Conte: FARAMANGAVOLA

Publié le par Alain GYRE

 

FARAMANGAVOLA

Conte  Tsimihety

Recueilli à Mandritsara [province de Maroantsetra).

 

Un jour, dit-on, trois sœurs s’en allèrent chercher des racines, et quand elles eurent fini, il se trouva que la dernière, appelée Faramangavola, en avait récolté beaucoup plus que les autres.

Les aînées la menacèrent si elle ne leur laissait sa part, de l’abandonner dans la forêt. Faramangavola se refusa à rien leur céder, elles s'enfuirent alors en courant, et leur petite sœur, qui ne pouvait les suivre, resta perdue dans la forêt. Après avoir longtemps pleuré, elle monta sur une grosse pierre et vit un fody qui passait par là; elle lui cria :

 « Ho! le fody de la forêt, ho ! \’eux-tu porter chez papa et maman le message que voici: Je suis Faramangavola. abandonnée par ses aînées, abandonnée par ses sœurs. »

 Le fody répondit ;

« Non ! je ne porterai pas ton message ! Non ! Ne suis-je pas l’oiseau que tu as chassé de la rizière, lorsqu’il venait chercher quelques grains de riz ? »

Et il s’envola au loin. Et par hasard le vorondreo s’en vint par là ; elle lui dit ;

« Veux-tu porter chez papa et maman les paroles que je te dirai; si tu les portes, je te donnerai 5o piastres. »

L’oiseau, satisfait delà récompense, dit à Faramangavola :

« Viens ici et mets-toi sous mon aile. Je te por¬ terai moi-même chez tes parents. »

11 s’envola avec la petite fille et parvint à un village où il fit cet appel ;

« Ndreo ô! Ndreo ô ! c’est Faramangavola, abandonnée par ses aînées, bien loin, en un endroit où il n’y avait rien à manger! »

Et les gens du village se dirent :

 « Qu'est-ce que c’est que cet oiseau ? On dirait un vorondreo. Que le malheur soit détourné ! Que le malheur ne soit pas apporté ici ! »

Le vorondreo s’envola et parvint à un autre village. Les gens le chassèrent encore.

Enfin il arriva au village qu’habitaient les parents de la petite fille, et il cria :

« Ndreo ô ! c’est Faramangavola, abandonnée par ses aînées, bien loin, en un endroit où il n’y avait rien à manger ! »

La mère de Faraman¬ gavola fut stupéfaite en entendant le cri du Vorondreo.

« 11 y a quelqu’un qui prononce le nom de Faramangavola », dit-elle aux gens de la

maison.

Elle sortit et vit le vorondreo qui voltigeait au dessus de la maison.

 « Si tu m’apportes des nouvelles propices et bonnes, dit-elle, perche-toi sur le grand arbre qui est auprès de la maison. »

Quand il y fut perché, la mère apporta une natte propre et l’étala au-pied de l’arbre. Et l’oiseau descendit sur la natte, et Faramangavola sortit de dessous son aile. Ses parents et les gens de son village furent contents de la revoir.

Elle dit au vorondreo ; « Je vais te donner les 5o piastres promises. »

11 lui répondit ; « Je suis un vorondreo ; je ne saurais que faire de piastres. Mais qu’on me fasse cuire du riz dans chaque maison. »

Tous les gens du village se mirent à piler le riz, et la grand-mère de Faramangavola en pilait aussi, mais elle n’allait pas vite à cause de son grand âge ; le riz de tout le monde était déjà blanc, que le sien n’était pas encore pilé; le riz de tout le monde était déjà dans le pot, que le sien était encore blanc ; le riz de tout le monde était déjà écume que le sien était encore dans le pot ; le riz de tout le monde était déjà servi, que le sien n’était pas encore écumé. Et le vorondreo prit une becquée du riz de tout le monde, mais quand il goûta celui de la grand-mère, il se brûla terriblement la gorge. Et, furieux, il s’envola en criant : « Du bien j’ai fait, du mal on me fait. »

Et voilà pourquoi, dit-on, le bec du vorondreo sent mauvais.

 

Conte de Madagascar

Charles RENEL

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