Conte: Le Kotokely

Publié le par Alain GYRE

 

Le Kotokely

Conte Betsimisaraka

Recueilli à Vatomandvy {province des Betsimisaraka-du-Sud).

 

Trois hommes, dit-on, allèrent faire un défrichement; arrivés dans la forêt, deux d’entre eux travaillèrent et un resta pour préparer le dîner; il fit seul cuire une oie, puis du riz; quand le riz fut presque a point, vint une bêtequ’on appelle le Kotokely.

L’homme lui cria ; « Kotokely, sais-tu danser? Kotokely, sais-tu danser? »

Mais la bête répondit ; u Sers-moi vite ce riz, car, si tu ne me le sers pas, je me le servirai moi-même avec ma langue.

- Qu’est-ce que tu me demandes là?

- Si tu ne veux pas me servir le riz, battons-nous ensemble. »

Ils luttèrent donc ensemble : l’homme au riz fut battu et ligoté par la bête, qui mangea la nourriture ; et ce qu’elle ne mangea pas, elle le répandit à terre, puis s’en alla retrouver sa femme qu’on appelle la Kotofotsy.

Quand l’animal fut loin, l’homme refit une soupe au riz; lorsqu’elle fut cuite, il appela ses compagnons pour manger; en arrivant, ils furent étonnés de voir qu’il y avait si peu et s’écrièrent :

« Qu’est-ce que tu as fait depuis ce matin pour n'avoir cuit que de la soupe de riz ? »

Alors le cuisinier raconta tout ce qui lui était arrivé avec la bête.

Le lendemain, ce fut le tour d’un de ceux qui avaient travaillé, d’être cuisinier; il eut la même aventure.

Enfin le surlendemain le troisième fit la cuisine ; celui-là avait des crevasses dans le pied.

Lorsque le repas fut près d’être cuit, l’animal vint comme d’habitude, mais l'homme aux crevasses eut le dessus, et, après l’avoir renversée, attacha la bête au pied d’un harungana. Il appela ses camarades qui travaillaient et tous les trois prirent plaisir à manger, cependant que l’animal leur criait :

« Jetez- moi les os, jetez-moi les os. »

Ils ne le tuèrent pas, mais voulurent l’élever. Lorsqu’on le crut suffisamment apprivoisé, on le commit à la cuisine et à la garde des enfants; mais, un jour que les gens étaient allés travailler, il mit dans la marmite, au lieu des aliments ordinaires, un enfant découpé en morceaux ; et, à la place de l’enfant, il coucha dans le lit un lamba roulé.

 A leur retour les travailleurs mangèrent sans se douter de rien. Au milieu du repas ils eurent envie de piment et envoyèrent l'animal en chercher dans la campagne. Comme il n’en trouvait point, un homme sortit avec lui pour lui indiquer l’endroit. Ils marchèrent un peu et l’animal demandait ;

 « Est-ce ici? »

- « C’est plus loin, » répondit l'homme.

Cependant la bête murmurait :

« Ils sont en train de manger l’enfant, ils sont en train de manger l’enfant.

- Qu’est-ce que tu dis?

- Je dis : « Est-ce ici l’endroit du piment, est-ce ici l’endroit du piment? »

Puis, saisissant le moment propice, l’animal s’enfuit, en criant très fort cette fois :  

« Ils sont en train de manger l’enfant, ehl Ils sont en train de manger l'enfant, ehl »

L’homme courut à la maison : on trouva dans la marmite la tête et les os de l’enfant, et, à sa place dans le lit, un lamba roulé.

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

https://archive.org/stream/contesdemadagasc01rene/contesdemadagasc01rene_djvu.txt

 

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