Conte: Les 3 frères qui-ont-des-queues

Publié le par Alain GYRE

 

Les 3 frères qui-ont-des-queues

Conte Merina

Recueilli à Aukorona {province de Tananarive).

 

Il y avait, dit-on, trois filles d’un roi, qui ne voulaient pas se marier avec des hova, mais seulement avec des andriana comme elles.

Trois frères qui-avaient-des-queues (i) entendirent raconter que ces trois sœurs refusaient d’épouser des hova, et ils vinrent les demander en mariage.

Ils avaient mis de splendides costumes et par-dessus portaient de superbes lambamena, sous lesquels ils avaient dissimulé leurs queues.

Arrivés devant le roi ils lui dirent qu'ils venaient de très loin pour lui demander ses filles en mariage ; elles consentirent, séduites par leurs beaux atours, et parce que, disaient- elles, ils étaient trois frères comme elles étaient trois sœurs.

Elles partirent donc, accompagnées d'un esclave, pour suivre leurs trois maris dans l’endroit où ceux-ci habitaient.

L’esclave s’appelait Ibitrika. La demeure des trois frères était très éloignée; c'était une caverne sous de grands rochers. Arrivés sous les roches ils dirent aux trois sœurs:

« Voici notre habitation. Attendez-nous ici, nous allons chasser du gibier pour nous tous. »

A leur retour, ils apportèrent beaucoup de miel et de belles anguilles. Ils mangèrent ensemble et firent très bonne chère. Le but des trois frères qui avaient-des-queues était d’engraisser leurs femmes et Ibitrika l’esclave, pour les manger ensuite, lorsqu'ils seraient gros et gras. Chaque jour ils partaient à la chasse et revenaient avec beaucoup de gibier.

Quand leurs femmes furent grosses et grasses, les trois frères, ne se tenant plus d’aise, montèrent un soir sur les rochers et se mirent à danser pendant que les filles du roi dormaient. Ils dansaient en se frappant avec leurs queues et en chantant cette chanson :

«  Les garçons d’ici les recherchèrent; elles dirent non !

Les garçons de là les recherchèrent : elles dirent non !

Les mauvais les recherchèrent : elles dirent oui!

Pourtant qu’est-ce que nous sommes, sinon des bêtes ? »

Mais Ibitrika l’esclave ne dormait pas, il entendit le chant des trois frères et le matin il dit aux trois jeunes femmes.

« Vos maris chantent pendant la nuit de singulières chansons ! »

Le soir venu, les trois frères se frappèrent encore à grands coups de queue et chantèrent comme la nuit précédente. Ibitrika réveilla les trois sœurs pour écouter le chant de leurs maris; et elles eurent grand peur en reconnaissant qu’elles avaient épousé des bêtes.

Le lendemain, dès que leurs maris furent partis pour lâchasse comme d’habitude, les trois jeunes femmes coupèrent trois troncs de bananiers, les couvrirent de nattes et les placèrent à l’endroit où elles se couchaient elles-mêmes, puis elles s’enfuirent.

Précisément ce jour-là, les trois bêtes se proposaient de les manger à leur retour. Line fois rentrés, ils dirent ;

« Elles sont maintenant grosses et grasses ; les voilà profondément endormies : mangeons-les. »

L’un mordit aussitôt à belles dents dans l’un des corps, mais il fut bien étonné, car il ne coula pas de sang, la chair était très dure et sans goût, et même il se brisa une dent. Les autres s’étaient jetés en même temps sur leurs prétendues femmes, et tous trois s’aperçurent qu’ils n’avaient devant eux que des troncs de bananiers.

Ils partirent alors pour aller chercher les fugitives chez le roi leur père. Elles étaient arrivées saines et sauves, mais n’étaient pas rentrées directement chez elles. Auparavant, elles étaient montées, pour se cacher, dans des arbres près d’un puits.

Une esclave du roi, venue pour puiser de l’eau, vit l’image d’une des sœurs se reflétant dans l’eau, et se dit en elle-même:

« Je suis beaucoup trop jolie pour être esclave. »

Et de dépit, elle brisa sa cruche. Les trois sœurs se mirent .à rire; l’esclave leva les yeux et les vit cachées dans les arbres. Elle courut aussitôt à toutes jambes à la case du roi en criant:

« Tes filles sont revenues; elles sont cachées dans les trois arbres auprès du puits ! »

Le roi convoqua tous ses sujets, et fit tuer un grand nombre de bœufs dont il aligna les cadavres les uns à la suite des autres depuis la porte de sa case jusqu’au puits.

Et les jeunes femmes rentrèrent sans fouler le sol. Elles racontèrent au roi comment elles s’étaient aperçues que leurs maris n’étaient point des hommes, mais des bêtes.

Juste à ce moment arrivèrent les trois frères qui avaient des queues. Ils étaient somptueusement vêtus comme la première fois et dissimulaient leurs queues sous leurs lambas.

« Nous sommes venus chercher nos femmes ; nous les avons toujours bien traitées ; pourtant elles nous ont quittés, sans nous prévenir et nous en sommes très surpris.

- C’est bien, leur dit le roi. Aujourd’hui je veux vous faire fête, nous allons nous régaler ensemble et nous réjouir; demain vous retournerez chez vous avec vos femmes. »

On se mit donc à manger et à boire.

Le roi servit aux trois frères tout un tonneau de toaka. Bientôt ils furent ivres, et dès lors n’eurent plus honte de montrer leur queue d’animal. A ce moment le roi ordonna de les tuer, car ce n’était que des bêtes.

 

Depuis ce jour les jalousies n’existent plus entre hova et andriana, et beaucoup d’andriana épousent des hova.

  1. Trois animaux.

Contes de Madagascar

Charles RENEL

 

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