Conte: Il ne faut pas désirer le malheur

Publié le par Alain GYRE

 

Il ne faut pas désirer le malheur

Conte Betsileo

Recueilli à Ambohimahasoa [province de Fianarantsoa )

 

Il y avait, dit-on, un homme très pauvre qui habitait sur la même terre qu’un homme riche.

Un jour que le pauvre homme était en train de travailler dans la campagne, sa femme lui apporta à manger.

Un Andriamanitra vint à passer ; il appela les deux époux et leur dit :

« Que faites-vous tous deux ici i

- Nous travaillons.

- Qu’est-ce que vous mangez?

- Des trakavola (légumes).

- Vous n’avez donc pas de riz ?

- Non.

- Voulez-vous être riches ?

- Oui, seigneur.

- Eh bien ! rentrez dans votre maison, achetez des lamba, en empruntant dix piastres à quelqu’un, décorez votre case et je vous apporterai la fortune. »

Les deux époux partirent et rentrèrent chez eux. Ils empruntèrent de l’argent à leur riche voisin, mais celui-ci tout d’abord ne voulait pas leur en prêter.

« Si nous ne pouvons pas te le rendre, lui dirent-ils, nous nous engageons à devenir tes esclaves. »

Sur cette promesse, l’autre prêta. Avec l’argent tous deux achetèrent des lamba et décorèrent la maison.

Une semaine après, le ciel devint noir, et la pluie arriva, accompagnée de tonnerre. Tout à coup un coffre en or tomba au milieu de la maison des pauvres époux. Dans ce coffre il y avait quelque chose qui ressemblait à un tambour et qui avait deux baguettes pour frapper.

L'homme prit les baguettes et en frappa le coffre qui aussitôt rendit des sons ; Mihobia ! Mihobia ! (réjouissez-vous !) Les deux époux l'ouvrirent alors et y trouvèrent de l'argent, des pierres précieuses et de l’or en grande quantité. Les deux pauvres gens rendirent aussitôt les dix piastres à leur voisin. Celui-ci fut bien étonné de voir cette richesse soudaine échoir aux deux époux et leur demanda comment c’était arrivé.

Ils lui racontèrent tout. Aussitôt le riche partit pour tenter, lui aussi, l’aventure, il se mit donc à travailler; et, au moment où sa femme lui apportait des trakavola, l’Andriamanitra passa.

« Que faites-vous là ?

- Nous travaillons la terre.

- Qu’est-ce que vous mangez ?

- Des trakavola.

- Vous n'avez donc pas de riz?

- Non.

- Retournez dans votre village, décorez votre maison, et je vous apporterai quelque chose. »

Une semaine après, le ciel devint noir, un orage éclata, et un coffre en or tomba au milieu de la maison. Dans le coffre il y avait un tambour avec des baguettes. Le riche alla dire au pauvre :

« Mon coffre est arrivé aussi, camarade. »

Tous deux prirent les baguettes et frappèrent sur le tambour. Celui-ci rendit des sonstn Loza Ka

irina ! Loza Ka irina !

« Vous avez désiré le malheur

 - Qu’est-ce que cela signifie, dit le pauvre. Il donne des sons tout à fait différents de ceux du mien. »  

De fait, quand on ouvrit le coffre, on s’aperçut qu'il ne contenait que du vent pestilentiel.

Le riche tomba malade aussitôt et mourut.

 

C'est l’origine de l'expression ; a^amaniry lo^a

(Il ne faut pas désirer le malheur).

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

 

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