Conte: Les deux Andriambahoaka

Publié le par Alain GYRE

 

Les deux Andriambahoaka

Conte Marofotsy

Recueilli à Andriamena {cercle de Maevatanana).

 

Il y avait, dit-on, deux frères, qui portaient tous deux le nom d'Andriamhahoaka.

L’aîné était extrêmement riche, beaucoup plus que le cadet.

Un jour il lui prit fantaisie de dépenser tout ce qu’il possédait; il appela son esclave nommé Kotofanasina et lui dit : « Vas appeler tous ceux qui sont morts depuis deux ans. »

Kotofanasina exécuta l'ordre de son maître et s'en fut appeler les morts en ces termes :

« O les morts de deux ans, eh!

O les morts de deux ans, eh 1

J'appelle, j’appelle.

C’est vous que j’appelle !

Je viens vous appeler,

Moi l'envoyé d’Andriambahoaka !

Les bœufs d’Andriambahoaka, dit-on,

Sont célèbres : il n'y a personne pour les manger !

Les esclaves d’Andriambahoaka, dit-on.

Sont célèbres ; il n'y a personne pour les manger.

L’argent d'Andriambahoaka, dit-on.

Est célèbre : il n’y a personne pour le manger. »

Et les morts depuis deux ans répondirent, dit-on, en ces termes :

« Retourne à la maison, ô Kotofanasina!

Nos dents qui se transforment en pierres, ne les vois-tu pas !

Nos yeux qui deviennent des cavités, ne les vois-tu pas ?

Notre tête qui devient une masse ronde d’ossements blanchis, ne la vois-tu pas ? »

Kotofanasina s’en retourna, dit-on, et raconta au roi ce qu’avaient répondu les morts de deux ans.

Alors Andriambahoaka dit à l'esclave :

« Vas appeler le fananimpitoloha [serpent à sept  têtes]. »

Kotofanasina obéit et appela le monstre en ces termes :

« O serpent-à-sept-têtes, eh!

O scrpent-à-sept-têtes, eh !

J'appelle, j’appelle,

C’est toi que j’appelle!

Etc... Etc...

Bientôt l’eau devint rouge. Kotofanasina répéta son appel, et aussitôt, dit-on, le serpent-à-sept- têtes parut à la surface de l’eau. L’esclave tremblait de tous ses membres. Le serpent lui dit :

« Retourne à la maison; j’irai chez ton maître; dis-lui de se préparer. »

L’esclave fit au roi la commission du serpent et le roi fit ses préparatifs. Il étendit des nattes propres sur toute la surface de la cour et ordonna de réunir ses quatre troupeaux de bœufs.

Au bout de quelque temps le fananimpitoloha arriva :

Andriambahoaka fit placer près d’une de ses gueules un troupeau de bœufs; le serpent les avala tous. Il restait trois troupeaux, qui furent avalés par trois autres gueules. Le roi n’avait plus un seul bœuf dans ses quatre parcs. Il fit mettre tout son argent devant une autre gueule: celle-ci l’absorba. Le serpent avait encore deux gueules à remplir. Devant l’une, AndriambahoaKa plaça tous ses esclaves : ils furent dévorés.

Mais le roi n’avait plus rien à mettre dans la septième gueule. Alors lui et les gens de sa famille s’enveloppèrent dans des lambamena et entrèrent dans la dernière gueule, comme en un tombeau.

La fille d'Andriambahoaka, nommée Kalovola et son esclave Kalobotretra, qui était un peu plus grande qu’elle, s'étaient assises dans l’ombre du seuil et le Serpent-à-sept-têtes ne les avait point vues. Il partit, lorsqu'il ne trouva plus rien à manger, et les deux femmes sortirent alors. Kalovola résolut de se rendre chez son oncle roi de l'Ouest. Elles s'en allèrent donc; mais, en route, Kalobotretra l'esclave dit à sa maîtresse ;

« Prête-moi un peu ton lamba, et prends le mien.»

 Kalovola consentit.

Lorsqu’elles furent près du village du Roi de l'Ouest, Kalovola réclama son lamba, mais Kalobotretra lui répondit :

« Toi une esclave, tu porterais mon beau lamba! je te tuerai, si tu dis encore un mot ! »

Kalovola ne souffla mot, car elle était plus petite que Kalobotretra.

 Au bout de quelque temps, elles arrivèrent chez Andriambahoaka qui dit ;

« Entre, mon enfant ! »

Il ne connaissait pas du tout sa nièce.

Kalobotretra, qui portait les beaux vêtements de Kalovola, entra donc ; Kalovola eut peur et n’osa protester. Après quelques jours l’oncle sema du riz: il envoya Kalovola pour garder la rizière et écarter les fody. La jeune fille obéit, et, quand les fody venaient,elle leur disait:

« Eh! vous, les fody de la forêt, eh !

Eh 1 vous, les fod}- de la forêt, eh 1

Ne mangez pas le riz d’Andriambahoalia !

C’est moi qui vous le dis !

Car Andriambahoaka est un personnage célèbre

Kalobotretra est devenue une andriana,

Tandis que Kalovola est devenue une esclave. »

Et chaque fois que les fody venaient pour manger le riz, elle répétait la même chose.

Un jour, dit-on, le roi alla voir son riz et entendit les paroles de Kalovola qui chassait les fody. Cela le lit réfléchir et il se demanda laquelle était vraiment sa fille, la grande ou la petite. Il trouva un moyen de s'en assurer.

«Jevais leur dire d’appeler liai ma inty, [le bœuf noirl. Si la grande l’appelle et qu'il s’approche d'elle, c’est que c’est elle ma tille ; si c’est au contraire la petite, je reconnaîtrai en elle ma vraie tille. »

Alors le roi dit à Kalobotretra qui était l'aînée d’appeler la première. Elle dit ;

« O le Noir, eh !

O le Noir, eh 1

Arrive ! Arrive ! Car c’est moi.

Qui suis ta maîtresse, qui t'appelle »

Mais le bœuf noir ne vint pas. Andriambahoaka dit alors à Kalovola, qui était la cadette, d’appeler à son tour. Elle dit ;

« O le Noir, eh !

O le Noir eh I

Arrive, Arrive ! Car c’est moi,

Qui suis ta maîtresse, qui t’appelle ! »

Et le bœuf noir s'approcha, dit-on.

 A cette vue le Roi étonné reconnut que Kalovola était sa fille et que l’autre n’était qu’une esclave.

Il adopta donc Kalovola et envoya Kalobotretra surveiller les rizières.

 

Conte, conte! Historiette, historiette ! Ce n’est pas moi qui suis un menteur, ce sont les anciens

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

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