Tso-drano: "Quand on aime, on compte..."

Publié le par Alain GYRE

Tso-drano: "Quand on aime, on compte..."

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01/10/12 |  Traditions

Si l’amour n’a pas de prix, l’appartenance à un clan ou à une lignée en a un dans la tradition malgache. Il s’exprime par le tso-drano, la petite enveloppe plus ou moins bourrée d’argent que l’on glisse dans la main de son hôte. Plus on lui est attaché plus la somme sera élevée. Combien tu m’aimes ?

Les Malgaches adorent se rendre visite à chaque grand évènement qui marque la vie sociale ou familiale. Circoncision, mariage, enterrement… c’est toujours muni d’un tso-drano, une petite enveloppe contenant de l’argent, qu’ils se présentent à leurs hôtes. Puissant symbole du fihavanana, ce devoir d’entraide si fortement ancré dans la tradition, le tso-drano (littéralement « bénédiction » ou « vœux ») est une façon de contribuer à la dépense qu’a faite l’organisateur de l’évènement. Une sorte de quote-part à la mesure de l’affection qu’on lui porte.

A noter que le nom de l’enveloppe change en fonction de l’événement. Pour une naissance, elle est appelée ro-patsa, pour les funérailles rambin-bamban’ny maty, pour les famadihana (cérémonie de retournement des morts) kao-drazana et pour les mariages vodiondry. Celle qu’on désigne du nom de passe-droit, pot-de-vin ou bakchich est une corruption, une forme très dégradée de cette tradition, mais fort répandue quand même !

Le tso-drano remonte à l’époque lointaine où il n’y avait pas de circulation monétaire et où les échanges se faisaient sous forme de troc. Il était courant d’apporter des zébus ou des sacs de grains contre de l’or, de la soie, des bijoux… La forme primitive de l’enveloppe a sans doute été un sac de riz qu’on offrait à ses hôtes au moment d’une cérémonie familiale.

Les anthropologues y voient aussi une forme très élaborée de potlatch, ces cadeaux somptuaires que l’on a coutume de se faire dans les sociétés tribales pour renforcer le lien communautaire. Dans ce système, quand on en a reçu un présent de quelqu’un, on est tenu de lui rendre un jour la pareille, mais en veillant à ce que son propre cadeau ait un peu plus de valeur. Un peu comme le « lanja miakatra ny fiainana » (je t’aime encore plus) des amoureux, tout est dans l’acte de surenchérir pour prouver son attachement. Dans le tso-drano, la somme déposée n’est donc pas sans signification. « Donner une somme inférieure ou égale à celle qu’on vous a donnée précédemment dans une événement similaire est une déclaration de guerre, ou pire une façon plus subtile de rompre le lien de parenté », explique Edmond Rakotomanampy, professeur de malgache dans un lycée privé d’Antsirabe. Sans parler des parvenus indélicats qui prennent plaisir à humilier un parent pauvre en lui offrant une somme qu’il ne sera jamais capable d’égaler ou de surpasser.

Celui qui tend le tso-drano prend toujours soin d’écrire son nom et le montant de la somme sur l’enveloppe. C’est la raison pour laquelle tous les Malgaches tiennent un cahier où ils inscrivent le nom des donneurs et les sommes recueillies. Ils conservent religieusement ce document pour pouvoir le consulter le jour où ce sera à eux de mettre la main à l’enveloppe. Une comptabilité à usage social où le rapport à l’autre a tout son prix. A Madagascar, quand on aime, forcément on compte…

 

Njato Georges

(article publié dans no comment magazine n°33 - Octobre 2012 ©no comment éditions)

 

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Publié dans Coutumes

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