Vakiihehy : Rira bien...

Publié le par Alain GYRE

Vakiihehy : Rira bien...

 

La première fois, ça ne s’oublie pas, dit-on. Chez les Malgaches, même le vakihehy, le premier fou rire de bébé, est un événement qui est loin d’être anodin. En tout cas, il est suffisamment important pour que s’y rattache une tradition avec laquelle on ne… rigole pas !

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Un bébé qui éclate de rire pour la première fois est toujours un moment d’attendrissement pour toute la famille. Dans la culture malgache, c’est un événement à part entière, très attendu par tous – parents, grands-parents et amis. « C’est la première manifestation de joie exprimée par le bébé et il ne faut absolument pas passer à côté de ce bref instant », note Jackob Andriamanampisoa, professeur de malgache au Lycée luthérien Farimbona d’Antsirabe. Ainsi, chacun fait ce qu’il peut pour être celui qui fera rire bébé pour la première fois : risettes, chatouilles, grimaces, petites chansons, tous les moyens sont bons. D’autant que cela est réputé porter chance !

 

En contrepartie, celui qui est à l’origine du premier éclat de rire de bébé doit lui donner une jeune poule – ou même deux si le bambin n’a pas encore eu son alavolon-jaza (première coupe de cheveux) – en guise de tso-drano (bénédiction). L’animal en question doit être une belle poulette, surtout pas une mère poule en fin de croissance, avec un joli plumage signifiant la richesse à venir. Donner ce cadeau à bébé, c’est tout simplement lui souhaiter prospérité et succès dans sa vie future. Le grand roi Andrianampoinimerina disait ainsi au fils d’un de ses courtisans : « Ny akoho ho tonga omby, ary ny omby ho zary andevo » (aujourd’hui tu as un poulet, demain ce sera des zébus et plus tard des esclaves). Autres temps autres moeurs !

 

Dans bien des régions, on a remplacé le poulet par d’autres symboles de richesse. Dans le sud où le zébu est abondant, on donne volontiers à bébé une sagaie ; chez les Tanala (Mikea), c’est une pintade. « Peu importe le cadeau du moment qu’il symbolise l’abondance et la richesse », relève Jackob Andriamanampisoa. Donner ce présent est en fait une obligation car si on ne le fait pas, la croyance veut que bébé risque plus tard d’avoir un comportement anormal. « Mihomehy tany vaky » (rire sans raison), dit-on. Il courra également le risque de devenir un malfrat, bref quelqu’un de peu recommandable, uniquement parce qu’on ne lui a pas donné cette bénédiction. « C’est la raison pour laquelle les parents insistent pour que le cadeau soit donné au cas où la personne concernée l’oublierait », explique Jackob Andriamanampisoa.

 

Une précieuse tradition somme toute joyeuse et rassurante, surtout pour les parents, puisqu’elle permet de penser que bébé affrontera tous les obstacles de la vie sans jamais perdre le sourire.

 

 

 

 

 

Solofo Ranaivo

(article publié dans no comment magazine n°49 - Fevrier 2014 ©no comment éditions

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