Projet Ambatovy: pillage de nos richesses minières

Publié le par Alain GYRE

Projet Ambatovy: Pillage de nos richesses minières

     

 

Jeudi, 13 Septembre 2012

Les anciens bâtissent les noms des cités malgaches soit à partir de l’histoire du village soit par ses caractéristiques géologiques. La fusion des mots Fer (vy en malgache) et Pierre (vato en malgache) pour donner Ambatovy en dit long sur la richesse du sous – sol de cette contrée de la Grande Ile. C’est pour exploiter du nickel, du cobalt et du sulfate d’ammonium que les sociétés canadienne, japonaise et coréenne se sont donné la main pour extraire ces minerais pour leur besoin industriel. Officiellement, le projet Ambatovy se limite à exploiter ces trois minerais, mais personne ne peut en être sûr vu le secret qui entoure l’installation d’extraction proprement dit.

Selon un rapport qui circule dans les milieux du secteur minier, des études géologiques auraient révélé la présence de 46% de fer, d’or et de terres rares (des études récentes font état de la présence d’un important gisement de terres rares dans la Grande Ile) dans cette partie Est de Madagascar où est installé le projet Ambatovy. Et, beaucoup craignent que, avec le projet Ambatovy, nos richesses minières sont immédiatement embarquées sur des navires via des pipelines sans qu’il y ait des contrôles, même si on affirme qu’il existerait des séparateurs qui filtrent… Aussi, craint-on que le projet Ambatovy ne phagocyte toutes les richesses minières de cette partie de la Grande Ile.

Dans ce contexte, d’aucuns n’objectent que l’Etat a diligenté un audit opérationnel du Projet Ambatovy qui devrait durer plusieurs mois. Les travaux d’audit ont été confiés à la société américaine Alex Stewart International. Mais parallèlement, au Conseil de Gouvernement du Mardi 11 Septembre 2012 , tenu au Palais d’Etat de Mahazoarivo, et au titre de la vice-Primature chargée de l’Economie et de l’Industrie, il a été décidé l’ « Approbation de la communication relative à la Société AMBATOVY et de l’arrêté interministériel donnant autorisation de démarrage de son exploitation. »

En attendant d’y voir un peu plus clair, des voix s’élèvent tant dans le milieu politique qu’économique sur l’importance d’un partage équitable des richesses entre les Malgaches et la société extractrice. En clair, des entités commencent à nouveau à réclamer la renégociation du contrat minier avec Ambatovy…

Ce projet qui devrait durer 28 ans a investi dans son installation plus de 5 milliards de dollars américains, un investissement qui sera rapidement amorti vu le bénéfice qu’engendrerait l’exploitation des minerais d’Ambatovy. En effet, avec le cours mondial du nickel, le projet Ambatovy fait un chiffre d’affaires de 1,3 milliard de dollars par an, tandis qu’il tirerait 370 millions de dollars par an du cobalt et enfin 43,7 millions de dollars par an du sulfate d’ammonium.

Sans compter les minerais de fer, d’or et de terres rares, le chiffre d’affaires globales d’Ambatovy serait de 1,7137 milliard de dollars par an. De ce pactole l’Etat malgache ainsi que la population ne percevront que 1% de la valeur FOB à Toamasina par an.

A part le côté financier, la Grande Ile ne gagne rien de cette exploitation minière. En effet, le projet Ambatovy ne prévoit aucun aménagement d’une usine de transformation en produits semi-finis pour assurer un développement durable pour les Malgaches et pour favoriser le transfert de technologie et de compétences. Pour des raisons qui nous échappent, le projet Ambatovy continue d’importer ses ressources humaines (surtout les ouvriers et techniciens) comme les Philippins au détriment des Malgaches qui ne demandent qu’à intégrer la chaîne de production après un stage de formation.

Il est temps pour les membres de la société civile, de la société politique et les dirigeants de taper sur la table afin de renégocier ce contrat minier pour permettre à la Grande Ile de tirer profit. L’Etat peut en effet négocier l’augmentation de la redevance de 10 à 20% du chiffre d’affaires par année d’Ambatovy ou sa participation au capital du projet à hauteur de 20% comme chez QMM. L’argent obtenu servira à renforcer la qualité de l’administration publique, à relancer les investissements publics dans les grandes constructions (routes, barrages hydrauliques, …) à réduire le chômage.

Les autorités malgaches ne devront pas avoir froid aux yeux face à ces géants miniers car les lobbyings menés dans les coulisses par la haute sphère d’Ambatovy prouvent que ces derniers sont très intéressés à cette « mine d’or ». Des diplomates des pays impliqués dans le projet Ambatovy ont séjourné voici environ deux mois dans la Grande Ile pour solliciter l’intervention de l’ambassadeur de l’Union européenne pour la délivrance du permis d’opérer. A cela s’ajoute l’intervention d’une société belge Atlantic Strategy, recrutée par Ambatovy, auprès du service européen pour l’action extérieure.

A défaut d’un accord profitable pour les Malgaches, rien n’empêche à l’Etat malgache de résilier le contrat minier pour l’attribuer à d’autres entreprises plus conciliantes vis-à-vis de la Grande Ile. Les Etats-Unis ont osé d’une manière unilatérale suspendre définitivement Madagascar de l’AGOA, un accord commercial qui a profité au pays de l’Oncle Sam.

Lambo T.

La Gazette

Publié dans Revue de presse

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