Conte: Faralahy et Faravavy

Publié le par Alain GYRE

 

Faralahy et Faravavy

Conte Betsimisaraka

Recueilli à Ranomafana (province d'Andevoranto).

(Variante du conte : Ivolamaitso).

 

Deux époux, nommés Faralahy et Faravavy, avaient une fille appelée Soaminivolo et une servante, Soantoko.

Faralahy avait fait un serment à sa femme :

 « Je n’ai que toi pour femme ; si j’en prends jamais une autre, que la pirogue m’ensevelisse dans l’eau ! »

Faravavy s’était engagée de son côté :

« Je n’ai que toi pour mari ; si je cédais jamais au désir d’un autre homme, que l’éclair m’emporte dans les nuages ! »

Or Faralahy, se trouvant éloigné de son village, ne put attendre de retrouver sa femme et il en prit une autre; mais en passant une rivière la pirogue le renversa et il mourut noyé.

Ayant entendu dire que son mari était mort, Faravavy dit à sa fille et à son esclave :

« Un mort ne saurait m'empêcher de prendre un autre homme. Quant à loi, ma fille, va chez ton grand ’père avec Soantoko. »

 A peine eut-elle prononcé ces paroles qu’un éclair l’enleva.

 Soaminivolo partit avec l’esclave pour aller chez son aïeul Ravorivorikatsanga. Quand elles furent en route, Faravavy s’écria :

« Me vois-tu encore, ma fille ? »

Soaminivolo répondit :

« Monte un peu, car tu es encore aussi grande qu’un bœuf. »

Faravavy s'éleva plus haut et dit ensuite :

« Me vois-tu encore, ma fille ?

- Tu es aussi grande qu’un sanglier. »

Faravavy monta davantage et répéta :

« Me vois-tu encore, ma fille ?

- Tu es aussi grande qu'un chien. »

Elle s’éleva encore.

« Me vois-tu toujours, ma fille ?

- Tu es aussi grande qu’une hirondelle. »

 Elle monta plus haut.

 « Me vois-tu encore, ma fille ?

- Tantôt je te vois, tantôt je ne te vois plus. »

Et Faravavy disparut dans les nuages.

Soaminivolo s’en alla vers son ancêtre. Quand elles furent arrivées, l’esclave dit à l’ancien, en désignant sa maîtresse :

« Voici ton esclave. »

Et  Ravorivorikatsanga  envoya Soaminivola à la rizière pour chasser les fody.

Dès qu’elle en vit un, elle cria :

« Fody ! Fody ! Va-t-en ! Soantoko, qui mangeait dans un davenona, mange maintenant dans un kopy, et Soaminivolo qui mangeait jadis dans un kopy (i) mange maintenant dans un davenona. »

Alors Faravavy cria du haut des nuages :

« Ma fille, ma fille, est-ce que ton aïeul Ravorivorikatsanga n’est pas là ?

- Il est là, répondit Soaminivolo.

- Et le fody, est -il encore là ?

- Il est encore là, mais il ne me connaît pas. »

Et elle répéta :

« Fody, fody, va-t-en. Soantoko, qui mangeait... etc... »

Et Faravavy recommença à dire :

« Est-ce que ton aïeul Ravorivorikatsanga n’est pas là ?

- Il est là, mais il ne me connaît pas. »

En entendant ces mots, Ravorivorikatsanga se mit à écouter.

Soaminivola dit une troisième fois :

« Fody, fody... etc.. »

Alors Ravorivorikatsanga se mit à pleurer, il prit Soaminivolo sur son dos et la porta jusqu’à la maison.

Soantoko lui dit :

« Pourquoi portes-tu sur ton dos cette esclave ? »

Mais Soaminivolo l’interrompit en disant :

 « Nous allons faire amener un taureau furieux pour l’épreuve! »

Ce qui fut exécuté.

Soaminivolo reprit :

« Si je ne suis pas la fille de Faravavy, et si Soaminivolo n’est pas mon nom, et si les vêtements que porte Soantoko ne sont pas à moi, que ce taureau me perce de ses cornes! Et si au contraire je suis la véritable fille de Faravavy, et que je m’appelle Soaminivolo, et que les vêtements portés par Soantoko m’appartiennent, que ce taureau furieux ne me fasse aucun mal ! »

Là- dessus, Soaminivolo se glissa entre les jambes du taureau, sans que celui-ci lui donnât de coups de pied. Puis elle se coucha sur ses cornes, sans qu’il fît un mouvement.

Soantoko à son tour fit les mêmes imprécations, puis elle alla se mettre entre les jambes du taureau, qui lui donna un coup de pied. Aussitôt on la mit à mort.

 

(i) Kopy, bol enfer-blanc; davenona, écuelle en terre.

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

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