Zana-Driaky Mangaliba là-bas

Publié le par Alain GYRE

Zana-Driaky Mangaliba là-bas

29-08-2014

Chanter la vague, le surf, les filles en maillot, c’est un peu le leitmotiv des Zana-Driaky. Si leur mangaliba teinté de reggae les distingue nettement de Dadah de Fort-Dauphin ou d’Hazolahy, sur le fond c’est ce même rythme de l’Anôsy poussé jusqu’à la transe…

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© no comment ®

Rappelez-vous les Beach Boys dans les années soixante. Ces mecs en tongs qui chantaient le surf, les plages, la Californie, les bikinis intenses. Eh bien à Fort-Dauphin (Tolagnaro), ils ont l’équivalent : en plus rasta on va dire, en plus roots. Les Zana-Driaky, ils s’appellent. Les « fils de l’océan ». Car comme les Beach Boys, c’est d’abord la vague et le goût de la glisse qui les fédèrent. « Tout gamins, on jouait de la guitare ensemble sur la plage avant d’aller surfer. Ca plaisait aux filles et ça nous plaisait aussi, et c’est comme ça qu’on a décidé de continuer », explique Dimby, chanteur et guitariste, l’initiateur du groupe en 2008. D’avoir enregistré un album solo (Siza) en 2006 lui confère une sorte d’ascendance sur les autres, à savoir Gilbert (seconde guitare), Mbinina (percussions), Rivo (djembe et congas) et Abel (choeur et tambourin). Moyenne d’âge 25 ans.

 

« Avant on était sept, mais deux sont partis à l’étranger », soupire Dimby qui reconnaît que tout n’est pas toujours fun, fun, fun à Fort-Dauphin. « On joue dans les bars et les restos, mais on a peu de contrats, surtout depuis la crise de ces dernières années. Si ça continue, on va devoir redevenir pêcheurs. » Là, ils sont en train d’installer leur matos à l’Island Vibe, un petit restaurant sur la plage, face au spot Monseigneur, haut lieu du surf à Fort-Dauphin. Presque un cabanon, tout en planches, tenu par deux Sud-Af du Cap, Elena Van Zyl et Susan Berk-Mullen (leur sushi au thon arrosé à la téquila, tout ce qu’il y a de plus recommandable !) C’est un peu le point de ralliement des Anglo-Saxons de Fort-Dauphin.

 

Ou ce qu’il en reste, car depuis que le gros contingent des techniciens de l’ilménite de QMM-Rio Tinto est reparti, ce n’est plus la même ambiance.

 

Ce soir, il y aura une soirée canadienne et bien entendu du mangaliba, la musique de fête par excellence de l’Anôsy. Elle a été remise à l’honneur dans les années 2000 par Dadah de Fort- Dauphin. Rythme bien déhanché, inspiré du sarandra des griots Antanôsy, parfois poussé jusqu’à la transe : son nom signifie « bleu de la liberté », pour ne pas dire « grand bleu », car ici tout commence et finit avec l’océan. Les Zana-Driaky sacrifient moins aux instruments traditionnels (kabôsy, antranantrana) que le groupe Hazolahy, l’autre gloire locale du mangaliba avec Dadah. « Dadah, Hazolahy, on vient tous des mêmes quartiers. Le mangaliba est notre culture, mais chacun est libre de l’adapter comme il veut. »

 

Chez eux, ce sont ces influences reggae totalement assumées, autant que leurs dreads et les couleurs jamaïcaines de leurs fringues ! « On n’est pas un groupe engagé, on chante la vie qu’on mène ici. Une de nos chansons dit : tu te réveilles le matin, tu vas prendre la vague : ça, c’est le bon côté. Une autre parle des politiciens qui s’en mettent plein les poches pendant que toi tu bois la tasse… » C’est assez incroyable, mais les Fils de l’océan n’ont jamais bougé au-delà de Fort-Dauphin, pas plus qu’ils n’ont entendu parler des Beach Boys. Mais pourquoi faire d’ailleurs ? Dimby part d’un grand éclat de rire : le mangaliba n’est-il pas dans tout puisque tout est dans le mangaliba ?

 

Zana-Driaky

dimby85@gmail.com

 

Alain Eid

Photos : Bernard Wong

 

 

© no comment ®

www.moov/mg

Publié dans Revue de presse

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