Valalampanampy.

Publié le par Alain GYRE

283 VALALAMPANAMPY.

 

Valalampanampy était un fils unique.

Un jour, il garda le troupeau au pâturage avec le serviteur de son père. A midi, ils se sentirent très affamés et Valalampanampy suggéra :

-          Nous allons faire griller du maïs. Récolte-nous en au champ. Moi, je vais m’occuper du gardiennage.

-          Non ! refusa catégoriquement le serviteur.

-          Garde alors le troupeau ! dit Valalampanampy.

-          Non ! répéta le serviteur.

Valalampanampy s’en alla. Plus tard, il revint chargé d’épis. Le serviteur avait persisté dans son refus : il ne s’était pas occupé du troupeau pendant l’absence de Valalampanampy.Pourtant, aucune bête ne s’en était écartée. Toutes étaient présentes, et ruminaient tranquillement à l’ombre.

-          Voilà les épis, dit Valalampanampy au serviteur. Produisons maintenant du feu pour les cuire…

-          Non ! dit le serviteur.

Devant ce nouveau refus, Valalampanampy fut obligé de se procurer du feu tout seul. Il l’attisa et la flamme ne tarda pas à s’élever. Ensuite apparut la braise. Valalampanampy y jeta les épis, les remua souvent de peur qu’ils noircissent. A la fin de la cuisson, il les écarta du feu au moyen d’un bâton et invita le serviteur à partager le repas avec lui. Le serviteur s’approcha et mangea gloutonnement. Le déjeuner terminé, Valalampanampy se leva, prit trois longs bâtons légers et se mit à fouetter le serviteur rebelle. La victime hurlait sans pourtant que les bâtons cessassent de siffler sur ses jambes. Une fois les trois bâtons consommés, Valalampanampy libéra le serviteur. Aussitôt ses jambes enflèrent, rouges comme du piment mûr.

Le soir, sur le chemin du retour, le serviteur se traînait loin derrière le troupeau, incapable de le suivre. Au village le père de Valalampanampy ne tarda pas à découvrir l’état du serviteur et lui demanda :

-          Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

Mais le serviteur ne souffla mot, n’osant se plaindre de Valalampanampy en sa présence.alors, le fils dit à sa place :

-          Je l’ai fouetté parce qu’il était paresseux.

Le père n’ajouta rien. Qu’en pensa-t-il ? Nul ne le sut.

Le lendemain, il confia le gardiennage du troupeau au serviteur malgré la douleur de ses jambes et emmena son fils dans la forêt. Ils se frayèrent un chemin à travers les bois et s’arrêtèrent devant un grand arbre.

-          Nous allons l’abattre pour en faire un « tohoke » (1), dit le père en lui montrant du doigt le grand arbre.

Les coups de hache du père et du fils se répondaient dans la forêt, tant et si bien qu’un moment après, l’arbre s’écroula dans un grand fracas. Ils coupèrent d’abord le tronc avec lequel ils allèrent construire le « tohoke » à deux mètres du pied. Ils le fendirent dans le sens de la longueur et se mirent à creuser l’intérieur de chaque moitié pour l’évider. La ruche était prête.

-          Maintenant, nous allons évaluer sa contenance. Allonge-toi là-dedans, dit le père en montrant du doigt l’une des parties évidées du tronc.

L’enfant s’y étendit mais, hélas ! le père aussitôt mit l’autre partie – le couvercle – dessus. Incapable de soulever seul le lourd couvercle encore gorgé desève. Valalampanampy était fait prisonnier. C’était son cercueil que le père venait de construire.

Le père chargea le fardeau sur son épaule et se dirigea vers un endoit très éloigné, de l’autre côté de la forêt.

Il y enterra l’enfant puis regagna son village.

-           Où est notre fils ? l’interrogea sa femme.

-          Il joue avec des amis aux alentours, répondit le père.

Mais la mère de Valalampanampy comprit par intuition que son fils avait été tué.

Le lendemain, la mère se leva à la première heure du jour et partit à la recherche de Valalampanampy, une calebasse de « habobo » (2) sur la tête. Au cœur de la brousse, elle chanta :

« Sauve-toi, sauve-toi, Valalampanampy,

Sauve-toi. »

Une voix répondit, lointaine :

« Je ne me sauve pas, mère.

Non, je ne me sauve pas.

Si des frères m’avaient battu,

Je me serais sauvé.

Comme c’est mon père qui me bat,

Je ne me sauve pas. »

« Il ‘est pas encore mort ! », découvrit la mère.

Elle se dirigeait du côté d’où provenait la voix, lorsque deux voyageurs apparurent sur son chemin.

-          Qui cherchez-vous, femme ? demandèrent les deux hommes.

-          Avant-hier, répondit-elle, mon fils a flagellé le serviteur rebelle de son père. Hier, celui-ci l’a emmené dans la forêt où il a disparu. Mais j’ai chanté et une voix m’a répondu.

-          Nous sommes prêts à vous aider, dirent les deux hommes.

La mère chanta, la voix répondit de nouveau, les deux hommes s’orientèrent vers l’endroit où l’enfant était enterré. Enfin, ils le trouvèrent.

-          Il l’a enterré ici, dirent les deux hommes.

Après avoir exhumé le grand cercueil, ils retirèrent le couvercle et  en sortirent le garçon très faible, le visage blême et osseux. Sa mère lui fit boire du « habobo » et il retrouva peu à peu sa vigueur. Une heure après, il fut capable de marcher.

-          Messieurs, dit la femme, vous m’avez rendu un grand service. Je voudrais vous amener chez mon frère. Je ne peux vous laisser reprendre le chemin sans récompense.

Les deux voyageurs acceptèrent et se dirigèrent ensemble vers le village de l’oncle de Valalampanampy. En apprenant ce qui s’était passé, l’oncle offrit aux deux hommes une paire de zébus. Puis il pria sa sœur et son neveu de rester désormais près de lui. C’est ce qu’ils firent. Des années plus tard, Valalampanampy prit une épouse dans le village.

Un jour, la famine sévit dans le pays. Nombreux furent ceux qui ne trouvèrent pas de quoi manger et parmi eux le père de Valalampanampy, vieilli. Il abandonna alors sa demeure où il vivait reclus et misérable et prit la direction du village de l’oncle. Il y rencontra son fils Valalampanampy.

-          Mon fils, aie pitié de moi. Je cherche asile auprès de toi parce que j’ai très faim.

-          D’accord, dit Valalampanampy. Attends ici, je vais demander à ma femme de te préparer un repas.

Il sortitnde la maison et entra dans la cuisine.

-          Mon père est dans nos murs, dit Valalampanampy à son épouse. Fais cuire de l’ »antake »(3) pour lui. Mais sers-lui aussitôt que c’est bouillant.

Cela dit, il rentra à la maison et retrouva son père. Peu après, sa femme reparut avec une assiette d’ »antake » qu’elle servit  à son beau-père. Aussitôt , ce dernier se jeta sur l’aliment encore cru et n’en fit qu’une bouchée. Or le propre de l’ »antake », c’est de faire gonfler le ventre. Le vieillard prit rapidement le ventre d’une femme au huitième mois de grossesse.

-          Maintenant que tu es rassasié, attrape ce coq, lui dit Valalampanampy en montrant du doigt un vieux coq picorant dans la cour.

Le vieillard pansu sortit. Il courut maladroitement après le coq quand, hop ! une pierre plantée à moitié dans le sol le précipita à terre. Son gros ventre éclata. Il mourut sur-le-champ.

 

(1)   Ruche

(2)   Le yaourt tandroy

(3)   Genre de lentille qui abonde dans le sud de Madagascar

 

SAMBO

Adaptation Olivier BLEYS

Contes et légendes Tandroy

L’Harmattan

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