Conte: Le Roi qui voulait avoir un enfant

Publié le par Alain GYRE

 

Le Roi qui voulait avoir un enfant

Conte Tanala

Recueilli à Tananarive de la bouche d'un Tanala d'Amboliimanga-du-Sud.

 

11 était une fois, dit-on, un roi très riche qui n’avait pas de postérité; en vain il épousa plus de vingt femmes, avec aucune d’elles il n’eut d'enfant.

Il se décida à envoyer quatre de ses gens pour ramener une ombiasy habile et célèbre.

 C’était une très vieille femme qui habitait une case isolée et branlante. Elle ne voyait plus clair, car elle avait les yeux couverts d’une taie épaisse ; de plus elle n’avait pas de dents. Les quatre esclaves l’appelèrent et elle leur ouvrit la porte. Lorsqu’ils furent entrés, Rafotsibe leur dit:

«Coupez la taie de mes yeux, car je ne peux pas vous voir. »

Ils essayèrent de couper la taie avec un grand couteau, mais en vain, la peau était si dure qu'elle ébrécha le grand couteau. On se servit ensuite d’une hache, mais elle fut ébréchée aussi.

« Vous n’employez pas l’instrument qu'il faut », dit Rafotsibe.

« Prenez donc la moitié d'un de mes cheveux et vous réussirez. »

Ils prirent un de ses cheveux, le coupèrent en deux et enlevèrent facilement la taie.

Quand Rafotsibeput voir, elle demanda aux quatre le motif de leur venue :

« Voici la raison de notre voyage : notre roi nous a envoyés pour lui ramener une ombiasy habile capable de rendre ses femmes fécondes. Or vous êtes une vénérable vieille et vous pourrez peut-être lui rendre ce service.

-Je n'en sais rien, dit Rafotsibe, je n’en sais rien. Mais retournez chez votre roi, et dites-lui de venir ici, chez moi, après-demain, avec sa plus ancienne femme.»

 Deux jours après, le roi, avec sa plus ancienne femme, se rendit chez Rafotsibe. Elle était redevenue aveugle et dit :

« Qui es-tu ?

- Je suis le roi, à qui tu as fait dire avant-hier de venir te trouver.

- Commence par m’enlever ma taie, pour que je puisse te voir.»

Le roi tira son couteau, mais le couteau fut ébréché. Alors il se rappela ce que lui avaient dit ses gens, il prit un cheveu de la vieille et enleva facilement la taie.

 «  Laisse-moi maintenant appeler mon enfant pour vous faire cuire du riz. »

Or elle n’avait jamais eu d’enfant, mais elle alla se plonger dans l’Eau-qui-métamorphose-les-gens et elle devint une belle petite fille. Elle retourna chez elle en emportant de l'eau. Le roi fut tellement surpris de sa beauté qu’il ne mangea presque rien, quoi qu’il eût bien faim. Quand le repas fut terminé, la jeune fille alla reprendre un bain, dans l’Andranomanovalona, l'Eau-qui- métamorphose, et revint sous la forme d’une vieille femme.

«Mon enfant qui vous a servi à manger m’a dit que le roi s’était presque abstenu de nourriture. Pourtant vous avez faim ; voici du riz; mangez. » .

Alors le roi se jeta gloutonnement sur la nourriture et la dévora.

Rafotsibe comprit qu’il avait un amour excessif des femmes et que telle était la raison pour laquelle il n’avait pu avoir d’enfant.

« Répudie toutes les femmes, dit-elle, sauf la plus ancienne, et cours longtemps le plus loin que tu pourras. Quand tu feras un faux pas contre du bois, tu enlèveras un morceau de ce bois avec ton couteau, et tu le râperas dans de l’eau que tu feras boire à ta femme. »

Le roi courut alors le plus longtemps qu’il put, mais il ne fit aucun faux pas, et crut que Rafotsibe s’était moquée de lui et ne savait rien.

Pourtant, arrivé au seuil de sa case, il se heurta le gros orteil contre un morceau de bois. Les deux époux tout heureux sautèrent de joie, on râpa le morceau de bois, la femme but la mixture et ce jour-là même elle eut des nausées, vomit et conçut un enfant.

Arrivée au terme de sa grossesse, elle accoucha de trois filles.

Quand les trois sœurs furent grandes, elles allèrent voir la Bonne vieille qui avait fait concevoir leur mère, car elles la considéraient comme leur grand’mère.

«  Grand'mère, lui dirent-elles, nous voulons nous marier et nous partons à la recherche d’hommes pour nous épouser. »

« Allez, allez, répondit la vieille.

Et toi, Ifaravavy, prends cette graine, mets-la dans ta bouche ; quand tu seras parvenue à l'endroit que tu dois habiter, tu la planteras. »

Les trois sœurs partirent donc. Elles vinrent à passer près d'un tavy et demandèrent aux gens qui le préparaient :

« Dites-nous, faiseurs de tavy, quelle est la plus belle de nous trois. »  

« Ramatoa est belle, répondirent les gens, Raivo est belle, mais la plus belle, c’est Ifaravavy. »

Les deux aînées, furieuses, résolurent d'enlever les perles qui ornaient le cou et les bras d’Ifaravavy pour qu’elle fût moins jolie.

Après lui avoir pris ses bijoux, elles passèrent près d'hommes qui plantaient du riz.

« Dites- nous, planteurs de riz ! Quelle est la plus belle de nous trois? »  

« Ramatoa est belle, répondirent-ils, Raivo est belle, mais la plus belle, c’est Ifaravavy. »

Les deux autres se fâchèrent encore et dirent ;

« Coupons-lui les cheveux. »

Et elles les coupèrent.

Elles passèrent près d’hommes qui sarclaient le riz.

« Dites-nous, sarcleurs de riz! Quelle est la plus belle de nous trois? i>

« Ramatoa est belle, Raivo est belle, mais la plus belle, c’est Ifaravavy, bien que ses cheveux soient coupés. »

Alors Ramatoa dit à Raivo ;

« Enlevons-lui, ma chère, ces beaux vêtements qu’elle porte et donnons-lui une simple natte. »

Elles firent ainsi. Enfin, elles arrivèrent au trou d’eau d’un roi qui n’était pas marié et s’assirent auprès. A ce moment, Ifaravavy planta la graine que sa grand’ mère lui avait donnée. Les trois sœurs se reposaient depuis un certain temps lorsqu’une esclave du roi vint puiser de l’eau. Elle raconta à son maître qu'il y avait auprès du puits trois belles filles, et le roi les fit appeler. Les deux aillées mirent leurs beaux vêtements, tandis qu’lfara s’enveloppa le corps d’une natte et marcha derrière ses sœurs comme leur esclave.

On célébra le mariage du roi avec Ramatoa et Raivo, et Ifara demeura avec elles en qualité de servante.

Au bout d’un certain temps, la graine plantée par la jeune fille devint un arbre, et cet arbre se couvrit, au lieu de fruits, d'argent, de corail, de perles, de lambas, de fusils et de toutes sortes de belles choses. Les gens affluaient de tous côtés pour voir cette merveille, mais chaque fois qu’ils essayaient de cueillir les fruits précieux, l’arbre grandissait et s’élevait vers le ciel, de sorte que personne ne pouvait rien y prendre.

 Lorsque les deux sœurs aînées entendirent parler de cet arbre, elles s'écrièrent :

«  Nous le connaissons bien ! II est à nous! »

 Le roi répliqua : « Allons donc cueillir toutes les belles choses qu'il porte, puisqu’elles sont notre propriété. Je vais convoquer tous les gens du village. »

A ce moment les cheveux d’Ifaravavy avaient repoussé, et, à l’occasion de cette grande réjouissance, on lui fit donner de beaux habits.

Lorsque tout le monde fut rassemblé, les deux sœurs aînées, pleines d'orgueil, s’adressèrent à l’Arbre en ces termes :

« Si c’est nous qui t’avons planté, abaisse-toi vers nous; si ce n'est pas nous, élève-toi vers le ciel. » L’arbre s'éleva aussitôt et devint si haut qu’on apercevait à peine ses branches,

«  Elles ne sont pas les propriétaires de l'Arbre », murmura le peuple.

Alors Ifaravavy s’avança et dit :

«  Si je suis fille d’un père Andriana et d’une mère Andriana, et si c’est à moi que ma grand’mère t’a donnée, ô graine de cet Arbre, abaissez-vous vers moi, branches de l’Arbre, sinon, élevez- vous vers le ciel. »

Aussitôt l’Arbre abaissa ses branches et tout le monde en put cueillir les fruits. Et le peuple murmurait ; « C’est celle-ci qui est la vraie propriétaire de l’.Arbre. »

Le roi était stupéfait. 11 regardait Ifara et voyait combien elle était belle, et il s'étonnait que ses sœurs eussent fait d'elle leur servante. Tout à coup il s’écria :

« O peuple, je vous déclare que désormais c'est Ifaravavy qui sera ma femme. »

A ces mots, Ramatoa voulut protester, mais elle avait à peine ouvert la bouche et dit ;

« Mo... » qu’elle fut changée en moustique; et Raivo commença à dire : « Vo... » et elle se trouva métamorphosée en un voantay (1).

 

Je laisse maintenant la parole [à un autre], car je suis fatigué !

 

( I ) Espèce lie bousier, très commune à Madagascar.

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

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