Taombaovao Malagasy : toujours ignoré

Publié le par Alain GYRE

Taombaovao Malagasy : toujours ignoré       

Mardi, 01 Avril 2014

Des festivités ont été organisés dans plusieurs endroits pour célébrer le « Taom-baovao Malagasy » ou nouvel An malgache, depuis avant-hier et hier (30 et 31 mars).

 

Outre les manifestations culturelles à l’Espace Rarihasina, à Andohalo, d’autres festivités ont eu lieu également à Ikanja Ambohimangakely. Ces activités sont le fruit d’une collaboration, entre autres, du Trano Koltoraly Malagasy (Maison culturelle malagasy) et l’association Fito Hasina.

 

Le Taom-baovao Malagasy a été marqué par plusieurs activités, dont le « Afo tsy maty » (flamme éternelle) à Ambohitrabiby et des « arendrina » (lampions). Il y avait également le spectacle de Hiragasy par Raedisamimanana, Rapaolu Mandimby Galy Behenjy et Radadafara Soanierana. Tous ceux-ci étaient se sont déroulés la veille du nouvel An malgache, c'est-à-dire le réveillon du 30 mars. Puis le 30 mars, le nouvel An, était marqué par le « Fafy rano ou tso-drano » (bénédiction), « Tatao » (partage du riz cuit au lait arrosé de miel) et « Zara Hasina » (Partage de gerbe de riz).

 

Malgré ce programme bien chargé, de nombreux malgaches ignorent encore la célébration du Taom-baovao Malagasy. En fait, ils ne sont pas au courant de l’existence de la célébration de ce nouvel An. Ce qui explique que très peu de gens étaient à Andohalo pendant le « Afo tsy maty » marqué par le port de bougies ainsi que des lampions. L’ignorance de ce Taom-baovao Malagasy est due à plusieurs contextes dont l’annexion de Madagascar qui a supprimé plusieurs traditions telles le « Alahamadibe » et le « Fandroana » (bain). De plus, la célébration du nouvel An malgache n’a pas été enseignée à l’école. Et enfin, il est ignoré par de nombreux gens, mais compte tenu du budget limité, très peu de personnes sont sensibilisés. Bref, à l’heure actuelle, ce grand événement est toujours ignoré par la population malgache.

 

Pourtant, le nouvel An traditionnel malgache a un caractère sacré qui est marqué par le « fidiovana » (bain), qui consiste à se purifier ou plus précisément à se laver des péchés avant d’entamer une nouvelle année. C’est également une occasion pour échanger les vœux ainsi que de recevoir la bénédiction des ancêtres ainsi que les « Olombe » (personnes âgées). Selon toujours nos sources, le but de la célébration n’est pas de se rattacher à un ou des rois/reines Merina ou autres mais de renforcer le « fihavanana » qui est une valeur ancestrale constituant l’entraide et la solidarité au sein de la population malgache parce que le Taom-baovao Malagasy ne distingue ni ethnie, ni religion, ni origine. Et jusqu’à nos jours, les autorités successives ne se sont pas intéressés à valoriser l’identité et la valeur culturelle malgaches. Toutefois, c’est également une occasion pour la Grande Ile de jouir de sa pleine souveraineté. Pendant ces deux jours de célébration, et surtout hier, tout le monde a mené son train de vie quotidien et surtout travaillé, car c’était des jours comme tous les jours, pas fériés.

 

Historiquement, selon nos sources, le Taom-baovao Malagasy avant la colonisation de Madagascar, chacune des ethnies malgaches avait son propre calendrier. Depuis le règne de Radama II jusqu’à Ranavalona III (1883-1896), les 3/4 du peuple malgache ont commencé à avoir le même calendrier. Toutefois, dans toutes les ethnies furent célébrés chaque début de mois du premier croissant de lune. Notons que tous, notamment les descendants de marins indonésiens, arabes, bantous, portugais, indiens et juifs observaient le calendrier lunaire et la position des 12 constellations dans le ciel. Mais l’occupant français a supprimé cette célébration en 1896 et imposé la célébration de la date du 1er janvier. Par contre, depuis 2007, le nouvel An malgache est de nouveau célébré, organisé par l’Académie malgache, le Centre culturel malgache et des associations. Et depuis, il sera dorénavant célébré au jour de l’observation du premier croissant de lune proche du 21 mars.

 

Selon les témoignages, la célébration du nouvel An malgache est importante et à ne pas ignorer car c’est une occasion pour renforcer le « fihavanana malagasy ». Aussi, c’est une opportunité d’améliorer l’économie malgache grâce au développement de l’artisanat et du tourisme ainsi que de l’art culinaire. Et surtout, c’est une occasion de rehausser la valeur du pays et sa souveraineté à travers le Taom-baovao Malagasy (qui a été supprimé par la France en 1986), car plusieurs pays dont les Occidentaux, les Chinois, les Arabes, les pays musulmans… ont pu garder leur propre nouvel An.

 

R.V.

La Gazette

Publié dans Coutumes

Commenter cet article