Conte Tsisila

Publié le par Alain GYRE

 

Tsisila

Conte Betsimisaraka

Recueilli à Antsampanela (province de Vohemar).

 

Ravoalavo [le rat] qui a deux dents s’est débarbouillé la figure,

Rasakoivy [le ver de terre] le chauve s’est lavé le visage : ce n’est pas moi qui suis le menteur, ce sont les anciens, qui ont imaginé tout cela; moi, je ne fais que les imiter.

 

Un homme très riche nommé Andriambe avait déjà beaucoup d'enfants, quand sa femme fut enceinte encore une fois ; mais elle accoucha d’un petit être difforme. Ce monstre n’avait que la moitié du corps depuis la tête jusqu’aux pieds.

Le reste manquait.

Le père songea à ce qu’on en pourrait faire et proposa de l'exposer. Mais la grand’mère du petit monstre dit à Andriambe :

« Ne l’expose pas, donne-le moi plutôt; construis une maison isolée pour nous à la campagne et je me charge de l’élever. »

Randriambefit bâtir la case et la grand’mère l'habita avec son petit-fils difforme.

Quand celui-ci devint un peu grandelet, il fut assez ingénieux pour prendre des poissons avec un tandroho, et il vendait sa pêche à ses aînés qu'il voyait jouer dans les champs.

Un jour il prit dans l'eau une toute petite bête [qui n’avait pas la forme des poissons ordinaires] et il alla demander à sa grand’mère le nom de cet animal. Elle lui répondit qu’elle ne le connaissait pas, que d'ailleurs la chose n'en valait pas la peine.

Tsisila, après mûre réflexion, se décida pourtant à garder la bête et à l’élever. I1 la mit dans la source près de leur case et lui donna à manger.

Or voilà que l’animal, qui s’appelait Fananona, se mit à grossir démesurément, et au fur et à mesure de son accroissement la source s'élargissait pour le contenir, et finit par devenir un grand lac dont l’eau s’écoulait vers la mer.

Tsisila, une nuit, eut un songe, et il rêva que la bête lui disait : « Allons-nous en chez mon père et ma mère ; mais, si on t’accorde autre chose que Rafanovaovao, n’y consens pas. »

Tsisila suivit l’impulsion de son rêve. Le lendemain matin, il alla se promener au bord du lac, et trouva sur la rive une énorme bête qui se chauffait au soleil. I1 monta dessus et elle se mit à marcher en suivant une rivière. Si quelque part la rivière faisait des sinuosités, la bête continuait à aller bien droit devant elle, et  la rivière changeait son cours.

Au bout de quelques heures, ils parvinrent à la demeure de l’animal, qui dit à ses parents : n Voici, chers parents, l’ami qui m’a fait gros comme je suis; sans lui, je serais resté tout petit. »

Les parents dirent alors au compagnon de leur fils de choisir ce qu’il voudrait parmi leurs biens :

« Veux-tu de l'argent ?»

- « Non, je ne pourrais pas le porter. »

- « Veux-tu des bœufs.'' »

- « Comment ferais-je pour les amener chez nous? »

- « Choisis donc toi-même ta récompense. »

Et Tsisila demanda Rafanovaovao (amulette qui peut transformer tout ce qu’elle veut),

« Tu ne veux que cela? » dirent les parents.

-« Oui, c’est bien suffisant pour moi. »

Le don accordé, Tsisila demanda à ses bienfaiteurs comment on faisait pour obtenir de Rafanovaovao ce qu’on désirait.  

Ils se contentèrent de dire ; « Rafanovaovao, donne-nous de l’argent! »

Ce qui fut fait aussitôt.

Tsis'ila demanda immédiatement à être changé en homme complet et il cessa d'être un monstre. Il remercia beaucoup ses bienfaiteurs et s’en revint, emportant Rafanovaovao.

Non loin de la demeure de Randriambe, il rencontra un homme qui portait un fusil sur l'épaule et lui demanda;

« Qu’est-ce que tu portes-là? »

- « Une arme de destruction. »

- «Fais-moi voir, s’il te plaît, comment cette arme détruit. »

L’homme dit alors à son fusil ; « Allons! mon bon fusil! détruis-moi ces montagnes! »

Et il tira dessus. Les montagnes furent détruites. Tsisila fut stupéfait. Il dit à son amulette Rafanovaovao de lui produire telle somme; et la somme parut.

A son tour, l'homme fut bien étonné. Tsisila lui proposa alors d’échanger son fusil contre Rafanovaovao : l'homme consentit et ils firent le troc.

Mais, quand il eut le fusil, Tsisila s’en servit pour tuer l'homme et il devint ainsi le maître des deux talismans, l’arme-de-destruction et Rafanovaovao.

11 reprit ensuite le chemin de sa case. Lorsqu'il fut arrivé, il déclara à sa grand’mère qu’il voulait se rapprocher de son père Randriambe.

En une journée, il prépara de nombreuses maisons à l’endroit où il avait l’intention de s’établir et le lendemain il les fit terminer par Rafanovaovao.

Randriambe et ses gens furent bien étonnés en s'apercevant que c’était Tsisila qui les avait faites. Randriambe dit alors à ses menakely ; « Invitons Tsisila et donnons-lui du toaka à boire. Lorsqu’il sera

ivre, nous nous emparerons facilement de tout ce qu’il a, et il redeviendra pauvre. »

Ils pré¬ parèrent donc beaucoup de toaka et appelèrent Tsisila avec ses compagnons. Au moment où il partait, la grand’mère du jeune homme lui fît ses recommandations et mit Rafanovaovao dans sa poche.

Ils arrivèrent chez Randriambe; on leur offrit du toaka, et Tsisila commença à boire. .

Au bout d’un certain temps, il était ivre.

Randriambe lui dit : « Comment as-tu fait pour te procurer tant de biens? »

- « C’est par ma force », répondit-il.

Alors on lui donna encoredu toaka; il devint ivre-mort et s’endormit.

On le réveilla à moitié pour l’interroger et cette fois il répondit ;

« C’est grâce à Rafanovaovao. »

Lorsqu’il fut rendormi, on lui prit son amulette dans sa poche.

En se réveillant, il s’aperçut qu’on l’avait volé et s’en retourna en pleurant dans son village.

Un papango passa près de lui et lui demanda pourquoi il était triste.

Il répondit : « Rafanovaovao est perdue. A qui la retrouverait je donnerais de l’argent ou toute autre chose qu'il désirerait. »

Le papango dit : « Fais venir ici le rat; à nous deux nous la retrouverons. »

Tsisila appela le rat et le papango s’entendit avec lui de la manière suivante : le rat devait prendre l’amulette dans une double boite en bois où Randriambe l’avait enfermée, puis le papango fondrait sur lui et l’emporterait avec l’amulette chez Tsisila.

Sitôt dit, sitôt fait. Le rat pénétra dans la maison de Randriambe, il profita de la nuit pour ronger la boîte; le lendemain matin, en possession de Raf'anovaovao, il se cacha dans la paille à brûler ; dès que la porte de la maison fut ouverte, il s'enfuit, et le papango l'emporta chez Tsisila.

Ils lui rendirent son trésor et réclamèrent leur récompense. Tsisila donna au rat la liberté de ronger tous les meubles et au papango la permission d’emporter les poussins.

 

Voilà pourquoi les rats rongent les meubles dans les maisons et les papango emportent les petits des poules dans la campagne.

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

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