Conte: Le serpent à sept têtes

Publié le par Alain GYRE

 

LE SERPENT A SEPT TÊTES

Conte Betsimisaraka

Recueilli à Ranomainty (province d'Andevoranto

 

Deux époux avaient, dit-on, trois enfants, dont une fille, qui s'était mariée dans un village très éloigné. [Après le départ de sa sœur], un des fils se transforma en Fananimpitoloha (serpent-à-

sept-têtes) (i) et dévora tous les habitants du village, y compris ses parents.

Longtemps après, la fille mariée au loin s'ennuya de son père et de sa mère et pria son mari d’aller les voir. Celui-ci se mit donc en route. En arrivant près du village, il fut étonné de ne voir personne et de n'entendre aucun bruit ni d'hommes ni d’animaux ; il eut envie de s’en retourner, mais, songeant à la commission de sa femme, il poussa jusqu'à la porte du village; là il vit l’énorme serpent-à-sept-têtes.

Celui-ci s'écria : « Ah ! voilà mon beau-frère ! Je vais puiser de l’eau pour faire cuire du riz à son intention. » 11 n'avait nullement l'intention de faire cuire du riz, mais après avoir bu, il désirait manger son beau-frère. Pendant que le monstre puisait de l'eau, l'homme [qui n’était point rassuré] partit dans un autre village.

Quand le serpent revint et ne vit plus personne, [il fut fort en colère]. Il flaira vers l'Est et ne sentit et ne sentit rien encore; il flaira vers le Sud [et cette fois sentit l'odeur de son beau-frère]; il se mit aussitôt à sa poursuite et au bout de quelque temps le rattrapa.

A cet endroit se dressait un très grand rocher sur lequel l'homme monta. La pierre était fort glissante; le serpent ne réussit pas à la gravir ; aussitôt il se mit à la ronger. Or l’homme et ses frères possédaient cent chiens, parce qu’ils étaient grands chasseurs de sangliers. Les chefs de leurs chiens s'appelaient Miangoromila, Tsangantsangana, Mboalava et Goaika. L’homme appela ces chiens en criant :

« Miangoromila, Tsangantsangana, Mboalava, Goaika ! »

En l’entendant, le serpent s’écria :

«Oh! que mon beau-frère sait bien chanter! Descends donc que nous retournions ensemble à la maison manger le riz ! - Attends un peu, répondit l'homme, j’ai d'abord quelques paroles à laisser ici ! »

 Et il appela de nouveau ses chiens qui bientôt arrivèrent, conduits par leurs quatre chefs. Un gros nuage de poussière s'élevait sur leur route, et le serpent se figura qu’il pleuvait. Quand les chiens furent près de lui, les quatre chefs marchant devant les autres, le monstre se réjouit et dit :

 « Merci, mon cher beau-frère, d'avoir fait venir des proies à mon intention. »

A ce moment, les cent chiens se jetèrent sur lui et il s’écria ;

« Viens à mon secours, cher beau-frère; je te promets de ne pas te manger. »

Mais l’homme excita ses chiens qui mirent en pièces le serpent-aux-sept- têtes.

Toutes les personnes contenues dans le ventre du monstre étaient encore vivantes.

L’homme le fendit dans sa longueur ; les hommes et les animaux en sortirent aussitôt; ils peuplèrent une grande colline.

Cependant l’homme ne parvenait pas à retrouver ses beaux-parents.

Au bout de quelque temps il entendit un tsintsina qui chantait : « Ankinkiny amparany ! An-

kinkiny amparany ! (Cherche au bout de ses doigts !) »

L’homme brisa vite les petits doigts de l’animal, et ses beaux-parents en sortirent.

Les deux époux et leurs parents furent les chefs du nouveau village.

Depuis ce temps, dit-on, on ne peut plus passer par le lieu où mourut le Serpenit-à-sept-têtes.

 

Conte ! Conte ! Sornette ! Sornette ! Si ce conte n'est pas vrai, ce n’est pas moi qui suis un menteur, mais les anciens qui l’ont inventé !

 

  1. Le serpent à sept têtes ; Fananiiia est le nom d'une espèce de boa.

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

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