Ravintsy : Croisière sur les Pangalanes

Publié le par Alain GYRE

 

Ravintsy : Croisière sur les Pangalanes

 

Tout du long, de Foulpointe à Farafangàna , soit près de 650 km, le canal des Pangalanes reste une destination unique pour qui veut s'imprégner des paysages de la côte Est. Trois jours n'étaient pas de trop pour en explorer sa partie la plus captivante à bord du « Ravintsy ».

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Après une journée et demie de route (Antananarivo- Mananjary en passant par Ranomafana), notre guide Rica Fernandez, agent de développement local pour la Compagnie des Pangalanes, nous accueille à bord du Ravintsy. Son nom (et ses couleurs) évoque le martin-pêcheur, qu’on croisera plus d'une fois le long du périple. Il est semblable aux nombreux bateaux-brousses qui font la navette sur les Pangalanes, le confort en plus.

 

Le canal a beau s’étendre sur près de 650 km - de Foulpointe à Farafangana -, nous n’en parcourrons qu’une partie : de Mananjary à Mahanoro, soit 430 km. « Le canal est impraticable entre Vatomandry et Mahanoro, car recouvert de jacinthes d’eau. De même pour la voie Mananjary-Manakara, voire Farafangàna, inaccessible dès que le niveau de l’eau diminue, sauf en pirogue, et encore », m’explique Rica.

 

Curieux Pangalanes dont le faible tirant d'eau par endroits contraint les pêcheurs à porter la pirogue sur le dos. D'où l'une des traductions possibles du mot qui pourrait signifier « soulever pour être de l’autre côté ». L'autre traduction : an-pangalana ou « relié par des points d’eau », évoquerait plutôt le creusement du canal , en 1896, au tout début de la colonisation , dans le but de faire une seule voie navigable à partir du chapelet de rivières, lacs, lagunes qui se succédaient. Un ouvrage titanesque qui mobilisa un millier de travailleurs malgaches, dont beaucoup y laissèrent leur peau.

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Le canal arbore une végétation luxuriante de niaoulis, filaos, pandanus et ces fameuses oreilles d’éléphant (Typhonodorum lindleyanum) appelées ainsi en raison de leurs énormes feuilles. Alain Daso, le gérant de la Compagnie des Pangalanes, géologue de profession, m'explique s'être reconverti dans le tourisme « par amour de la nature et des beaux endroits ». Il n'en finit d'être fasciné par ce canal qu'il fait visiter pour la quatrième fois à bord du Ravintsy. Moments toujours touchants lorsque les enfants nous saluent de la rive, prenant la pose pour une ultime photo souvenir. Rica m’explique que la visite des Pangalanes a également un aspect social : « Les touristes peuvent faire des dons de médicaments, de kits scolaires aux villages démunis, nous les déposons dans les centres de santé concernés ».

 

Nous croisons le village d'Anilavinany, habité par des pêcheurs Antemoro. C'est sans doute le plus pittoresque du canal, source de bien des cartes postales. Les villages des ethnies Antambahoaka et Betsimisaraka sont tout aussi passionnants , construits selon les principes du Vintana, une sorte de feng-shui local où l'espace est rigoureusement ordonnancé : « Au nord-est s'ouvre le lieu sacré, réservé au roi, où l’on dépose les offrandes et demande les bénédictions. Sa femme et ses enfants doivent s’asseoir plus à l'ouest, vers les poutres centrales… »

 

Petit arrêt au village de Mahela, orné de ses arbres à pain. Ici repose l’ancre et la chaîne du bateau échoué de Jean Laborde (1805-1878), le premier consul de France à Madagascar. Il aurait été recueilli par des compatriotes qui produisaient ici du sucre et du rhum. Plus loin, voici Ambohitsara où nous accostons pour découvrir son célèbre totem, l'« éléphant blanc ». Sa trompe pointe en direction de La Mecque, d’où il aurait été amené entre le XIIIe et le XIVe siècle. Les couples sans enfants, entre autres, viennent y déposer des offrandes dans l'espoir de voir leurs voeux exaucés.

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Dédé, le capitaine du bateau, est d'un calme imperturbable, même quand la nuit tombée on n'y voit pas plus loin que le halo des torches. Justement nous nous apprêtons à passer notre deuxième nuit en pleine forêt, précisément au Pangalanes Forest Lodge, près du village d’Andranotsara. L’océan est là, bruissant de tout son ressac. Rica m'explique qu’on y voit passer les baleines entre août et septembre. A l'entrée d’Andranotsara, une fillette s'applique à fabriquer un lambanana, la nappe où l'on prend habituellement ses repas. Les jours de fête, les feuilles de ravinala servent à la fois d’assiettes et de cuillères. Des bouts de bois érigés au-dessus du sol et surmontés de cornes de zébus indiquent que nous sommes en présence d'un jiro, prélude à une cérémonie de circoncision collective chez les Antambahoaka. Puis voici Mahanoro, point d'arrivée de notre périple. Son nom signifie « ce qui illumine » ou rend heureux. Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage...

 

 

 

 

Rica Fernandez : 032 78 383 23 - ridez88@live.fr

Alain Daso : 034 95 032 24 - daso.alain1@gmail.com

 

 

Joro Andrianasolo

(article publié dans no comment magazine n°52 - Mai 2014 ©no comment éditions)

 

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Publié dans Revue de presse

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