Conte: Le vieillard et ses 7 fils

Publié le par Alain GYRE

 

Le vieillard et ses 7 fils

Fabliau Tanala

Recueilli à Antsenavola (province de Alananjary).

 

Un vieillard avait sept fils, mais tous, devenus grands, quittèrent la maison, et pas un ne resta chez son père.

Quand celui-ci fut devenu très vieux, il rassembla ses enfants et leur ordonna de tuer un taureau. Lorsque ce fut fait, il dit à son fils aîné de faire le partage de la viande. Mais le fils s’excusa, ne sachant comment la diviser.

Le père reprit alors :

« Divise-la en trois parties égales, tu donneras le tiers aux parents de mes os, le tiers aux personnes du dedans qui vont au dehors., et le tiers aux personnes du dehors qui viennent au dedans. »

Les sept fils, ainsi que tous les assistants, furent fort étonnés en entendant les paroles du vieux, et le fils aîné demanda encore à son père :

« Seigneur, explique toi : qui appelles-tu les parents de tes os ? Qui, les personnes du dehors qui viennent au dedans, et qui, les personnes du dedans qui vont au dehors ?

Les parents de mes os, dit le vieux, c'est vous sept, qui après votre mort serez ensevelis avec moi dans le tombeau de nos ancêtres, et non dans un autre tombeau, ni dans un autre pays, quoique vous ne viviez pas avec moi. Les personnes du dedans qui vont au dehors sont vos sœurs mariées avec des hommes d’une autre maison ou d’un autre pays, et les personnes du dehors qui viennent au dedans, sont les sœurs des étrangers qui viendront se marier avec vous pour demeurer dans notre maison. Ces femmes-là concevront chez nous et les enfants qu’elles mettront au monde seront les descendants de nos ancêtres. »

Quand le partage de la viande fut terminé, le vieillard dit encore à ses fils

« : Appelez le chien de chasse et allons chasser. »

Le père, accompagné de ses fils et de son chien, partirent donc; ils virent plusieurs pintades ; aussitôt le chien se mit à leur poursuite, mais, quand il les eut rattrapées, toutes se jetèrent sur lui, l’attaquèrent à grands coups d’ailes, et de leurs becs lui crevèrent les yeux et le rendirent aveugle.

Le chien tout sanglant vint se réfugier auprès de son maître.

Le père, sans rien dire, prit la main de son fils aîné et liant ensemble le pouce et les trois premiers doigts, ne laissa de libre que le petit doigt, puis il lui ordonna de prendre avec ce doigt un pou sur sa tête.

Le fils vit bien le pou, mais ne put réussir à le prendre et dit :

« Mon père, si tu veux que je prenne ce pou, il faut me délier les doigts. »

 

 Alors le vieillard, sentant que ses enfants avaient compris ses leçons, leur dit :

 

« Mes chers fils, vous savez maintenant que plusieurs pintades ne sont pas dispersées par un seul chien, et qu'avec un doigt on ne saurait prendre un pou. »

 

Telle est l’origine de ces deux proverbes.

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

 

 

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