Tsingore, le danseur

Publié le par Alain GYRE

60 Tsingore, le danseur.

 

            Tsingore était un jeune garçon qui vivait au temps du Roi Andriampandramananitra, au nom si long et si difficile à dire. Il adorait la musique, mais encore plus, la danse : quand il se promenait, il ne pouvait pas entendre le rythme d’un bel air sans se mettre à danser : pendant des heures et des heures, il essayait tous les pas possibles, et les plus jolis du monde. Ses longues jambes fines et ses pieds souples semblaient alors ne plus toucher la terre. Il dansait, il dansait…et n’était jamais fatigué.

            Un jour, Tsingore apprend que le Roi possède un oiseau extraordinaire : on dit que sans arrêt il chante, et fait les trilles (1)  et les roulades (2) les plus difficiles. Son petit corps est sans beauté mais il en sort des notes légères et enchantées qui charment toute la cour. Le roi adore son oiseau, et les gens

Qui l’entourent le gardent et le surveillent jour et nuit.

Tsingore n’a plus qu’un rêve : voler l’oiseau. Il se dit :

-Que de jolis pas de danse je vais pouvoir inventer, quand le l’entendrai chanter! A nous deux, nous allons faire des merveilles et je deviendrai le plus grand danseur du pays.

Tsingore habite avec sa mère dans une petite case, sous les grands bananiers, à la sortie du village.une nuit, quand tout le monde est endormi, bien enveloppé dans son lamba, sur la pointe des pieds, il part à la recherche de l’oiseau…Le Roi le laisse en liberté la nuit, et le jeune homme est guidé par son chant : il le trouve enfin, perché sur le haut toit pointu de la case royale : l’oiseau chante de toute sa voix merveilleuse.

Ce soir là, il ya un très beau clair de lune. Les gardiens du Roi sont bercés par le chant de l’oiseau et s’endorment vite ; il n’entendent pas Tsingore qui grimpe légèrement sur le toit et attrape l’oiseau qui chante toujours. Malheureusement, en retombant sur le sol, le garçon ne se rend pas compte qu’il serre la pauvre bête un peu trop fort, sous son lamba. L’oiseau est étouffé et tombe par terre ; son chant s’est arrêté tout à coup, et cela réveille les gardiens.

 

La lune s’était cachée un moment derrière les nuages. Mais juste à ce moment, elle reparaît et éclaire tout le village. On aperçoit une ombre qui s’enfuit, et, par terre, le pauvre petit corps de l’oiseau. Les gardiens courent derrière Tsingore et le voient rentrer chez lui ; ils reviennent prévenir le Roi.

Le jeune homme raconte à sa mère ce qui lui est arrivé ; la pauvre femme a très peur et ne pense plus qu’à cacher son fils. Elle sait que les colères du Roi sont terribles. Elle dit à Tsingore de se coucher sur une natte ; elle l’enroule dans cette natte et le pose contre le mur de la case. Personne ne devrait penser à venir le chercher là !

Pendant ce tems, les gens du Roi sont avertis par les gardiens de ce qui est arrivé et s’en vont près de la case du voleur. Ils savent bien qu’il adore la musique, et se mettent à chanter, en jouant des valihas, en frappant sur des tambours.

« O Tsingore, n’es-tu pas ici… »

« Toi qui as tué l’oiseau du Roi ? »

« O Tsingore… »

Bien sûr, Tsingore aime beaucoup cet air, mais il ne bouge pas.

Les hommes répètent le chant et y ajoutent des notes encore plus jolies à entendre.

« O Tsingore où te caches-tu ? »

Tsingore ne bouge toujours pas mais son cœur bat en mesure avec la musique.

Alors on appelle de très bons musiciens ; ils forment un chœur (3) et chantent une très belle chanson sur un air connu :

« O Tsingore, n’es-tu pas ici ?... »

La meilleure chanteuse redit les phrases, et sa voix pure monte dans la nuit ; les musiciens frappent des mains, au son des tambours et des valihas…

Tsingore ne peut plus résister et bouge dans sa natte : il remue même tellement que la natte roule…

-Tais-toi, tais-toi, lui dit sa mère en pleurant. Ils te tueront !

Mais la voix de la chanteuse se fait encore plus douce et plus charmante :

« O Tsingore, n’es-tu pas ici ?... »

Tsingore remue trop dans sa natte : elle finit par s’ouvrir, t le jeune homme bondit hors de la case.

Il se met alors à danser comme il n’a jamais dansé. Ses pas et ses mouvements sont si parfaits et si beaux que les musiciens continuent de jouer et de chanter pour qu’il danse encore.

Le Roi apprend cela, arrive à son tour et se trouve charmé par la danse :

-Je ne veux pas qu’un si grand danseur soit tué, dit-il, il n’a pas voulu mal faire en volant mon oiseau, il désirait seulement mieux danser encore. Je le garderai toujours comme premier danseur.

A ce moment, on entend des trilles et des roulades qui n’arrêtent pas, comme s’ils approuvaient le Roi. Tout le monde se tait et se retourne : c’est l’oiseau qui arrive, plus vivant que jamais. Tsingore ne l’avait pas tué, mais seulement assommé pour quelques heures. Il se pose sur l’épaule du Roi ; tout le monde repart vers la case royale, le Roi, l’oiseau et Tsingore en tête ; les musiciens les suivent en jouant.

Pendant ce temps, dans sa petite case, sous les grands bananiers, la mère de Tsingore, fière de son fils, se met à rouler tranquillement la natte qui ne sert plus à rien. Son fils est heureux, que lui faut-il de plus !

 

Notes :

(1)   Trilles : battement rapide et continu de deux notes voisines.

(2)   Roulades : notes chantées rapidement et légèrement sur une syllabe.

(3)   Chœur : réunion de chanteurs.

 

 

Répondons aux questions :

Tsingore est un grand danseur : à quoi le voit-on ?

Pourquoi veut-il voler l’oiseau ?

Où se trouve l’oiseau la nuit ?

Comment Tsingore le trouve-t-il ?

Qu’arrive-t-il à l’oiseau ?

Comment les gardiens sont-ils réveillés ?

Comment peuvent-ils voir Tsingore ?

Où sa mère le cache-t-elle ?

Comment fait-on pour le faire sortir de sa cachette ?

Pourquoi le Roi pardonne-t-il à Tsingore ?

 

 

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