Conte: LE KlRIDY

Publié le par Alain GYRE

LE KlRIDY

Conte Sakalava

Recueilli à Morondava {province de Morondava).

 

Deux époux, orphelins tous deux, étaient dans une extrême misère; ils n’avaient même pas de quoi se nourrir et se vêtir.

Or la femme, devenue enceinte, eut envie de manger du foie de kiridy (i).

Le mari prit donc un fusil pour essayer de tuer un kiridy et de rapporter le foie à sa femme. I1 lui dit en la quittant:

« Si je ne suis pas revenu dans un mois, ne m’attends plus: c’est que j’aurai été dévoré par le kiridy.

- Va, dit la femme; tâche de me rapporter du foie de kiridy, et de revenir sain et sauf. »

Puis ils se dirent adieu. Le mari partit, marcha longtemps dans le désert, traversa des rivières pleines de caïmans.

La femme, à la maison, se désolait; elle gémissait sur sa pauvreté, car, en l’absence de son mari, elle n’avait rien à manger. Quinze jours après son départ elle n’avait aucune nouvelle de lui.

Au bout de trois semaines seulement il rencontra un kiridy et tira sur lui ; mais il le manqua ; le monstre à son tour poursuivit l’homme, l’atteignit et le tua, puis il l’avala d’un seul coup

Au village, la femme, en proie à la plus grande anxiété, allait tous les jours sur le chemin par où devait revenir son mari, mais le mois passa sans qu’il revînt.

Elle enfanta un garçon, qui grandit vite et prit beaucoup de force.

Un jour qu’il s’amusait avec les enfants du voisinage, ceux-ci lui dirent:

« Va-t-en, car ton père a été mangé par le kiridy. »

L’enfant alla se plaindre à sa mère, mais celle- ci lui confirma la chose.

Alors l’enfant prit un fusil et s’en alla à la recherche du kiridy, qui avait dévoré son père. Il finit par le trouver et le tua.

Puis il se mit à le couper en morceaux.

A ce moment, son père lui cria du ventre de l’animal :

« Fais attention de ne pas me hacher, mon enfant. »

Le ventre du kiridy une fois ouvert, tous les animaux et tous les hommes dévorés par le monstre en sortirent.

Le sang du kiridy devint un grand lac, les os se changèrent en oiseaux, la chair se transforma en boue et en terre, les poils en plantes et en herbes vertes.

Tous les êtres qu’il avait dévorés s’établirent là et fondèrent un grand et beau village. L’enfant alla chercher sa mère pour l'y amener ; plus tard il devint un homme fort et courageux; le peuple le choisit pour roi ; et il régna, aimé de tous ceux qu’il avait sauvés dans le ventre noir du kiridy.

 

Voilà le conte du kiridy!

Racontez ce que j’ai raconté! Récitez ce que j’ai récité!

 

  1. Le Uirdy ou kiridy est, dit-on, un animal qui ressemble au cheval, mais plus grand et très féroce, il dévore les hommes.

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

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