Ressources pétrolières: de quoi sortir rapidement le pays de la pauvreté

Publié le par Alain GYRE

Ressources pétrolières : De quoi sortir rapidement le pays de la pauvreté

     

 

Dimanche, 30 Septembre 2012

Sauf que cette belle perspective évoquée hier au Carlton à la Journée du pétrole amont exige une bonne gouvernance. Pour l’heure, Madagascar risque de basculer parmi les Etats fragiles

si l’on s’en tient aux données de la Banque mondiale. De tels Etats se caractérisent par la mauvaise gouvernance, la faiblesse des droits de propriété, l’instabilité politique, la violence… Malgré tout, le président de l’Association professionnelle du secteur pétrolier amont de Madagascar (APPAM) et DG de Tullow oil, Marcelle Dané estime que l’administration, les organisations internationales, le grand public, les étudiants sont en droit de connaître les avancées des recherches pétrolières effectuées dans le pays. D’où l’organisation de la Journée par l’Office des mines nationales et des industries stratégiques (OMNIS) en partenariat avec l’association. Le président de l’APPAM rappelle que des travaux d’exploration sont menés à Madagascar depuis un peu plus d’un demi-siècle. Il fut un temps où ils ont été suspendus. Mais une forte reprise est constatée ces dernières années.

C’est notamment grâce à des technologies plus performantes, à des nouvelles données techniques permettant de retraiter les anciennes. Le président de l’association évoque aussi les guerres au Moyen-Orient et la baisse des réserves mondiales. Quant au DG de Petromad, une société malagasy d’exploration pétrolière dans la zone de Bezaha, Betioky et Tongombory, le Dr. Emma Rasolovoahangy est très optimiste : « Madagascar a beaucoup de pétrole. On peut citer l’huile lourde, le gaz naturel, le pétrole léger. Si on exploite efficacement ces ressources, Madagascar sortira rapidement de la pauvreté car il ne compte que 22 millions d’habitants. Le pays pourrait devenir comme l’Arabie saoudite ». Pour étayer ses dires, elle avance qu’elle a étudié le pays pendant 30 ans et que son doctorat est axé sur la géologie de Madagascar. Mais le pétrole peine à sortir du sous-sol et du fond marin malagasy car dans les années 90, les technologies n’étaient pas suffisamment avancées pour l’exploration de l’huile lourde par exemple.

De plus, le prix du baril était encore trop bas pour inciter la recherche de nouvelles zones pétrolières. Ce n’est plus le cas depuis ces dernières années, d’autant que des réserves géantes ont été récemment découvertes dans le canal du Mozambique. Le pays compte 18 compagnies d’exploration pétrolière réparties sur 2 zones, à savoir les blocs au large de Mahajanga (offshore) et le bassin de Morondava (on shore). Pour sa part, Petromad est sur le bloc 3114 et a bouclé la 1ère phase de l’exploration. Elle effectue actuellement des acquisitions sismiques et procèdera à différentes études pour déterminer l’importance de 7 réservoirs estimés à plus de 1 milliard de barils de pétrole. Au 3ème trimestre 2013, elle envisage de commencer le forage d’exploration sur 3 puits et pour 18 mois. Du côté de Total qui a abandonné les recherches sur le grès bitumineux de Bemolanga, elle pense procéder en 2014 au forage d’exploration de pétrole conventionnel au sud-ouest de Morafenobe. Le représentant de la direction de la succursale dans le pays, Edmond Raharison précise que ce forage aura lieu si les analyses des données sont probantes. En attendant, d’autres analyses complémentaires des données sont prévues pour 2013.

Fanjanarivo

Exploration pétrolière : Des belles opportunités ratées par les jeunes malagasy

600 à 3 000 dollars par jour ou l’équivalent du revenu journalier d’au moins 500 personnes vivant en dessous du seuil de la pauvreté. C’est la rémunération proposée aux ingénieurs et techniciens de haut niveau dans le secteur de l’exploration pétrolière. C’est dire les belles opportunités qui se présentent aux jeunes malagasy mais à condition que ces derniers soient qualifiés. Avec 18 compagnies d’exploration présentes à Madagascar, le pays a besoin de compétences hautement qualifiées dont une centaine d’interpréteurs de données sismiques selon les estimations de Dr. Emma Rasolovoahangy de Petromad. Seulement, le pays compte de rares ingénieurs et techniciens du secteur pétrole amont (exploration, exploitation, raffinage). Pour son compte, Petromad qui travaille dans la zone de Bezaha, Betioky et Tongombory recrute 250 personnes mais les ressources humaines locales ne répondent qu’au profil de la main d’œuvre. Dans la grande majorité des cas donc, les compagnies d’exploration doivent importer les ressources humaines qualifiées.

Pourtant, celles-ci reviennent chères car elles exigent de voyager en classe affaires pour au moins 10 000 dollars. Leur séjour coûte également cher car elles descendent dans des grands hôtels. Il faut y ajouter la rémunération journalière comprise dans la fourchette citée plus haut. Pour sa part, Madagascar est encore loin d’avoir une expérience suffisante dans le secteur pétrolier amont. Mais il ne dispose pas non plus d’une politique ou du moins d’une stratégie de formation pour répondre aux besoins des compagnies. Le même problème se pose dans le secteur minier. C’est pour cette raison que le pays a raté les grandes opportunités d’emplois qualifiés et de marchés sur différents secteurs lors de la phase de construction des deux grands projets miniers. Le même scénario risque fort de se répéter pour les autres grands projets miniers et la future exploitation pétrolière. Certes, l’école de polytechnique de Vontovorona propose des formations sur le secteur pétrolier, mais à elle seule, elle ne peut pas répondre à tous les besoins. D’ailleurs, les métiers du secteur sont multiples.

Il faut aussi noter que les compagnies peuvent désormais user de tous les atouts comme les technologies avancées pour faire avancer rapidement leurs travaux. Bref, l’environnement également marqué par le prix élevé du baril de pétrole offre au pays l’opportunité d’exploiter ses ressources pétrolières. Seulement, il risque de ne pas en tirer pleinement profit. En effet, il ne peut pas aider ses jeunes à décrocher des emplois qualifiés auprès de ces compagnies.

La Gazette

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