien, nous habiterons les rivières et les lagunes. »

« Nous, dirent alors les sangliers, nous choisissons pour notre part toutes les racines de  la forêt, et quiconque nous volera notre butin, nous lui mangerons ses biens. »

Les chiens parlèrent les derniers :

«  Nous sommes petits, faibles et incapables de pourvoir à notre existence. Nous ne savons pas de quel côté nous diriger. Nous demandons à rester chez nos parents avec nos frères les hommes. Nous mangerons ce qu'ils voudront bien nous donner, et nous nous contenterons des restes dédaignés par eux. Nous tâcherons en échange, de les aider dans la mesure de nos forces. »

Quand les parts furent ainsi faites, il arriva un jour que la femme eut une nouvelle
grossesse.

Elle eut l'envie de manger du poisson et elle envoya son mari en chercher.

Quand il en eut pris quelques-uns, il les ouvrit, les nettoya et les lava au bord de la lagune.

Le caïman sentit l'odeur et vit les écailles dans l'eau. Il se rendit compte qu'on lui
avait volé des poissons et médita de manger l'homme.

Quelque temps après, la femme eut le désir de manger des oviala (1).

L'homme alla en déterrer, comme il avait peur d'être vu des sangliers, il ne chercha pas dans les clairières, mais dans une vallée profonde.

Pourtant les sangliers s'en aperçurent, et résolurent de manger par vengeance les patates et le manioc des hommes.

La femelle du sanglier fut pleine à son tour et eut envie de riz.

Le sanglier en demanda à l'homme; celui-ci ne refusa point et dit :

«  Prends-en toi-même dans ma rizière. »

Le sanglier le remercia, appela sa femelle et ses petits. Ils allèrent dans la rizière de
l'homme, se régalèrent et dévorèrent presque tout son riz.

Le lendemain l'homme, stupéfait, se mit fort en colère contre le sanglier.

« Je vais, dit-il, tendre un piège pour l'attraper. »

Mais le chien alla prévenir son aîné; il lui conta que l'homme, furieux, méditait de le prendre au piège.

« Quelle espèce a-t-il tendu ? dit celui-ci. »

« C'est hafotra (2) voara (3). »

« Si je suis pris, je mordrai de chaque côté, et je finirai bien par le couper. »

C'est en effet ce qui arriva.

Alors l'homme prépara une autre corde avec du hafotra dipatika.

Mais le sanglier la cassa encore.

Le chien fut enrayé en voyant la rage de l'homme.

« Est-ce que tu veux vraiment tuer ton frère le sanglier ? »

« Oui, je veux le tuer. » 

« Eh bien! va chercher des sagaies et un couteau, nous le poursuivrons ensemble. »

Ils partirent donc, le chien courait devant et l'homme marchait derrière.

Au bout de peu de temps, le chien découvrit le sanglier, il se mit à aboyer en disant :

« Intony Zoky é! Intony Zoky é! » (Le voici mon aîné! Le voici! )

Le sanglier voulut s'enfuir, mais, blessé à mort par une sagaie, il tomba en s'écriant :

«  Je ne suis pas un voleur, car c'est toi qui as commencé par dérober mon bien. Aussi je maudis tous ceux de mes descendants qui ne ravageront pas les cultures des hommes, qui n'iront pas manger le manioc et dévaster le riz. Je les maudis encore, s'ils ne tuent pas les chiens partout où ils les rencontreront. »

Peu après ces événements, l'enfant de l'homme tomba malade.

On fit le sikidy et on vit qu'il y avait un dikan alanana (4).

Or, pour guérir l'enfant, il était nécessaire de tuer le petit de la vache.

On attendit que la mère fut partie pour enlever et sacrifier le veau.

Quand la vache revint, elle ne le trouva plus, mais, voyant du sang répandu devant la maison, elle se douta que c'était celui de son petit et elle exhala cette plainte :

« Mann! Mann! On donne une vie pour une autre! Vous préférez, vous, la vie de votre enfant à celle de mon petit. Cependant je l'aime autant que vous le vôtre. Mann! Mann! »

Mais les hommes en goûtant la chair de ce veau, trouvèrent que c'était un mets exquis,
et, depuis ce temps, ils ne manquèrent pas une occasion d'en manger de nouveau, soit pour les funérailles, soit quand un des leurs tombait malade.

 

(1) Mot à mot tubercule de forêt.
(2) Arbre à fibre textile.

(3) Sorte de figuier.

(4) Violation du sikidy.

Contes de Madagascar

Charles RENEL (1866 – 1925)

Librairie Ernest LEROUX

PARIS

 

 

Publié dans Contes de Madagascar

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