Conte: La poule et le papango

Publié le par Alain GYRE

 

La poule et le papango

Fable Merina

Recueillie à Andramasina [province de Tananarive).

 

Un jour, dit-on, la poule eut besoin d’une aiguille.

Elle courut de tous côtés pour en emprunter une, mais ses voisines étaient parties, et elle se trouva fort embarrassée.

Tout à coup elle entendit un oiseau qui criait au-dessus d’elle :

« Koho ! Kohol » (1)

C’était le papango.

En ce temps, la poule et lui étaient amis; il consentit donc à prêter son aiguille.

Mais voici que Rakohovavy (2) la perdit.

Lorsque le prêteur vint la lui réclamer, le soir venu, elle ne put la rendre et s’excusa très fort. Le papango furieux ne voulut rien entendre et lui donna jusqu’au lendemain pour retrouver l’objet.

La poule, avec ses compagnes, chercha vainement toute la journée. Elle eut beau remuer la terre, écarter les herbes : l’aiguille était bien perdue.

Quand le papango revint, il fut très en colère et demanda quelque autre objet pour le dédommager de la perte subie.

Mais la poule, qui cherche toujours à acquérir, ne voulut rien donner.

L’autre alors enleva un poussin en compensation de son aiguille, et il s’écria :

« Que maudit soit celui de mes descendants qui oubliera le tort que m’a fait la poule, qui liera amitié avec elle et ne poursuivra pas sa progéniture! »

 

Depuis ce temps-là, dit-on, la poule et le papango sont des ennemis.

Quand le papango plane au-dessus d’un village, il crie :

« Filo (3) ! Kohol Kohol » pour réclamer son aiguille à la poule ; chaque fois qu’il le peut, il enlève des poussins; la poule, de son côté, gratte la terre de ses pattes et picore de son bec, pour tâcher de retrouver l’aiguille.

 

(1)  akoho, qui signifie « poule ».

(2) Madame Poule

(3) Filo signifie aiguille.

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

 

 

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