Sport traditionnel : Le kidramadrama, une corrida à la Nosy Be

Publié le par Alain GYRE

Sport traditionnel : Le kidramadrama, une corrida à la Nosy Be

 

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Le « mpiavaka » exécute une passe digne d’un toréador

 

Le zébu prend une place sociale et économique chez les Malgaches. Les habitants de Nosy Be ne dérogent pas à ce constat. Affronter à mains nues l’animal apparaît donc comme logique, afin de montrer sa force et sa suprématie.

 

Une corrida à mains nues et sans mise à mort du taureau. Vers 1949, des immigrés comoriens débarquèrent avec quelques Espagnols dans l’Île aux parfums, à bord d’un bateau dénommé « Kotriha ». Ils y introduisirent le « kidramadrama », une sorte de tauromachie où l’on excite la bête avec un « lambahoany » et on la fatigue jusqu’à ce qu’elle abandonne.

D’après Amady dit Kilarosy, un ancien pratiquant fort connu de la population de Nosy Be, ce sport typiquement hispanique se jouait dans une arène sise au quartier de Senganinga où habitait le roi.

Depuis le départ des Espagnols, en 1979, le kidramadrama, hérité alors des Comoriens, ne cesse d’évoluer, et il est devenu une corrida traditionnelle et populaire ancrée dans le pays des Sakalava et la culture de Nosy Be, plus particulièrement chez les musulmans.

Le «kidramadrama» se joue avec le « lambahoany » pour exciter le zébu, appelé localement « largey », (zébu détendu). Ce qui le différencie du « savika » betsileo pratiqué à Ambositra. Dès lors, on ne se croirait pas tout à fait à Nosy Be, mais plutôt dans un coin d’Espagne.

À la fête nationale, pendant la période de « Idd Mubarak », et lors du festival Donia pour la première fois, l’homme et la bête devenus adversaires, veulent conquérir la ville et la gloire. Le «kidramadrama» sert de référence pour les jeunes « toréros » en mesurant leur force avec celle du zébu.

Ce sport dangereux plaît énormément à la population. On constate une présence massive de la gent feminine au « mpangahary », l’espace où se déroule le «kidramadrama» (« banja » dans d’autres régions). Toutefois, les jeunes participants, les « mpiavaka », n’ont pas tellement l’intention de séduire les femmes, comme c’est le cas chez les Betsileo avec le «savika».

Cette forme de tauromachie nosybéenne qui, jusqu’ici, ne dispose pas encore de ses propres arènes, attire les touristes par sa forte charge en émotions fortes. Pas d’habillements spécifiques, pieds nus et torse nue, les combattants n’ont que leur agilité et leur adresse pour éviter d’être piétinés, encornés, ou envoyés en l’air par le bovidé excité. Mais, il n’empêche que les blessures sont courantes. Aux bras, à la cuisse, au ventre ou même au sommet du crâne, les cicatrices sont autant de « galons » acquis au champ d’honneur que le « mpiavaka » exhibe avec fierté et souvent dans un grand éclat de rire.

Force brute

« Je ne crains pas la charge du zébu en furie, même si j’ai été déjà grièvement blessé par un coup de corne au dos », a témoigné Godro, le meilleur des combattants nosybéens.

Il pratique ce sport dangereux depuis 1998. Se référant au combat tenu au stade d’Ambodivoanio, ce héros du Donia 2013 a réclamé que deux zébus ne sont pas suffisants pour faire un bon «kidramadrama» car ils se fatiguent plus vite.

Ouvert par des animations folkloriques, le «kidramadrama» se tient habituellement dans l’après-midi, de 15 h à 17 h 30. Un combat dure un tour d’horloge. Comme le principal protagoniste de la corrida à la mode nosybéenne est le zébu, cela signifie que pour un événement, l’organisateur doit disposer de deux à trois zébus, qui sont utilisés l’un après l’autre, afin de bien assurer le spectacle.

Les combattants, composés de cinq à six personnes de différents âges, se regroupent au milieu de la piste, sous la direction d’un animateur muni d’un sifflet. Saluant les spectateurs, ils dansent suivant le rythme des instruments traditionnels. Ils sont donc prêts à affronter la bête. En fait, ils combattent les deux ou trois zébus entrant dans l’arène.

À Nosy Be, il n’existe pas de traitements particuliers des zébus de combat. L’organisateur doit payer au boucher jusqu'à 100 000 ariary par animal pour le louer. Or, le «kidramadrama» est un spectacle gratuit. Les bovidés sont spécialement sélectionnés en fonction de leurs qualités supposées au combat « Jaolahy » et de leur masse (le plus souvent plus de 400 kg).

Pendant tout le kidramadrama, le zébu reste attaché, ce, jusqu’au dernier sifflet d’un animateur.

« Un zébu fuyard ou défaillant provoque la colère des spectateurs », mentionne Saïd, un amateur du combat.

Le spectacle se termine par une démonstration de force des combattants agrippés, tantôt à la bosse tantôt aux cornes, se tenant le plus longtemps possible sur l’animal en furie. Le but est d’avoir à l’usure cette force brute qui leur est opposée. La victoire est acquise quand le zébu, dépité et épuisé, tente de fuir de l’arène.

En fait, le «kidramadrama» véhicule le respect mutuel entre les habitants. Il renforce les liens entre eux. Il contribue au maintien des identités collectives. Trois associations « kidramadramistes » ont été créées à Nosy Be, dont Mahesa Maema, Baliaojy, Kidramadramiste Nosy Be.

Lors d’un affrontement, le « mpiavaka » représente un village en entier. Hommes, femmes, enfants, et vieillards se déplacent pour le soutenir. Le lien social se tisse, alors.

 

 

Musique et combat

Comme la lutte, ou boxe, traditionnelle « moraingy », l’animation musicale joue un rôle important avant et pendant le combat. Pour le kidramadrama, les prestations des artistes locaux sont très prisées, jouant des instruments traditionnels tels que le hazolahy (tambour), ou le kabiry (flûte), connus par les appellations « Tambosa » et « Misôgôro ».

« Avec la musique, la règle consiste à satisfaire d’abord le public et ensuite à exciter au maximum le zébu pour que l’affrontement ne tourne pas à une plaisante simulation », a encore expliqué le vieux Amady.

De fait, il était monté sur le « kitalatala » (ring) pour montrer ses expériences au public hyper chauffé et à la relève de la quatrième génération bien déterminée.

 

 

Raheriniaina

 

Mardi 04 juin 2013

Publié dans sports traditionnels

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