Origine des caïmans.

Publié le par Alain GYRE

207 Origine des caïmans.
Recueilli dans le district d’Ambatondrazaka

Province de Tananarive

 

Un jour, un Zanahary se promenait sur la terre, il vit un gros morceau de bois au bord d'une rivière, il le sculpta et lui donna la forme d'un caïman.

Le travail n'était pas fini et la forme de l'animal était encore grossière, lorsque le fils du Zanahary arriva et dit à son père :

 « Retourne au ciel pour prendre du repos, tandis que je garderai le caïman. »

 En prononçant ces paroles il apportait la vie destinée à animer l'animal, et il la déposa auprès du nez du bois sculpté.

Quelques temps après, le caïman devint vivant quoique imparfaitement fini et très laid et s'enfonça dans l'eau.

Le fils du Zanahary se précipita à sa poursuite, mais ne pouvant le saisir, il fut entraîné au fond de l'eau.

Après y avoir séjourné, le caïman demanda à une grosse anguille la permission de creuser un trou. (Il s'adressait à l'anguille parce qu'elle est, dit-on, la maîtresse de l'eau.)

Celle-ci lui répondit :

« Je te donne l'autorisation que tu me demandes, à condition que tu t'abstiennes de
laisser tes déjections dans mon domaine, sinon je te la refuse, car tu es gros et tu salirais nos eaux limpides. »

Depuis ce jour, tous les caïmans se rendent sur la terre pour obéir aux ordres de l'anguille.

 

 

207 bis Origine des caïmans.

Il y avait, dit-on, un vieux Betsiléo (1) qui étant sur le point de mourir, réunit ses enfants autour de lui pour entendre ses dernières paroles :

« Voici ce que j'ai à vous dire, mes enfants.

Quand je serai mort je vous recommande de ne pas m'enterrer dans le tombeau des ancêtres, faites-moi une petite tombe pas très profonde au bord de l'eau et couchez-moi dedans. »

 « Est-ce convenable, pour notre père, demandèrent les enfants ? »

«  Oui, cela est juste, reprit le père, mais si parmi vous l'un d'eux oublie mes recommandations, gare à lui, il n'aura pas de descendants et sera maudit. »

Les enfants s'engagèrent à accomplir les volontés paternelles, et le moment venuils déposèrent le mort dans un tombeau au bord du fleuve.

Trois jours après l'enterrement, le vieux Betsiléo changea de peau, et plongeant dans l'eau se transforma en caïman.

Les jours passèrent, une rafotsibe (2) mourut, on l'enterra aussi au bord de l'eau, et, comme le vieux Betsiléo, elle se transforma en caïman, mais en caïman femelle, et elle donna naissance à de nombreux petits caïmans.

Toutes les eaux profondes en furent remplies.

Aujourd'hui, lorsqu'un Betsiléo est entraîné par un' caïman et se cramponne après les bararata (3) et les bozaka (4) qui poussent au bord de l'eau, on coupe ces herbes en disant :

« Pourquoi ne pas écouter l'appel de tes ancêtres, va-t-en, car ils t'appellent. »

Voilà pourquoi dans certaines régions de Madagascar, les caïmans sont sacrés, lesindigènes respectent leur vie car ils croient que ce sont les ancêtres qui se sont transformés en caïmans.

 

 

 

(1)Habitant du Betsiléo, région du centre de l'ile.

(2)Une vieille femme.

(3)Roseaux.

(4)Herbes.

Contes de Madagascar

Charles RENEL (1866 – 1925)

Librairie Ernest LEROUX

PARIS

 

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