2014-10-22 L’exportation de bœufs sur pieds annulée

Publié le par Alain GYRE

2014-10-22 L’exportation de bœufs sur pieds annulée

L’exportation de bœufs sur pieds annulée

22.10.2014

Notes du passé,

Pour débuter l’exportation de bœufs, sur pieds vers la Métro­pole durant la Grande guerre, le gouvernement français invite, le 10 mai 1915, le gouverneur général Garbit à procéder à un premier envoi de 600 têtes en guise d’essai. Le ministère de la Marine annonce que le vapeur

Loire est réquisitionné et suggère à Garbit de joindre aux accompagnateurs des bouchers qui, en cas de décès, assureraient le dépeçage, et de prévoir en conséquence un chargement de sel pour le traitement des peaux.

Selon Maurice Gontard, le gouverneur général décide de concentrer le premier contingent de 600 bœufs à Vohémar. « Un certain nombre d’entre eux fut offert gratuitement à l’Administration, notamment une vingtaine par les éleveurs indigènes qui en font don aux soldats français. » Ce bétail est réuni dans trois parcs, puis préparé au voyage selon les instructions données à Paris. Des Malgaches sont requis, les uns pour conduire les animaux aux pâturages, les autres pour les approvisionner en fourrages.

Entretemps, le Loire atteint Toamasina le 30 juin. Immédiatement, « des escouades de charpentiers construisent les boxes pour les animaux sur les faux-ponts et sur le pont ». Le 10 juillet, le vapeur équipé pour recevoir les bœufs quitte le port pour Vohémar.

Or, pendant ce temps, à Paris on estime finalement que le transport du bétail vivant n’est pas le meilleur moyen de l’acheminer vers la France. Ce, après un calcul: un aller-retour France-Madagascar exige trois mois ; un vapeur du tonnage du Loire peut transporter 500 bœufs, soit 2000 par an au total. Ainsi, pour assurer l’évacuation des 100 000 bœufs initialement prévus, « il faudrait affecter 50 navires à ce service », ce qui est impossible.

De même, l’intendant général des troupes coloniales, Lallier du Coudray, ancien collaborateur de Gallieni à Madagascar, condamne « formellement » le transport de bétail vivant et se prononce pour l’introduction de viandes frigorifiées ou en conserves, traitées directement dans l’île. L’impor­tateur en gros à Antananarivo, Allain, qui se trouve mobilisé dans un bataillon de la région parisienne, conseille lui aussi le développement des industries frigorifiques et des conserves.

Le 13 juillet 1915, un câblogramme en informe le gouverneur général : « Guerre me fait connaître qu’il abandonne momentanément projet transport bœufs en raison des aléas qui résulteraient de ce transport pendant les mois les plus chauds. Dans ces conditions bœufs chargés sur Loire devront être dirigés sur Diego pour être mis à la disposition des usines de la Montagne d’Ambre et d’Antongobato qui fabriquent conserves pour Administration militaire. » Cela satisfait le capitaine du Loire peu enthousiaste pour le nouveau genre de passagers qu’on lui impose. Certes, ils sont pacifiques, mais bruyants et malodorants et le médecin-major Borel à bord du navire a déjà demandé la suppression des box établis sur les ponts-promenades, à la hauteur de la salle à manger et des cabines de pont des premières.

Toutefois, Garbit n’est pas, pour sa part, favorable à l’abandon complet du transport. Il s’en explique dans un câblogramme adressé à Paris, le 14 juillet. « Abandon complet opérations après mesures prises, installations importantes actuellement terminées, dépenses déjà effectuées pour entraînement bœufs depuis un mois et intérêt que présente cet essai occasionnerait vraisemblablement commentaires. » En fait, la presse locale commence à parler de l’ « Affaire » des bœufs et à s’inquiéter des retards.

Le 2 juillet, la « Tribune de Madagascar » déclare qu’elle craint que le coût de l’opération ne soit trop élevé pour le résultat final. « Des études approfondies auraient dû être faites, dont la partie essentielle devrait être la question transport, alimentation du bétail durant la traversée. » Pour sauver la face et éviter les critiques que ne manquera pas de déclencher la suppression complète de l’exportation du bétail sur pieds, le gouverneur général suggère d’embarquer 200 bœufs sélectionnés, que l’on pourrait installer dans d’excellentes conditions, et le reliquat serait vendu aux usines locales de conserves.

Mais le ministère de la Guerre refuse d’envisager cette solution, alléguant notamment les risques de mortalité pendant la traversée de la Mer Rouge. Il promet néanmoins que « l’exportation de bétail sur pieds serait reprise en septembre».

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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