Conte: Rakanga er Ravoay

Publié le par Alain GYRE

22 Rakanga et Ravoay

(La Pintade et le Caïman)

 

            La pintade est un oiseau et n’a jamais su nager. Le caïman est un reptile et n’a jamais su voler. Dans l’ancien temps, ces deux créatures de Dieu étaient de grands amis. Les temps ont changé, leur caractère a changé. De l’ancienne amitié, les descendants de Rakanga et de Ravoay ne parlent qu’en proférant des injures.

L’amitié était franche des deux côtés. Chaque matin, Madame la pintade, veuve de son état, et les pintadeaux venaient au bord du lac pour réveiller monsieur et madame les caïmans par des chants agréables, mais dont on a perdu l’air :

« Tianao, tiako, tianjanahary,

Minjona,rahavako ;

Tiako, tianjanahary, tianao,

Kiaka ny andro, rahavako,

Tianjanahary, tianao, tiako,

Avia hiaradia, rahavako… »

 

Cela veut dire à peu près :

 

            « Ce que tu aimes, le l’aime, Dieu l’aime,

Réveillez-vous mes parents ;

Ce que j’aime, dieu l’aime, tu l’aimes,

Il fait jour, mes parents ;

Ce que dieu aime, tu l’aimes, je l’aime,

Allons marcher ensemble, mes parents ».

 

            Et chaque soir, la coutume voulait que les caïmans chantaient à leur façon, non pour réveiller les pintades, mais pour les inviter à méditer sur le bonheur des heureux. Rien n’est resté de ce chant lequel, semble-t-il, n’avait rien d’agréable à l’oreille, étant trop discordant, trop grave et trop mélancolique.

            Un jour, messieurs les caïmans eurent l’idée de compléter la collection des viandes  qu’ils avaient goûtées. Ils s’aperçurent que celle de la pintade manquait à la liste ; l’histoire  ne précise pas  si l’idée vint de monsieur ou de madame. De toute façon, ce fut une idée bizarre. De là provient tout le malheur. Un jour – kotrokotro lava tsy tantin’amalona – un pintadeau fut pris, entraîné dans le trou et dévoré sur le champ.

            Adieu, le petit chant du matin, les complaintes du soir. Adieu l’amitié.

            La chair humaine figure dans la collection des chairs dévorées par le saurien. Elle est classée, semble-t-il, parmi les plus exquises, bien au-dessus de celle des pintades.

            Un petit conseil donc , ne nous amusons pas avec les caïmans : notre chair est succulente.

 

            « Tsy atiavako antobavy dadinao,

            Miaraka amin’ny kary, misoma amim-boay !

Tsy atiavako dadilahin andiry

Misafosafo sangam-borondolo ».

 

Ce qui veut dire à peu près :

 

            Je n’aime pas la vieille, ta grand’mère

Car elle marche avec des chats des chats sauvages et joue avec des caïmans

Je n’aime pas ton grand ‘père

Car il caresse la huppe du hibou.

 

 

Contes et légendes de Madagascar

RABEARISON

Administrateur Civil

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