Conte: La Fille des Eaux

Publié le par Alain GYRE

 

La Fille des Eaux

Conte Betsimisaraka

Recueilli à Tananariva de la bouche d'un Merina ayant épousé une femme d'origine Betsiinisaraka et ayant séjourné longtemps à la côte.

 

Dans un village entre Andevoranto et Tamatave, ii y avait, dit-on, un homme pauvre, si pauvre qu'il n’avait même pas de quoi se vêtir; ce malheureux, abandonné par ses parents, se nourrissait exclusivement de poissons.

Un jour qu’il était à pêcher au bord de l’eau, son hameçon s’attacha à quelque chose de lourd. Il fut obligé de tirer très fort sur la ligne et à la fin il fit sortir de l’eau d’abord une chevelure de femme, puis la tête, le buste et le corps tout entier d’une jeune fille.

Le pêcheur fut très effrayé, mais l’être mystérieux le rassura : ' 

« Je suis sortie des eaux, dit-elle, pour être ta femme. Voici mes conditions : je m’appelle Razazavavindrano [la Fille-des-eaux], mais tu ne diras à personne d'où i je viens, lorsque nous arriverons au village ; sinon, je te quitterai et tu ne m’auras plus comme femme. »

Au village tout le monde fut stupéfait de la beauté de la femme et voulut savoir où le pêcheur avait pu la trouver.

Mais lui refusa de rien dire, et la Fille-des-eaux habita dans sa maison.

 Le petit ménage devint de plus en plus aisé.

Un jour, dit-on, la Fille-des-eaux dit à son mari : « Va dans la forêt et abats de jeunes arbres pour faire un enclos à bœufs. »

Quand la palissade fut près d’être terminée, Razazavavindrano dit encore : « Arrange la porte de façon à ce qu’elle soit tournée du côté de l'eau ».

Et cette nuit-là, vers minuit, on entendit des troupeaux de bœufs entrer dans l’enclos. Le lendemain, les habitants du village, étonnés, demandèrent au pêcheur d'où venaient ces bœufs, mais lui ne voulut rien dire. Le petit ménage cependant devint très riche.

 Au bout d’une année Razazavavindrano, qui avait conçu, accoucha d’un petit garçon. Mais les frères du pêcheur devinrent jaloux de lui, et, après s’être concertés ensemble, jurèrent de lui faire avouer d’où venaient une si belle femme, tant de richesses et un si beau petit garçon.

Un jour que l'homme était allé chercher du bois dans la forêt, ses frères le surprirent et le menacèrent de mort s'il ne révélait son secret. Le pauvre homme finit par avouer que sa femme était sortie du lac qui se trouvait non loin du village et que c’était à la pêche qu'il l’avait attrapée.

Alors ses frères consentirent à le relâcher. Mais le soir de ce jour, dit-on, la Fille-des-eaux dit

à son mari : « Puisque tu as été parjure, je vaisretourner chez nous. »

Le pauvre homme fondit en larmes et la supplia de rester : elle fut inflexible. Pourtant elle consentit à lui laisser l’enfant et à demeurer un jour encore. Le soir de ce jour-là, elle dit à son mari

; « Puisque je pars et que je te laisse notre enfant, je vais vous faire devenir très riches. »

Et bientôt la place au nord du village fut toute recouverte de bœufs. Cette vue le pauvre pêcheur sanglota de nouveau et supplia sa femme. Elle consentit à rester jusqu’au lendemain à midi. A midi elle dit à son mari :

« Porte notre enfant et suismoi. »

Razazavavindrano les conduisit jusqu’à l’endroit où elle avait été pêchée autrefois et dit :

 « Aie bien soin de notre enfant. Quant vous voudrez me voir, amène-le ici au bord du lac; pour moi, quand j’aurai envie de le voir, je viendrai, une fois la nuit tombée, dans ta maison. »

Et elle se plongea dans les eaux.

 Dès le lendemain, le pêcheur amena son enfant au bord du lac. Ils virent alors la Fille-des-eaux, accompagnée de son père, de sa mère et de sa jeune sœur.

Et, quand ils eurent tous regardé l’enfant, ils retournèrent dans l’eau, leur demeure.

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

 

 

 

 

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