Conte: Ivolamaitso

Publié le par Alain GYRE

 

Ivolamaitso

Conte Tsimihety

Recueilli à Mandritsara {province de Maroanisetra).

 

Imboroka, le seigneur des sangliers, depuis longtemps cherchait une femme, mais, dit-on, n'en trouvait pas.

Un jour, on lui parla d’une fille de jolie figure, qui n’avait point de mari, parmi les enfants de Randiambe.

Imboroka partit plein d’espoir, et Randiambe, lorsqu’il arriva, lui demanda la cause de son voyage,

«  La cause de mon voyage, c’est le désir que j’ai d’obtenir pour femme ta fille Ivolamaitso.

- Qui es-tu?

- Je suis Imboroka, le Père qui mange les pierres !

- Ah ! je te connais bien. Tu es Imboroka, le seigneur des sangliers. Or écoute bien ce que je te dis : 11 y a là-bas, au nord du village, un champ de manioc. Je veux qu’il soit labouré aujourd’hui même. Si tu peux en venir à bout, je te donnerai Ivolamaitso pour femme. »

Imboroka s’en alla au nord du village et vit que le champ de manioc était une immense plaine.

Le jour était déjà très avancé. Comment un homme seul pouvait-il venir à bout de labourer un si vaste espace.’

Mais Imboroka appela vite tout ce qu’il y avait dans le pays de sangliers, grands et petits; et, quand ils furent réunis en grand nombre, il leur ordonna de travailler le champ. Avec leurs groins ils retournèrent la terre et ce fut bientôt fini.

Quand Imboroka revient, Randiambe fut stupéfait, mais il tint sa promesse et dit :

« Rentre chez toi, et, après une semaine, reviens ici pour chercher Ivolamaitso ; elle sera ta femme. »

Imboroka s'en retourna dans son village et il annonça aux siens qu'il avait obtenu la fille de Randiambe.

Quand il fut parti depuis deux jours, Randiambe fit appeler Ivolamaitso et Ikaloandevo.

« Voici ce que )'ai à te dire, Ivolamaitso ; il faut que tu t’en ailles pour aller chez Imboroka, parce que je t’ai promise à lui comme femme, et je ne peux pas attendre davantage pour tenir ma promesse. Et voici ce que j’ai à te dire, Ikaloandevo : il faut que tu partes pour l'accompagner pendant la route, car elle ne doit pas marcher dans l'eau. »

Ikaloandevo répondit : «Je vous le promets, et c’est en un cœur de pierre qu’est placé cet engagement.»

Or Ikaloandevo n'était qu'une petite esclave d'Ivolamaitso, mais toutes deux se ressemblaient tellement que personne n’aurait pu distinguer l’ainée et la cadette; leur figure, leurs cheveux, la couleur claire de leur teint étaient pareilles, les seuls signes particuliers d'ikaloandevo étaient les suivants ; son lamba était sale et elle avait un grain de beauté au cou.

Au matin, elles se mirent en route pour aller chez Imboroka.

A une certaine distance elles trouvèrent de l'eau qui barrait le chemin. La maîtresse demanda à l’esclave de la porter sur ses épaules,

«  Donne-moi tous tes vêtements et toutes tes parures, si tu veux que je te porte. »

Ivolamaitso les donna et fut portée ; mais elle devint esclave ; c’est elle qui se chargea des bagages; et quand elles arrivèrent au village du fiancé, Ikaloandevo devint la femme d’imboroka.

Quatre jours plus tard, Imboroka ordonna à Ikaloandevo (c’est-à-dire à Ivolamaitso devenue Ikaloandevo) d’aller garder la rizière pour en écarter les fody. Elle y alla donc et chanta :

«  IIô ! les fody de la forêt ! Ho ! C’est moi qui suis Ivolamaitso, enfant de Randiambe, devenue esclave, et c’est Ikaloandevo l’esclave qui est devenue Andriana. Hù! les fody de la forêt! »

Les oiseaux lui répondirent ;

« Rentre à la maison, Ivolamaitso, rentre! Ce n’est pas ton affaire de garder le riz ! Rentre à la maison, Ivolamaitso, rentre ! » Ivolamaitso répondit :

«  Je suis esclave, hô ! les fody de la forêt, hô ! je suis esclave. »

Et les oiseaux de chanter :

« Non pas esclave, Ivolamaitso, non pas esclave ! Mais tes père et mère sont Andriana et c'est Randiambe qui est ton père. »

Et cinq fois de suite furent répétées les mêmes paroles. On dit qu'Imboroka les entendit du village, et il fit appeler la gardeuse des rizières.

Celle-ci, mise en présence du seigneur des sangliers, affirma qu'elle était la vraie Ivolamaitso, et que l'autre n'était qu’une trompeuse et une petite esclave.

« Si tu ne me crois pas, fais chercher un taureau roux d'une seule couleur et fais le amener ici. »

Le taureau trouvé, les gens du village se réunirent. La jeune fille dit à l'animal :

« Si mes père et mère sont vraiment Andriana, et si vrai¬ ment Randiambe est mon père, et que je sois

Ivolamaitso, et que je ne sois pas une trompeuse, alors prends-moi sur l'extrémité de ta queue et fais-moi monter jusqu’au milieu de ton dos. »

Elle dit cela trois fois, accomplit ce qu'elle avait dit, et redescendit à terre.

Puis elle mit au défi la trompeuse d’en faire autant. On vit vraiment ainsi qu'elle était bien Ivolamaitso

et que celle qui portait ses habits était une trompeuse.

Et pour cette raison on tua l’esclave.

Telle est la fin de l’histoire d'Ivolamaitso.

 

Conte de Madagsacr

Charles RENEL

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