Vorosoavolo, l'oiseau au beau plumage.

Publié le par Alain GYRE

271 Vorosoavolo.

L’oiseau au beau plumage.

Un homme et son fils étaient en train de piéger du gibier à plume dans un buisson. Le piégeage consistait à pousser le gibier vers un endroit truffé de nœuds coulants.

Mais une chose semblait bizarre : les oiseaux choisissaient les pièges tendus par le garçon pour se faire capturer. Vraiment, la chance lui souriait. Si cela continuait, le père rentrerait bredouille au village.

-          Ça suffit, pensa le jeune homme. Je vais rentrer au village pour que mon père ait, lui aussi, sa part.

Après avoir souhaité « bonne chance » à son père, l’enfant regagna le village chargé de gibier : pintades, perdrix…

Peu de temps après son départ, l’homme captura un jeune vorosoavolo, l’oiseau au beau plumage. Il exulta.

-          Quel beau gibier ! s’exclama-t-il.

Il le dénoua. Mais le jeune vorosoavolo chantait :

-          Est-ce que tu me dénoues,  homme ?

-          Est-ce que tu me dénoues ?

-          Est-ce que je ne dénoue pas mon mets ?, dit l’homme.

-          Porte-moi sur ton dos.

-          Est-ce que je ne porte pas mon mets sur le dos ?

L’homme porta son gibier sur le dos. Cependant, il se mit à le redouter parce qu’il parlait. Il fallait s’en défaire.

Au lieu de prendre le chemin du village, l’homme s’enfonça dans la profondeur de la brousse. Croyant s’en débarrasser, il déposa le petit de vorosoavolo sur une termitière et dit :

-          Tu m’attends ici. Je vais m’alléger un peu.

Il courut, il courut à en perdre le souffle. A des lieues de l’oiseau au beau  plumage, il se cacha dans une touffe.

Las d’attendre en vain, le jeune vorosoavolo suivit l’homme à la trace !

-          Voici son empreinte de pas, voici son empreinte de pas… Le voici.

Et il s’adressa à l’homme :

-          Porte-moi sur ton dos !

-          Est-ce que je ne porte pas mon mets sur le dos ?

Après deux échappées sans résultat, l’homme se résolut à regagner son village avec le gibier. Il entra chez sa petite épouse (1). Aussitôt l’oiseau s’exclama :

-          Est-ce que tu entres chez la petite épouse, homme ?

-          Est-ce que tu entres chez la petite épouse ?

-          Non ! Tu ne peux pas rester ici avec ton oiseau qui parle, dit la petite épouse en repoussant son mari vers la porte.

L’homme se rendit chez son épouse interne. Et l’oiseau, derechef :

-          Est-ce que tu entres chez l’épouse interne, homme ?

-          Est-ce que tu entres chez l’épouse interne ?

-          Je t’ordonne de quitter immédiatement ma maison, s’écria l’épouse interne.

L’homme finit par entrer chez la grande épouse. A peine avait-il franchi le seuil de la porte que l’oiseau commençait :

-          Est-ce que tu entres chez la grande épouse, homme ?

-          Est-ce que tu entres chez la grande épouse ?

-          Voici une marmite et un couteau, dit la grande épouse. Fais cuire ton mets ailleurs. Tu le mangeras seul. Je te défends de le servir à mes enfants.

L’homme sortit avec les ustensiles de cuisine dont il eut besoin et choisit le pied d’un grand arbre aux alentours pour la cuisson. Après avoir égorgé son gibier, il le débita.

-          Est-ce que tu débites, homme ?

-          Est-ce que tu débites ?

-          Est-ce que je ne débite pas mon mets ?

Il arrangea la viande dans une grande marmite et attendit la cuisson. Ensuite, il se régala.

-          Est-ce que tu te régales, homme ?

-          Est-ce que tu te régales ?

-          Est-ce que je ne me régale pas de mon mets ?

Quand il ne resta aucune miette dans la marmite, l’homme se dirigea vers la maison de la grande épouse.

Le lendemain, la mère de vorosoavola fut de retour de la mer. Elle chercha partout son petit en vain. Elle chanta :

-          Où est le vorosoavolo qui était ici ?

-          Où est-il ?

-          Me voici, mère, dans le ventre d’un homme, répondit en chant le petit vorosoavolo.

Elle se dirigea vers le lieu d’où provenait la voix de son petit, avec son allure majestueuse d’oiseau géant. Pour ne pas s’égarer, elle appela plusieurs fois. C’était la réponse du petit oiseau qui l’orientait.elle finit par entrer dans un village, et chanta : la voix du petit s’éleva d’une hutte au sud du village, dans la demeure de la grande épouse.

Pendant ce temps-là, l’homme, ne pouvant ni s’enfuir ni se battre, ordonna à la maisonnée de vider rapidement un tihy (2) d’arachide, se lova au fond avant que les gousses ne fussent remises dedans. Le seul moyen d’échapper à la mort, c’était, en somme, de s’inhumer vivant.

Après plusieurs chants, voilà que la mère arriva dans la cour, puis sur le seuil de la porte. Cependant, elle ne toucha ni aux femmes ni aux enfants du mangeur de sa progéniture.

-          Où est mon vorosoavolo qui était ici ?

-          Où est-il ?

-          Me voici, mère, dans le ventre d-un homme.

Persuadée qu’il y avait quelqu’un dans le tihy, elle le renversa d’un coup de patte. Les gousses se répandirent sur la natte, entraînant l’homme sur elles.  Un autre violent coup de patte ouvrit son ventre qui logeait le petit vorosoavolo. L’oisillon en sortit, indemne, comme si rien ne s’était passé.

La mère et son enfant rentrèrent chez eux, heureux tandis que l’homme agonisait, éventré par les serres puissantes. Il mourut peu après.

 

(1)   Dans le régime polygame, les femmes sont égales devant le mari. seulement, la tradition veut que seule soit  qualifiée de « grande épouse » (« valibey ») celle qui s’unit la première à l’homme. La deuxième est une « épouse interne », la troisième une « petite épouse ».

(2)   Natte cousue de manière à avoir une très grande corbeille dans laquelle on conserve les produits.

Contes et légendes Tandroy

SAMBO adaptation Olivier BLEYS

L’Harmattan

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