Conte: Faramalemy et Kotobekibo

Publié le par Alain GYRE

Faramalemy et Kotobekibo

Conte Betsimisaraka

Recueilli à Sevanantsara {province d'Andevoranto).

 

Un père et une mère voulaient abandonner leurs enfants : voici comment ils s’y prirent. Ils remplirent un pot de pierres et posèrent par dessus des saonjo; puis ils dirent à leurs deux enfants, Faramalemy et Kotobekibo ;

« Nous allons chercher de quoi manger; vous, gardez la maison; voici un pot de saonjo dont vous vous nourrirez jusqu'à ce que nous soyons revenus. »

Et ils partirent pour ne plus revenir jamais.

Ikotobekibo, qui était très gourmand, dit à sa sœur Rafaramalemy :

« Nous avons bien faim; mangeons ce qu’on nous a laissé. »

Mais au moment de partager les saonjo, il s’aperçut que le pot était plein de pierres.

Faramalemy, qui était la plus sage, dit à son frère :

« Nos parents veulent nous abandonner, il faut que nous cherchions notre vie. »

Tous deux partirent donc; ils arrivèrent au bord d’une rivière :

« Par où veux-tu aller, dit Kotobekibo, en amont ou en aval ?

- En aval, répondit Faramalemy, moi je ne trouverai rien, et toi, tu auras sans doute du gibier.

« Ainsi firent-ils. Le soir ils rentrèrent à la maison. Ikotobekibo demanda à sa sœur ce qu’elle avait pris; Faramalemy n'avait rien trouvé ; il se mit fort en colère et s’écria :

« Tu n’as rien rapporté, tant pis pour toi. Nous allons barrer la chambre ; j’en aurai une moitié, et toi l’autre. Chacun fera cuire et mangera ce qu’il aura trouvé. »

Ce qui fut fait. Le lendemain, même manège.

Cette fois Ifara trouva un agneau mort qu’elle rapporta à la maison pour le manger. Kotobekibo ne prit qu’un crabe.

En rentrant il demanda à sa sœur quel gibier elle avait pris. Elle ne voulut pas le lui dire et répondit :

« Mon frère, je n’ai rien, je n’ai trouvé que des sauterelles et un crabe. »

Kotobekibo éleva la cloison comme la veille.

Chacun fit cuire sa part. Faramalemy commença par brûler la fourrure de son agneau.

Kotobekibo sentit l'odeur et s'écria :

« Ah! quelle odeur! Tu as fait bonne chasse, mais tu n’as pas voulu me le dire! »

En même temps il ôta la cloison et aida sa sœur à brûler la fourrure de l’agneau.

I' Nous sommes seuls ici tous les deux. Pourquoi faire cuire chacun pour soi ? »

 Sa sœur consentit volontiers et partagea l’agneau avec lui.

Le lendemain, ils se mirent de nouveau en quête.

Cette fois ce fut Faramalemy qui partit en amont.

Elle parvint à la maison de Trimobe, située au sommet d'une colline. Elle y entra et profita de l’absence de Trimobe pour manger toutes sortes d’aliments qui se trouvaient là. Elle en rapporta même à la maison.

A peine arrivés, le frère et la sœur se demandèrent ;

« Qu’est-ce que tu as ? »

Faramalemy dit qu’elle n’avait rien, et le gourmand, qui n’avait pas grand-chose, dressa encore la cloison.

Alors sa sœur sortit de sa sobika les provisions qu’elle avait rapportées de la maison de Trimobe.

A ce moment, Kotobekibo regarda par les interstices de la claie servant de cloison, et, voyant les vivres, s'écria :

« Oh ! Faramalemy, tu as encore à manger. Songe que nous sommes frère et sœur; nous ne devons pas nous quereller. Partage avec moi, veux-tu? »

 La naïve fillette lui donna toutes les provisions, car elle n’avait plus faim.

« Où as-tu trouvé toutes ces bonnes choses ? dit Kotobekibo, lorsqu’il fut rassasié ». —

« Je les ai prises dans la maison de Trimobe».

« J'irai, moi aussi.

« Ne t’en avise pas. Tu es trop gourmand ; tu ne pourrais plus sortir, une fois ton ventre plein, et Trimobe te mangerait. »

Mais Kotobekibo s’obstina et ils s’en allèrent ensemble cette fois. Arrivés chez Trimobe, ils se mirent à manger, mais le ventre de Kotobekibo devint tellement gros qu'il ne put passer par la porte.

Le gourmand s’écria tout angoissé :

« Qu’est-ce que je vais devenir, Faramalemy ? Voilà que je ne peux plus sortir. Trimobe va me manger. »

« C'est bien fait, je t’avais prévenu. »

Pourtant elle conseilla à son frère de prendre le tisonnier et de se cacher sous l’escabeau.

 « Quand il demandera qui a mangé ses provisions, tu répondras : c’est moi. Il se baissera pour voir qui est là, et tu le frapperas alors avec le tisonnier. »

Tiimobe arriva peu de temps après et dit en reniflant ;

« Maimbo olombelona, maimbo oloinbelona. » [Ça sent l’homme !]

Puis il demanda : « Qui a mangé ma viande?

- C’est moi », répondit Kotobekibo.

Trimobe se baissa pourvoir qui parlait sous l’escabeau, mais Kotobekibo le frappa si vigoureusement avec le tisonnier qu’il le tua.

Ensuite il appela sa sœur et tous deux jouirent ensemble des richesses de Trimobe.

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

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