Conte: Le caïman et le hérisson

Publié le par Alain GYRE

 

Le caïman et le hérisson

Fable Mérina

Recueillie à Sambaina district autonome d'Anka\obc).

 

Un jour, dit-on, sur le bord d’une rivière un hérisson se promenait en quête de nourriture et dans la vase des rives il déterrait de nombreux vers dont il se régalait.

Tout à coup il se trouva en face d’un énorme caïman endormi ; effrayé, il allait se sauver, quand le monstre se réveilla et, l’apercevant, lui demanda où il allait.

Le hérisson, pris de peur, n’osa pas dire tout simplement : Je cherche ma nourriture sur le bord de la rivière. Mais il répondit :

« Je suis venu ici pour vous saluer et vous rendre visite, monseigneur.

-  Approche alors, et causons. »

Et la conversation s’engagea.

Bientôt ils firent une convention d’amitié et s’invitèrent réciproquement. 11 fut entendu que le caïman, en sa qualité d’aîné, recevrait d’abord la visite du hérisson.

A la date fixée le hérisson arriva ; le caïman n’avait préparé aucun festin, mais il se jeta sur un bœuf qui broutait au bord de la rivière et l’apporta devant le hérisson.

Celui-ci se régala et mangea un morceau très gros relativement à sa taille à lui, mais petit en proportion de la grandeur du bœuf. Quand on eut digéré, on fixa une date pour la visite du caïman au hérisson.

Mais le jour du dîner, le hérisson n’avait à présenter que quelques sauterelles et des fleurs d’avoko. Le caïman se mit en colère et dit :

« Ce n’est pas là ton dîner, je pense ; il n’y a pas là de quoi faire remuer mes mâchoires. —

- C’est tout ce que je peux me procurer, monseigneur, je vous l'offre très humblement.

- Tu n’es qu’un effronté et un impudent. Quand tu vins chez moi je te traitai grandement : as-tu oublié le beau bœuf que je t’ai servi ? Que m’offres-tu en comparaison ? »

Et, ce disant, le caïman d’une seule bouchée engloutit tous les mets du hérisson.

Celui-ci, mécontent, renifla de colère, et l’autre se moqua de lui:

«C’est en vain que tu renifles, vilain animal. Tu ne te rappelles donc pas ce proverbe de l’homme qui dit :

Jamais hérisson ne se mira pour voir sa beauté, et les hérissons sont heureux quand même d’avoir des yeux ; il est vrai que vilain n’a point de honte. »

Furieux, le hérisson répliqua :

« C’est l’Andriamanilra qui a fait mes yeux et je ne puis les changer. Mais tu devrais bien te regarder toi-même avant de me critiquer. Tu as sans doute oublié le proverbe de l’homme qui dit:

l’Andriamanitra, en faisant le caïman, n’a pas voulu qu’il fût beau, mais qu’il fût fort.

Et cet autre : La pintade se moquait du serpent, pourtant tous deux sont tachetés. »

Alors le caïman, fou de colère, ouvrit une large gueule pour avaler le hérisson, mais celui-ci se précipita vite jusque dans le gosier du crocodile et s’y hérissa, si bien qu’au bout de quelques instants le roi de la rivière fut mort.

Le hérisson sortit tout joyeux de la gueule de son ennemi et se dandina, en répétant

: « Le petit est venu à bout du grand ! Le petit est venu à bout du grand! »

 

Et ce fut-là, dit-on, l’origine de la chanson connue :

« Je suis un hérisson qui traverse un cours d’eau et je n’ai pas peur de la gueule béante du caïman. »

 

 

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