Voloivoke.

Publié le par Alain GYRE

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Tambazomaiva, le serviteur de Rezatovo, partit un jour à la recherche de bois de construction dans la forêt. Le bûcheron venait de faire quelques bûches quand la voix d’un être invisible retentit près d lui :

« Voloivoke, Voloivoke !

Si des guerriers ont fait irruption dans cette région, raconte-le moi.

Si des blancs ont fait irruption dans cette région, raconte-le moi.

Si la femme de Rezatovo a accouché, raconte-le moi. »

Effrayé par ce chant, Tambazomaiva regagna aussitôt le village avec le peu de bois qu’il avait pu collecter.

Le lendemain matin, il reprit le sentier de la forêt. Telle était la raison d’être d’un serviteur : il fallait qu’il fût au service de son maître, qu’il construisît un enclos ou une maison pour lui. Le bûcheron venait de faire quelques bûches quand le même chant retentit près de lui.

De nouveau, il regagna le village avec le peu de bois qu’il avait pu collecter. Après l’avoir déposé aux alentours, il entra dans la demeure de Rezatovo. Il fallait le mettre au courant.

-          Parle-nous des nouvelles de la forêt, dit Rezatovo.

-          Des nouvelles, dit Tambazomaiva, la forêt en possède.

-          De quelles nouvelles s’agit-il ?

-          Un être invisible chante tout près de moi pendant que je travaille. ,je ne rentre pas ici avec les dix doigts de la main parce que j’ai peur d’être grondé, mais je ne peux pas non plus m’attarder là-bas parce que cet être invisible, cet être qui n’est que voix, qui n’est que chant, mais un chant s’inspirant de la réalité, m’épouvante. C’est pourquoi, je ne rapporte que peu de bois.

-          …s’inspirant de la réalité ! s’étonna Rezatovo.

-          Oui, écoutez les paroles de ce chant.

Et Tambazomaiva se mit à déclamer les paroles :

« Voloivoke, Voloivoke !

Si des guerriers ont fait irruption dans cette région, raconte-le moi.

Si des blancs ont fait irruption dans cette région, raconte-le moi.

Si la femme de Rezatovo a accouché, raconte-le moi. »

-          Nous nous y rendrons demain matin, décida Rezatovo.

Le lendemain matin, de bonne heure, trois individus prirent le sentier qui menait à la forêt : Tambazomaiva et Rezatovo en compagnie de sa femme, sa femme qui attendait un enfant. La rosée ne se dissipait pas encore quand ils disparurent sous les feuillages. En pleine forêt, le serviteur dit :

-          Vous m’attendez ici ; je vais abattre cet arbre.

En entendant l’écho régulier des coups de hache de Tambazomaiva, dominant le silence matinal, l’être invisible chanta :

« Voloivoke, Voloivoke !

Si des guerriers ont fait irruption dans cette région, raconte-le moi.

Si des blancs ont fait irruption dans cette région, raconte-le moi.

Si la femme de Rezatovo a accouché, raconte-le moi. »

A peine eut-il fini de chanter que la femme de Rezatovo enfanta simultanémént avec l’apparition des guerriers. Ceux-ci tuèrent le maître et sa femme à coups de sagaie, mais ne touchèrent point à Tambazomaiva ni au nouveau-né. Tambazomaiva emmena l’enfant au village et l’éleva. Il était du sexe masculin.

Tambazomaiva n’était plus désormais un serviteur. Unique héritier de son maître, il devenait le seul acquéreur de tous ses biens : bétail, terres, maisons…

L’orphelin grandissait et pouvait garder le troupeau tout seul. Mais il jumelait le gardiennage avec la chasse. Bon tireur à l’arc, il ne retournait jamais au village sans gibier. Un soir, l’enfant présenta à Tambazomaiva deux pintades. Il s’agissait d’un couple.

-          De quel sexe est la plus pesante ? demanda l’enfant.

-          Mâle, répondit Tambazomaiva.

-          Qui est mon père ?

-          Moi.

-          De quel sexe est la moins pesante ?

-          Femelle.

-          Qui est ma mère ?

-          Moi.

« Rien n’est clair, se dit le garçon. Il faut deux oiseaux - un mâle et une femelle – pour qu’il y ait un jeune oiseau. Ce qui est vrai pour les oiseaux doit l’être également pour l’homme. Et pourtant, moi, je suis issu d’un seul individu qui est à la fois mon père et ma mère !

Il grandissait toujours et le voilà adolescent. L’âge était à l’agression, au goût du risque, à l’aventure.

Un jour, il se hasarda seul dans la forêt profonde, toujours à la poursuite de gibier. En pleine forêt, le chasseur manqua une pintade mais, en touchant terre, sa flèche heurta quelque chose.

-          Qu’est-ce qu’il y a ? se demanda-t-il en s’approchant de l’endroit où la flèche s’était plantée.

Qu’est-ce qu’il y avait ? Un tas d’ossements. Plus fasciné que terrifié par sa découverte, l’adolescent entonna un chant :

« Ces os-ci, de quels os s’agit-il, Tambazomaiva, de quels os ?

Au village, entendant la question chantée, Tambazomaiva sursauta, en s’écriant :

« Le vilain garçon a découvert ce qui lui a été longtemps secret. »

Pour l’égarer, Tambazomaiva lui répondit par un autre chant :

« Ce sont des os de sangliers. Il est interdit de les sucer. »

L’adolescent, cependant, insistait :

« Il faut que je connaisse aujourd’hui la vérité. »

Il renouvela son chant :

« Ces os-ci, de quels os s’agit-il, Tambazomaiva, de quels os ?

-          Ce sont des os de chiens. Il est interdit de les sucer.

« Ces os-ci, de quels os s’agit-il, Tambazomaiva, de quels os ?

-          Ce sont des os de chats sauvages. Il est interdit de les sucer.

« Ces os-ci, de quels os s’agit-il, Tambazomaiva, de quels os ?

L’insistance de l’adolescent attisa la colère de Tambazomaiva. Il fut acculé à dire ce qu’il ne devait pas dire :

-          Les os de tes parents.

-          Voilà la vérité que j’ai tant cherchée, mais que tu m’as toujours cachée.

Il marcha sur Tambazomaiva et lui planta une sagaie au creux de l’estomac : l’arme lui transperça le cœur. Il s’affaissa.

Cela fait, il ramassa les restes de ses parents et les inhuma plus tard dans un tombeau somptueux qu’il fit ériger.

 

 

Contes et légendes Tandroy

SAMBO adaptation Olivier BLEYS

L’Harmattan

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