Vakana : Les perles du destin

Publié le par Alain GYRE

Vakana : Les perles du destin

 

Le Malgache volontiers superstitieux adore se couvrir d’amulettes. les plus populaires sont les « vakana », appelées aussi « perles de chance » ou « perles de vie ». Des bijoux porte-bonheur dont l’existence sur l’île remonte à plus d’un millénaire.

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Destinées aux colliers et aux bracelets - mais pas que - les vakana (perles) sont victimes d’un préjugé tenace. On les range parmi les mille et uns talismans toujours utilisés par les ombiasy(guérisseurs) et les mpamosavy(sorciers), ce qui n’est pas tout à fait faux. Leur présence sur la Grande Ile remonte aux marchands arabes du Moyen-Age, puis portugais à partir du XVI e siècle, qui s’en servaient de monnaies d’échange dans leurs différents comptoirs d’Afrique et de l’océan Indien. Les perles de verre jaune servaient par exemple à obtenir de la nourriture, les bleues opaques des bois précieux.

 

Les vakana fabriquées en Europe, à Venise précisément, étaient en pâte de verre; celles amenées par les Arabes en cornaline (calcédoine rouge) importée d’Inde, également en quartz ou en agate. Les plus précieuses toutefois étaient réalisées en corail ou à partir d’or et d’argent et souvent enterrées avec leur propriétaire en signe de prestige. Telles quelles, elles sont vite devenues des objets de parure. Walter Hamond, un voyageur anglais du XVII e siècle (cité par Grandidier en 1905), explique que les anciens Malgaches, les femmes surtout, les mettaient dans leurs cheveux, à leur cou et à leurs oreilles. A cette époque, précise-t-il, vers 1640, deux gros boeufs se troquaient encore contre six perles d’agate.

 

Les mpanandro (astrologues) vont également se les approprier pour en faire des « pierres du destin » en rapport avec l’ancien calendrier lunaire. Une perle, selon sa qualité propre, peut ainsi conjurer ou améliorer le sort de son propriétaire. Il y a par exemple la perle miaroarivo (littéralement « qui relève jusqu’à mille ») qui apporte la prospérité ou la perle lambotsimarofy(« sanglier jamais malade ») considérée comme la « pierre de vie ». Il est recommandé de les avoir sur soi en permanence, au poignet par exemple, et gare à celui qui oublierait de les porter ! Jusqu’aux guérisseurs qui les intègrent comme médicaments et les sorciers pour jeter des sorts.

 

De nos jours, les vakanasont fabriquées localement et la matière première depuis longtemps est le plastique. « Je les achète en gros à Tana pour les revendre entre 600 et 1000 ariary la paire », explique Nivo, vendeuse de vakana depuis cinq ans au marché de Sabotsy, à Antsirabe. Parmi les plus demandées : la tsimatahodoza(« qui ne craint pas le danger » ou la malaimisaraka(« qui ne veut pas être séparé »), une double perle collée pour faire durer son couple. Il existe pas moins d’une dizaine de formes de vakana, chacune porteuse d’un symbole particulier : en tube pour la virilité, cylindrique pour la féminité triomphante, etc. Un filon inépuisable.

 

 

 

 

Henintsoa Mampionona

(article publié dans no comment magazine n°45 - Octobre 2013 ©no comment éditions)

 

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Publié dans Coutumes

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lionel 29/12/2014 20:43

Bonjour!ou pourrais je en trouver de ces perles?