Reboisement villageois individuel: efficace et durable pour la demande en charbon

Publié le par Alain GYRE

Reboisement villageois individuel: Efficace et durable pour la demande en charbon

     

 

Lundi, 13 Août 2012

20% de la demande en charbon de la ville d’Antsiranana sont assurées par le reboisement villageois et individuel, soutenu depuis 1996 par le Programme germano-malgache pour l’environnement (PGM-E/GIZ). La demande de la ville est de 14 000 t/an. La semaine dernière, le renforcement de capacités sur la gouvernance de la Filière bois énergie (FBE) organisée à Antsiranana par ce programme a permis de savoir que l’approche individuelle est efficace et durable. Les paysans s’approprient du système, contrairement au reboisement communautaire. Le terrain, une dotation des communes concernées, est défini par les communautés de base. Le paysan s’occupe de son propre lotissement et est propriétaire des produits du reboisement qui en sortiront. Cette approche le rassure. Le charbon issu de ce reboisement lui apporte un revenu monétaire non négligeable d’après Christian Andriamanantseheno du bureau d’études Eco recruté par le PGM-E/GIZ pour la FBE. Il souligne que ce revenu est le bienvenu pour les ménages car dans la périphérie de la ville, les activités agricoles sont pour l’autosubsistance.

L’exploitation du reboisement d’eucalyptus dégage un bénéfice équivalent à 80 à 100 euros, soit entre 222 000 à 277 500 Ar/ha. Pour en tirer des bénéfices tout au long de l’année, le paysan exploite 1/2 ha par an. Chaque paysan possède en moyenne 3 ha de reboisement. A Ankitsaka, une commune à 32 km au sud d’Antsiranana, le groupement de paysans exploitants et de charbonniers créé en 2010 a fait un chiffre d’affaires de 13 millions Ar et des bénéfices de 2 millions Ar en 2011. Ces bénéfices ont été réinvestis pour accroître l’offre en charbon « vert » qui ne suit pas la demande. Ce charbon est trié et emballé dans des sacs bien présentables. Il contribue à la baisse de la déforestation. Celle-ci est un fléau pour les forêts naturelles autour d’Antsiranana et notamment celles de la montagne des Français et du parc d’Ankarana. En 15 ans, 2/3 de ces forêts ont disparu à cause du charbon. Si le rythme continue, Antsiranana n’aura plus de forêts naturelles d’ici 13 ans. L’approche du programme est efficace mais il faut subventionner le labour, dont le coût qui est au moins 610 000 Ar/ha, revient cher pour les paysans.

En termes de rentabilité, il ne l’est pas puisqu’un arbre est exploitable sur 30 ans. Le labour est indiqué car il faut 1 100 arbres/ha pour 4 t de charbon par cycle d’exploitation. Il présente plusieurs avantages dont la rétention d’eau, la baisse des risques de feux, la lutte contre l’érosion. Mais comment le subventionner ? Notre interlocuteur propose un prélèvement sur le chiffre d’affaires de la FBE à réaffecter directement aux communes, et assorti d’un mode d’emploi clair. En fait, la FBE a besoin d’une vraie réforme, le cas d’Antsiranana n’étant pas isolé. L’Atsimo Andrefana, le Boeny et d’autres régions ont le même problème. Le coordonateur national de l’Alliance voahary gasy (AVG), Andry Andriamanga rappelle que 69% des surfaces du pays sont régulièrement la proie des cultures sur brûlis, des feux et du charbon illicite. Mais c’est en 2002 seulement que le décret sur la gestion des feux est sorti. L’AVG soutient que la société civile est appelée à prêter main forte à la gouvernance de la filière bois énergie.

Fanjanarivo

Charbon de bois: Le même traitement pour l’illicite et le légal

Les charbonniers exploitant les 6 500 ha de reboisements villageois individuels autour d’Antsiranana se désolent du traitement injuste que les autorités leur infligent. Ils doivent payer une ristourne 100 Ar par sac comme les charbonniers qui exploitent illégalement les forêts naturelles autour de la ville. Pour la commune d’Antsalaka, la commune a défini auparavant une ristourne de 50 Ar pour le charbon légal, contre 100 Ar pour l’illicite. Mais la région a voulu aligner les taux. Un charbonnier d’Antsalaka avance que l’illicite devrait payer plus cher pour décourager le saccage des forêts naturelles, encourager le reboisement et le charbon « vert » qui en est issu. En principe, le produit illégal ne devrait pas être taxé mais saisi. Mais vu que la demande est encore assurée majoritairement par l’informel, les risques de pénurie et d’inflation sont élevés si l’on doit saisir les produits illicites. La situation n’est donc pas facile à gérer. Lors de l’atelier de renforcement des capacités organisé par le Programme germano-malgache pour l’environnement (PGM-E/GIZ) à Antsiranana la semaine dernière, les participants ont recommandé de sortir un texte pour la gestion de la Filière bois énergie (FBE), combler le vide juridique du décret sur le charbon, inciter l’informel à entrer dans le formel…

Rien que dans la région DIANA, le reboisement villageois individuel soutenu par le PGM-E/GIZ est pratiqué par 2 500 ménages issus des communes allant de la périphérie d’Antsiranana, à Ambilobe et Ambanja. Ils réalisent 1 000 ha/an depuis 2000. Les techniques dispensées par le programme et les propres expériences des paysans reboiseurs permettent d’accroître l’efficacité du système. Avec la meule améliorée dotée d’une cheminée par exemple, le rendement dans la fabrication de charbon est de 20%, contre 12% pour la meule traditionnelle. Ainsi, 1 ha donne 400 à 450 sacs de 12 kg de chaque. Une meule améliorée produit 115 à 120 sacs. Un autre type de meule développé par le CIRAD est introduit en 2008. Il n’a pas de cheminée et c’est son avantage car la cheminée en tôle doit être remplacée au bout de 5 à 6 utilisations pour la meule citée ci-dessus. Sinon, une meule semi-industrielle en briques, en tôles et ciment est en expérimentation. Elle cuit le charbon en 24h pour un rendement élevé de 35%. Elle permet aussi de réduire l’émanation de méthane, un gaz à effet de serre. A Antsalaka, un charbonnier qui adopte les techniques améliorées affirme qu’il vend 400 à 500 sacs de charbon « vert » par mois. A Antsiranana, le sac de 12 kg se vend entre 2 500 et 3 000 Ar.

Fanjanarivo

La Gazette

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