Conte: Le vieillard et le caïman

Publié le par Alain GYRE

 

Le vieillard et le caïman

Fable Merina

Recueillie à Tananarive ( province de Tananarive).

(Variante de la fable : Rangahibé, Ramanba et le Chien).

 

Un homme très vieux qui habitait près d’une rivière, cultivait beaucoup de courges.

Comme il était sur le point de faire la récolte de son champ, un caïman alla une nuit chercher sa nourriture à terre et abîma les courges en passant.

Le vieillard en colère prépara un piège et la nuit suivante le caïman fut pris.

Mais quand l’homme arriva pour le tuer, le caïman parvint à entraîner son adversaire, affaibli par l’âge.

Cependant il ne le mangea pas tout de suite, mais attendit que le procès fût jugé par les autres animaux.

Le goaika passa et le caïman lui dit :

« Veux- tu juger entre nous? J’étais allé à la recherche de ma nourriture sur les bords de la rivière et cet homme a voulu me prendre au piège. Puis- je le dévorer ?

- Certainement, dit le goaika. Il nous trompe tous ; il nous appelle des parasites, parce que nous vivons sans rien planter dans la terre. »

Le caïman s’apprêta donc à porter l’homme dans son trou.

Vinrent à passer des poissons. 11 les fit juges de la querelle.

« Mange-le, dirent les poissons, ce vieux-là nous trompe continuellement en nous offrant des aliments à l’intérieur desquels il y a du fer qui nous blessa et nous tire hors de l’eau, ou en nous emprisonnant dans des nasses. »

Le vieillard se crut perdu; heureusement pour lui, un chien errait sur les bords de la rivière.

Le caïman s’approcha de lui et exposa l’affaire.

« Mange ce gros gibier, Seigneur, dit le chien, au lieu de le promener ainsi. Et ris un peu, car tu peux te réjouir d’avoir trouvé une si belle proie. »

Le caïman rit si fort qu’il en ouvrit les mâchoires, laissant tomber le vieillard. Celui-ci s’élança aussitôt sur la rive et lut sauvé. Le caïman confus s’écria :

« Que mes enfants et mes descendants soient maudits, s’ils ne dévorent pas les chiens ! »

Le chien dit à son tour:

« Si mes descendants n’aboient pas, en voyant un caïman dans l’eau, de façon à le faire savoir aux hommes, puissent-ils tomber dans le malheur ! »

Enfin le vieillard s'exprima ainsi :

« Maudit soit celui de mes enfants ou de mes descendants qui ne donnera pas à manger aux chiens.»

 

Voilà pourquoi, dit-on, les caïmans et les chiens sont ennemis, et pourquoi les chiens vivent auprès de l’homme, qui, en échange de leurs services, les nourrit.

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

 

 

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