Conte: Les deux frères et le Zanaharibé

Publié le par Alain GYRE

 

Les deux frères et le Zanaharibé

Conte Tsimihety

Recueilli à Mandritsara {province de Maroantsetra).

 

Autrefois il y avait, dit-on, deux frères vêtus de haillons; ils travaillèrent de longues années à amasser une quantité de choses, et pourtant ils restaient toujours pauvres.

Un jour, le cadet dit à son frère : « Nous nous fatiguons en vain, sans arriver à aucun résultat: tuons-nous. »

Ils s'en allèrent vers un rocher abrupt, grimpèrent jusqu’au sommet et se jetèrent en bas.

Mais un Zanahary les soutint jusqu’au pied de la roche. Ils recommencèrent à plusieurs reprises, mais sans se faire le moindre mal, et ils connurent ainsi que le Zanahary s’opposait à leur dessein.

Alors le cadet dit encore à son frère : « En vain nous avons amassé tout ce que nous avons pu ; nous sommes toujours restés pauvres ; en vain nous avons essayé de nous tuer : nous voilà encore vivants. Allons voir un mpisikidy pour lui demander ce que nous devons faire. »

Ils se rendirent donc auprès d’un mpisikidy et l’interrogèrent. Voici la réponse qu'ils obtinrent :

« Tuez une poule noire et portez la au sommet d'une colline; puis appelez le Zanahary qui vous a sauvés. »

Les deux frères firent ainsi. Un Zanahary vint d’abord, mais ce n’était pas celui qui les avait sauvés ; aussi passa-t-il sans manger la poule. A la fin, arriva le Zanahary qui avait pris soin d'eux ; il mangea la poule et parla ainsi:

« C’est moi qui ai sauvé votre vie; mais voyez ; je ne porte que des chiffons, je n'ai rien à vous donner ; donc malgré tous vos efforts, vous ne serez jamais riches. »

Les deux frères, désolés, voulurent de nouveau se tuer, Ils se rendirent à un abîme et s’y précipitèrent, mais sans pouvoir se faire le moindre mal. Le Zana- haribe les appela et leur dit :

 « Vous voulez vous tuer à cause de la richesse; eh bien! je vais faire une convention avec vous. Voici: Je vous rendrai très riches, vous aurez tout ce que vous désirez: mais au bout de huit ans, je vous tuerai. »

Le frère aîné repoussa cet arrangement, tandis que le cadet voulut bien l’accepter. Le Zanahary dit encore à ce dernier:

« Je ferai tout ce que tu voudras désormais, mais à la condition de te couper la tète au temps convenu.

- Viens donc quand le temps sera écoulé. Je t’attendrai et me tiendrai à ta disposition, »

répondit le cadet.

Au bout de huit ans, l’homme était excessivement riche, et, malgré toutes les dépenses auxquelles il s’était livré, il n’était pas parvenu à épuiser sa fortune. Cependant le temps fixé approchait. Le Zanahary envoya quelqu’un pour l’avertir, et peu après descendit lui- même pour exécuter ce qui était convenu.

Arrivé sur la terre, il réunit les gens et leur dit :

« \'oici ce que je vous dis, à vous mes sujets : cet homme s’est engagé à se laisser tuer au bout de huit ans. Autrefois il était pauvre, vêtu de haillons et je lui ai dit; Je te rendrai riche, mais après huit ans passés je te couperai la tête. 11 a consenti. Maintenant le temps est révolu. Et c’est pourquoi je vous ai réunis. »

Tout le monde fut d’avis que le Zanahary avait le droit de le tuer, puisqu’il y avait engagement entre eux deux. Le Zanahary prit donc son sabre et s’ap¬ prêta à frapper l’homme. Mais son fils lui retint le bras.

« Pourquoi m’empêches-tu de tuer cet homme ^ dit le Zanahary à son fils.

 - Si tu veux une victime, c’est l’aîné qu’il faut tuer; c’est un vaurien qui se complut dans ses haillons et refusa d’être riche, n Le cadet fut donc épargné, et on tua l’ainé qui n’avait rien reçu.

Quand il fut mort, on partagea en trois parties égales la fortune du cadet, et on en donna un tiers aux enfants de l’aîné.

C'est de là que vient le proverbe Tsimihety : Zanahary n’aime pas le mauvais.

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

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