Transport aérien: Air Madagascar dans les turbulences du mercato

Publié le par Alain GYRE

Transport aérien: Air Madagascar dans les turbulences du mercato

     

 

Jeudi, 06 Septembre 2012

Ils sont hautement qualifiés et généralement de bon marché.

Les pilotes et les mécaniciens africains, y compris les Malgaches, se présentent ainsi tel un vivier de choix pour les grandes compagnies aériennes de l’Asie, des pays du Golfe, de l’Amérique du Nord et de l’Europe. Face aux tentations cristallisées par des conditions de travail plus intéressantes conjuguées avec des rémunérations plus que motivantes que les Qatar Airways, Emirates, IndiGo leur présentent sur un plateau d’argent, ils cèdent facilement. Et ce, malgré les mesures prises par certaines compagnies africaines, à l’image de la Tunisair qui est allée jusqu’à octroyer à ses employés des frais d’installation non remboursables à part un plan de carrière pouvant s’étendre jusqu’à cinq ans.

Comment s’y préparer quand le géant américain de l’aéronautique Boeing annonce que sur son carnet de commande figurent 30 000 aéronefs qu’il devra livrer d’ici 2030. Approximativement, ces Boeing auraient besoin facilement de près d’un million de personnels navigants et de techniciens pour les faire voler.

Des situations de plus en plus inquiétantes pointent ainsi à l’horizon pour la compagnie nationale malgache qui, dans le passé, s’est déjà fait souffler ses meilleurs éléments.

Condamnée à se soumettre à cette situation, Air Madagascar n’a pas beaucoup d’alternatives à sa disposition. Comme elle n’est pas en mesure de rivaliser avec les géants étrangers sur la grille salariale et les conditions de travail, la compagnie malgache devra donc miser sur le patriotisme de ses pilotes qu’elle avait formé à prix d’or. L’Air Austral a déjà opté pour cette stratégie psychologique en essayant de susciter un attachement affectif inamovible de ses pilotes aux couleurs réunionnaises.

En effet, former un pilote revient au final à un investissement à long terme qu’il faut rentabiliser s’élevant à près de 300 millions d’Ariary. La nature a horreur du vide, dit-on, tout comme les entreprises qui sont obligées de compenser le départ de certains salariés. Vu le coût exorbitant de la formation des salariés dans le transport aérien, les pilotes et les mécaniciens ne courent pas les rues. Ironie du sort, Air Madagascar qui s’est faite débaucher son personnel par les grosses compagnies lors du mercato, se trouve par la suite dans l’obligation de recruter dans le même mercato ceux qui vont les remplacer. Et ce, au prix fort compte tenu des fortes demandes en la matière.

Au niveau de l’entreprise, cela représente également d’autres problèmes d’ordre relationnel à gérer dans la mesure où ces nouvelles recrues exigeraient de meilleures conditions de travail par rapport à celles des nationaux. Ce qui créerait inévitablement des tensions entre les deux groupes. Air Madagascar se prépare donc à entrer dans la zone de turbulences du mercato aérien.

Simon R.

La Gazette

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