Conte: Inbahatrila

Publié le par Alain GYRE

 

Inbahatrila

Conte Betsimisaraka

Recueilli à Antanambao {province des Betsimisaraka-du-Sud).

 

Il y avait, dit-on, un ménage de pauvres gens qui avaient un fils unique.

Or, au bout de deux mois, le petit enfant était devenu aussi fort qu’une grande personne, et son intelligence et son caractère s’étaient aussi remarquablement développés.

Un jour, il demanda à son père et à sa mère de lui dire les choses que les hommes vivants redoutent le plus, les choses qui tuent les gens. En vain ses parents essayèrent de lui faire abandonner cette idée, il insista et les menaça même de les tuer, s'ils ne satisfaisaient pas à son désir. Ils finirent donc par lui dire :

« Si ce sont les êtres qui font peur aux hommes ou qui les font mourir que tu cherches, va vers le taureau féroce que redoutent tous les gens des environs. »

I1 s’apprêta donc, prit un couteau, un bouclier et une petite sagaie; on lui donna à ce moment le nom d’Imbahatrila. Son père et sa mère le conduisirent vers l’endroit où était le taureau sauvage, près du chemin. Quand le taureau le vit, il se mit à souffler et à frapper la terre de ses sabots; mais l'enfant n'hésita pas et marcha droit sur la bête; il l’attaqua avec la sagaie et le couteau tranchant et le tua. Puis, tout heureux d’avoir vaincu son ennemi, il s’en retourna à la maison, et les gens de son village furent bien étonnés.

Au bout de quelques jours, il refit à ses parents les mêmes questions et demanda des bêtes plus méchantes encore que le taureau sauvage. Ils lui indiquèrent les caïmans féroces qui habitaient en grand nombre dans la rivière appelée Bemamba. Imbahatrila s’écria tout joyeux ;

« C’est donc avec eux que je vais me battre ! »

Et il se munit d’une pirogue et d’armes. Quand il fut au fleuve, il prit de grosses pierres qu’il jeta dans l’eau. Aussitôt, tous les caïmans arrivèrent pour attaquer Imbahatrila, qui cherchait le malheur et l'infortune ; il y en avait tant que la pirogue disparaissait au milieu d’eux. Mais Imbahatrila attaqua ses ennemis, et bientôt presque tous furent morts, à l'exception de ceux qui plongèrent dans les profondeurs du fleuve.

Le vainqueur s'en revint sain et sauf et tous les gens des environs l'admirèrent pour sa force.

I1 ne restait plus de bêtes féroces dans le pays et Imbahatrila pensait à s’en aller au loin pour en chercher d’autres.

On lui parla d'un animal terrible appelé le Serpent-à-sept-langues qui en effet avait sept langues et qui habitait à trois jours de marche à l’Est de son village. 11 se prépara donc à partir, mais auparavant il planta un bananier et dit à ses parents:

« Ce bananier vous fera connaître mon sort ; s'il se dessèche complètement, ne comptez plus sur moi, c’est que je serai mort; si au contraire il pousse vigoureusement et a beaucoup de feuilles, ne soyez pas en souci de ma santé. Faites bien attention que dans une semaine je serai engagé dans mon grand combat avec le Serpent-à-sept-langues. »

I1 dit, et ses parents l’aspergèrent d’eau, puis il partit.

Lorsqu’il parvint au lieu où habitait la bête, il ne fut pas ému et ne frissonna point : c’était pourtant le plus terrible monstre que les hommes aient jamais vu.

Le combat s’engagea bientôt. D’abord Imbahatrila fut sur le point d’être dévoré par le serpent, et ses parents furent très inquiets, car ils virent que les feuilles du bananier commençaient à se dessécher. Enfin Imbahatrila reprit l’avantage et put venir à bout du monstre; quand il l’eut tué, il coupa ses sept langues pour les montrer à ses parents et aux gens de son village. Tous furent stupéfaits et admirèrent le petit Imbahatrila, à cause de sa force.

 

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

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