Conte: Les trois jumeaux

Publié le par Alain GYRE

 

Les trois jumeaux

Fabliau Betsimisaraka

Recueilli à Vatomandry (province des Betsimisaraka-du-Sud).

 

Il y avait, dit-on, un homme et une femme qui étaient extrêmement pauvres.

Un jour, la femme accoucha et mit au monde trois jumeaux ; l’homme était absent, parce qu’il était allé chercher à manger dans la forêt; et, lorsque les trois jumeaux naquirent, chacun avait un signe particulier.

Le premier avait la figure pareille à une banane, et on lui donna le nom de llaibotsinakondro ; le second avait le visage comme du lait, et on lui donna le nom de Ilaibotsindronono ; la figure du troisième était semblable à une pierre rugueuse, et on lui donna le nom de Ilaivatorao.

Quand ils furent grands, ils demandèrent à leurs parents l’état de leur fortune et s'ils étaient riches ou pauvres.

Le père leur répondit qu'il était dans la plus grande misère et ne possédait absolument rien.

Alors, dit-on, ils prirent leurs sagaies et s’en allèrent pour combattre le roi du Milieu.

Quand ils furent arrivés à l’Ouest de son village, ils virent des gens qui lavaient des lambas et leur dirent :

« Est-ce là le village du grand et illustre Andriambahoaka? »

Ils répondirent :

« Vous avez sans doute envie de mourir pour oser passer par ici. »

Mais eux, sans s’effrayer, montèrent au village, et, quand ils furent arrivés, ils tuèrent le grand coq d’Andriambahoaka ; le roi était absent, mais ses trois femmes étaient là.

Quand le coq fut cuit, Andriambahoaka survint, et ses femmes et les gens du village lui dirent ce qu’avaient fait les trois hommes.

Le roi fut plein de rage; il provoqua les étrangers, mais ceux-ci refusèrent de sortir avant d’avoir fini leur repas.

Pendant qu’ils mangeaient, Andriambahoaka réunit ses soldats et les plaça sur six rangs.

Les trois frères, leur diner terminé, se rangèrent aussi et attaquèrent les soldats.

Quand les sagaies eurent été lancées, il y avait deux morts parmi les étrangers et llaivatorao seul restait.

Les soldats lancèrent encore une fois les sagaies, mais llaivatorao ne fut pas atteint.

Alors à son tour il lança sa sagaie, mais sans s’occuper des soldats et en visant le roi seul, et il tua Andriambahoaka ; lui mort, ses soldats n’attendirent même pas que l’étranger fît un Kabary, mais vinrent aussitôt déposer à ses pieds toutes leurs sagaies.

 

Alors Ilaivatorao frappa de sa main le sol où reposaient ses deux frères morts et tous deux ressuscitèrent.

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

 

 

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