Conte: Tambolo

Publié le par Alain GYRE

Tambolo

Conte Betsimisaraka

Recueilli à Mahatsara (proriiice d'Andevoranto).

 

Deux époux, dit-on, n’avaient pas d’enfants; et tous deux pourtant étaient très vieux, et, du¬ rant leur vie, ils avaient ardemment désiré des descendants, pour jouir, après eux, de leurs richesses.

Souvent ils allèrent consulter des ombiasy; ils se lavèrent avec des eaux dans lesquelles on avait mis des ody ; tout cela était peine perdue.

Une nuit qu'ils étaient couchés ensemble, l’homme fit un rêve. Un Etre lui apparut et lui dit :

« Va-t’en affiler ta hache et gagne la forêt de bambous ; abats-en, jusqu’à ce que tu trouves la chose que tous deux vous désirez tant. »

Le jour n’était pas encore levé, pourtant le vieux quitta sa natte et, à tâtons, chercha sa hache dans la case toute noire ; quand il l'eut trouvée. il s’en fut l’affiler. Sa femme effrayée lui cria :

« Où donc vas-tu, quand tout est plongé encore dans l’obscurité? »

Mais il ne lui répondit pas ; et, quand sa hache fut affilée au point qu’elle aurait pu couper en deux une mouche au vol, il partit. Arrivé dans la forêt de bambous, il se mit à abattre les plus grosses tiges; il abattait, il abattait, mais ne trouvait rien. 11 regarda le soleil :

« Oh 1 Oh ! se dit-il, le soleil est haut! »

Il était midi. Il abattit encore dix bambous, et se disposa à rentrer, car il perdait patience à la fin. Puis il réfléchit et décida de couper cinq tiges, les dernières.

Comme il venait d’attaquer la cinquième, il trouva un petit garçon vif et frais, et de teint clair. Le vieux resta d’abord comme hébété, puis il revint de son saisissement, et, se baissant, il ramassa le bébé. Il osait à peine le regarder.

Avant d’arriver chez lui, lorsqu’il se trouvait encore dans le bas du village, il appelait déjà sa femme et lui criait :

« Eh ! Femme ! cherche vite des ody pour faire couler ton lait ! Cherche vite, je t’en prie! »

La femme alla trouver un ombiasy, avant même d’avoir vu l’enfant. Le sorcier lui donna les ody-pour-avoir-du-lait, et quand elle revint à la case, ses mamelles étaient déjà toutes gonflées. Elle allaita l’enfant, et le montra aux femmes du village avec orgueil.

« Où avez-vous trouvé, disaient-elles toutes, un pareil enfant ?Personne ne vous a vue enceinte, »

« Où je l’ai trouvé? C’est un Zanahary qui me l'a donne! »

Comme c’était le fils d'un Zanahary, on le choyait, il grandissait vite, et il se mêlait aux jeux des autres enfants. Mais, à cause de son caractère querelleur et tracassier, ceux-ci n’aimaient point à jouer avec lui.

Quand il fut grand, il voulut une femme.

Son père et sa mère réunirent le peuple afin de choisir la plus belle parmi les jeunes filles, mais lui les refusa toutes. Or dans un village au Nord, il y avait une femme extrêmement belle, aussi belle qu'une fille de Zanahary.

Son nom était Faranaomby. Elle était mariée à Ramohamina, et celui-ci se montrait fort jaloux.

Tambolo dit à son père :

« O mon père, fabrique-moi une sagaie, car je m'en vais enlever la femme de Ramohamina. »

Son père lui répondit :

« Que dis-tu ? Comment ! Tu te figures que tu pourras lui arracher sa femme? Tu ne sais donc pas que cet homme est comme une bête ? Reste ici, mon fils ! Je t’en supplie, et ne t'expose pas à une mort certaine !

- N’ayez aucune crainte! Ne suis-je pas Tambolo, l’être trouvé dans la forêt ? Je n’ai pas été engendré, mais déposé; je n’ai pas été enfanté, mais trouvé. Ayez confiance en moi ! »

Tambolo s'en alla donc vers la demeure de Faranaomby.

En route, il rencontra une vieille femme, qui allait puiser de l’eau avec un bambou. Sitôt qu’elle le vit, elle brisa son bambou, car Tambolo était un très beau garçon, et elle l’appela en ces termes :

« Ecoute I Ecoute! Tambolo ! Si le but de ton voyage est de chercher une femme, prends-moi. Ne suis-je pas belle ?

- Ce n’est pas pour toi que je voyage, vieille à cheveux blancs, ce n’est pas pour toi. C’est pour Faranaomby la belle ! »

Et la vieille, furieuse, s’écria ; « Puisses-tu mourir, maudit ! Puisses-tu ne plus être parmi les vivants! »

Tambolo poursuivit son chemin, et vit plu¬ sieurs jeunes femmes, en train de pêcher. Dès qu’elles aperçurent Tambolo, le beau garçon, elles jetèrent poissons et nasses, et appelèrent l'homme en ouvrant et en agitant leurs lambas.

Mais Tambolo leur cria : « Ce n'est pas pour vous que je voyage, petites oiselles, ce n’est pas pour vous que je voyage. C’est pour Faranaomby la belle ! »

La maison de Faranaomby était haute, haute, et de la fenêtre on pouvait voir au loin. L’esclave qui gardait aperçut Tambolo et dit à sa maîtresse : « Voici des étrangers qui viennent du Sud. » Faranaomby, vaniteuse et coquette, courut aussitôt mettre un beau lamba, pendant que l’homme venu du Sud montait v ers sa case. Quand elle vit devant elle Tambolo le beau garçon, elle tomba évanouie, mais lui la ranima, et il disait :

« Si c’est pour l’amour que tu t’es évanouie, que le souffle te revienne, mais si ce n'est pas pour l’amour, que le souffle t’abandonne. » .

Alors le souffle revint à Faranaomhy.

Ce fut autour de Tambolo de s'évanouir, mais Faranaomby la belle le ranima avec le coin de son lamba et le souffle revint à Tambolo.

Après les saluts échangés, il dit : « Je te prends comme femme, consens de bon cœur. »

Elle dit : « J’accepte, mais prends garde : Ramohamina est un homme violent et je ne sais que faire.

 - Nous sommes tous deux, lui et moi, pareils à des bêtes sauvages, reprit Tambolo. Laisse, que nous nous battions ! »

Cependant la mère de Ramohamina courut appeler son fils. « Eh ! Ramohamina ! monte au village! ta femme va être enlevée par un homme ! »

A ce moment là Ramohamina était dans sa forge, en train de forger. 11 répondit à sa mère :  « Quel est l’homme qui oserait enlever ma femme sur cette terre ? Approche, approche ici, ma mère ! »

Et il coupa l’extrémité des seins de sa mère. Son père, sa grand'mère, son frère vinrent aussi pour le prévenir, et il leur coupa les oreilles. A la fin, sa petite sœur accourut.

Cette fois, il crut ce qu’elle disait, car il avait confiance en elle. 11 monta donc au village. 11 vit Faranaomby et Tambolo en train de se caresser. Aussitôt il mit le feu à la case. Mais Tam- bolo fit venir une grosse pluie qui éteignit le feu. En même temps, le tonnerre, par ses grondements, épouvantait les parents et les gens de Ramohamina. Celui-ci finit par crier à son ennemi :

« Si tu es un homme, sors de cette case. Nous lancerons nos sagaies tous les deux, pour savoir qui possédera Faranaomhy. »

Tambolo, de l’intérieur de la case, répondit : « .Attends un peu; ta femme est en train de me retirer du pied une chique »

 Peu après il descendit avec sa sagaie, et Ramohamina s'écria ; « Mon cadet, garde toi bien! Le nom de ma sagaie, c’est Casseur-de-foie !

- Mon aîné, garde toi bien ! répondit l'autre. Le nom de la mienne, c’est Casseur-de-poumon !

- Jette ta sagaie le premier, dit Ramohamina.

- Non! Lance d'abord la tienne; car la femme est à toi, et tu es très irrité ! »

Alors Ramohamina jeta la sagaie en criant ; « Tiens! Voici le Casseur-de-foie! »

Mais l’autre para le coup, de telle sorte que la sagaie s’enfonça dans le sol et que la hampe en fut brisée en cinq morceaux.

Tambolo à son tour cria : «Tiens! Voici le Casseur-de-poumons ! »

Et il lança la sagaie, qui traversa la poitrine de Ramohamina, ressortit par son dos et renversa encore un petit manguier derrière lui.

Après la mort de Ramohamina, Faranaomhy devint la femme du vainqueur. Aussitôt après sa victoire, Tambolo avait dit au peuple assemblé :

« Con¬ sentirez-vous à devenir mes esclaves, ou voulez- vous tenter l’aventure de me combattre?

- Nous consentons à être tes esclaves, » répondirent les gens.

Tambolo et sa femme quittèrent alors le pays, emmenant avec eux tous les habitants du village, y compris la famille de Ramohamina.

Quand le père de Tambolo connut son arrivée, il abattit des bœufs innombrables pour faire honneur à son fils, et le jeune homme passa sur les corps de ces bœufs pour entrer dans son village.

11 devint un grand roi et fut célèbre dans tout le pays.

 

(i) La puce chique, commune à Madagascar, se loge dans les tissus ; elle cause des démangeaisons et des ulcérations.

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

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