Conte: Mieux vaut mourir que d’avoir honte

Publié le par Alain GYRE

 

Mieux vaut mourir que d’avoir honte

Conte Betsileo

Recueilli à Amboliimaliasoa (pcovince de Fianarantsoa).

 

Au temps d’autrefois, un andriana avait trois fils.

 Les deux premiers étaient beaux et adroits; le troisième était laid et modeste.

Or dans le pays voisin il y avait une petite andriana très belle nommée Ikalamîtoviamindreniny.

Le fils aîné alla demander sa main ; le père de la jeune fille lui dit:

« Il y a au nord du village de vastes rizières que mille hommes ne peuvent pas travailler ; si tu peux les mettre en état, je te donnerai ma fille Ikalamîtoviamindreniny. »

Le fils aîné prit un angady et s’en alla vers les rizières, mais en voyant leur étendue, il revint vers l’andriana et déclara qu’il renonçait à les travailler.

L’autre lui dit encore : « 11 y a dans mes parcs mille bœufs ; va-t’en chercher et m'amener le taureau qui m’a appartenu le premier. »

Le jeune homme s’en fut au parc, mais revint sans avoir pu reconnaître le plus ancien taureau.

Le père de la jeune tille reprit encore ;

« Au sud du village il y a un lac ; dans ce lac sont des pierres précieuses ; va les chercher; si tu me les rapportes, je te donnerai ma fille. »

Le jeune homme partit, mais ne put trouver les pierres précieuses.

Enfin le père fit venir sa femme et sa fille et dit;

« Tu vas choisir entre ces deux femmes laquelle tu juges être la jeune fille. »

Le jeune homme désigna la mère.

« Ce n’est pas celle-là. Puisque tu es incapable de la reconnaître, enfant, retourne chez toi. »

Le jeune andriana s’en alla tristement, désolé de n’avoir pu conquérir la jeune fille.

Sitôt qu’il fut rentré, le troisième frère lui demanda:

« Où est donc la femme que tu es allé chercher ?

- Je n’ai pu l’obtenir, mon cher frère.

- Je l’aurais bien, moi.

- Non, tu ne l’auras point; tu ne réussiras pas là où j'ai échoué; ne te donne pas une peine inutile.

- J'irai quand même ; je veux essayer. »

Et il partit.

En chemin, il fit la prière suivante:

« O mouches, ô canards sauvages, ô sangliers, aidez-moi, secourez-moi, car j’ai une rude besogne à accomplir. »

Les sangliers, les canards et les mouches lui répondirent:

« Nous t’aiderons, nous te secourrons, mais il faut nous donner une récompense.

- Vous l’aurez, répondit le jeune homme. »

Arrivé chez la jeune fille il fut interrogé par le père:

« Que veux-tu, enfant ?

- Je veux Rasoamitoviamindreniny pour ma femme.

- Alors va vers les grandes rizières au nord du village; mille personnes ne suffisent pas à les travailler ; quand tu les auras mises en état, je te donnerai ma fille. Tiens, voici un angady. »

 Le jeune homme partit et se mit au travail; il appela les sangliers qui arrivèrent et fouillèrent le sol de leurs groins; en quelques heures le travail fut fait et le jeune homme revint au village.

Le père demanda ; « As-tu fini le travail ?

- Oui.

- Alors va-t’en dans mes parcs ; tu prendras et tu m’amèneras le bœuf, chef de mes troupeaux. »

Les mouches arrivèrent et dirent au prétendant:

 « Le bœuf sur lequel nous nous poserons d’abord sera celui que tu dois prendre. »

11 put ainsi trouver le bœuf et l’amener au père de la jeune fille.

« Va maintenant, dit celui-ci, me chercher les pierres précieuses dans le lac au sud du village. Ensuite tu pourras emmener chez toi ta femme. »

Le jeune homme s’en fut vers le lac et les canards sauvages lui dirent:

« Attends-nous; nous allons te chercher les pierres précieuses. »

Ils les rapportèrent bientôt et les lui donnèrent.

« As-tu les pierres précieuses ? demanda le père.

- Oui ; les voici.

- Désigne donc celle de ces deux femmes qui est Rasoamitoviamindreniny, et tu pourras l’emmener.»

Une mouche se posa aussitôt sur le nez delà jeune fille et le jeune homme dit en la montrant :

u C’est celle-ci Rasoamitûviamindreniny. »

C’est ainsi qu’elle devint sa femme. 11 l’emmena donc chez lui. Mais, quand le frère aîné vit les deux époux, il s’écria :

« Je vais quitter ce pays, car j’aime mieux mourir que d’avoir honte. »

 

De là vient l’expression : mieux vaut mourir que d’avoir honte.

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

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