Les Ombiasy (les hommes "médecine").

Publié le par Alain GYRE

Les Ombiasy (les hommes "médecine").

Les Ombiasy (les hommes "médecine").

Les Malgaches ont depuis des générations appris à connaître les plantes et leurs propriétés afin d'utiliser celles-ci à des fins médicales. Ainsi dans la plupart des villages, on trouve des personnes qui possèdent certaines connaissances ou qui sont censées posséder des pouvoirs de guérison, à base de matières naturelles et notamment de plantes. Ils sont connus pour avoir la faculté d'entrer en contact avec les ancêtres qui leur dicteront les méthodes à employer, afin de guérir telle ou telle maladie ou manifestation clinique. Ces personnes sont appelées "Ombiasy", "Olona be hasina" (personnes aux grandes vertus). Les sorciers jouent évidemment un rôle important au sein de la communauté tant sur le plan politique que social. Il existe une deuxième catégorie de sorciers appelés "Mpamosavy", qui au contraire pratiquent une forme de magie noire et usent de sortilèges à des fins malfaisantes. Ils sont de ce fait craints et méprisés par la population. L'accès au tombeau familial leur est d'ailleurs interdit. Les sorciers jouent évidemment un rôle important au sein de la communauté tant sur le plan politique que social.

Les soins que les malgaches apportent à leurs malades, la notion même de maladie, découlent pour une grande part des croyances religieuses et des superstitions de ce peuple issu d'ancêtres hypothétiques (les vazimba) et des apports des migrations africaines, arabes, malaises, indonésiennes et même polynésiennes.

Les malgaches considèrent que les maladies et la mort ne sont jamais dues à des causes naturelles mais à des punitions divines pour des infractions à des interdits religieux, pour des fautes envers la morale, pour la négligence du culte des ancêtres toujours présents parmi eux. Parfois aussi certains maux sont provoqués par des jeteurs de sorts

qu'il faut tout d'abord démasquer et éliminer. C'est donc avant tout par un cérémonial de sacrifices, de purifications, d'incantations, d'appels aux esprits ou d'exorcismes que sera précédé tout acte thérapeutique envers une maladie ou une épidémie.

Cependant les ombiasy, ont un diagnostic des maladies assez imprécis, leurs médications sont symptomatiques et ils utilisent surtout la dérivation des humeurs en utilisant des drogues diurétiques, laxatives, purgatives, vomitives ou sudorifiques. Actuellement cette médecine traditionnelle est toujours pratiquée, parallèlement à la médecine occidentale, qui est largement admise dans tous les milieux, et la seule officielle. Mais par faute de moyens financiers on ira plus facilement consulter l'ombiasy plutôt que le dispensaire ou l'hôpital qui est trop onéreux.

Ces dernières années, la médecine traditionnelle malgache est devenue très réputée dans le monde scientifique, notamment depuis que la pervenche de Madagascar (catharanthus roseus) a été reconnue et a révolutionné le traitement de la leucémie. Elle est aujourd'hui utilisée mondialement pour ses vertus thérapeutiques.

Dans les endroits retirés du pays, au regard du manque d'équipement et de réserve en médicaments, on constate que les centres médicaux ne peuvent pas faire leur travail correctement. Le coût de la médecine moderne n’est pas à la portée de la majorité de la population, ses services sont réservés à ceux qui en ont les moyens. Les médicaments et les soins sont inabordables pour la plupart . Le manque de moyens conduit à un manque d’accessibilité et donc de disponibilité. Les plantes médicinales sont alors un atout majeur.

Madagascar détient un trésor qui espérons pourra être sauvegarder. Ces plantes constituent des ressources inestimables pour l’industrie pharmaceutique. On estime que 25% des médicaments produits et commercialisés dans le monde proviennent des plantes. Les malgaches doivent absolument conserver cette richesse car le stock des plantes médicinales continue de s’épuiser à grande allure à cause de la dégradation de l’environnement et des activités humaines, et les savoirs transmis d'une génération à l'autre disparaissent au même rythme que les précieuses variétés végétales.

La déforestation au profit de l’agriculture et des besoins en énergie domestique, l’utilisation accrue de ces plantes en médecine traditionnelle, des méthodes de cueillette non appropriées, leur commerce et une demande croissante sur les marchés sont autant de facteurs qui menacent la durabilité de cette biodiversité.

Pour en savoir plus

Les Ombiasy (les hommes "médecine").

Le sorcier, le guérisseur, recueillis par Robert Andriantsoa.

L'Ombiasy

recueillis par Robert ANDRIANTSOA (malagasy58@gmail.com)

Les Malgaches ont depuis des générations appris à connaître les plantes et leurs propriétés afin d'utiliser celles-ci à des fins médicales. Ainsi dans la plupart des villages, on trouve des personnes qui possèdent certaines connaissances ou qui sont censées posséder des pouvoirs de guérison, à base de matières naturelles et notamment de plantes. Ils sont connus pour avoir la faculté d'entrer en contact avec les ancêtres qui leur dicteront les méthodes à employer, afin de guérir telle ou telle maladie ou manifestation clinique. Ces personnes sont appelées "Ombiasy", "Olona be hasina" (personnes aux grandes vertus). Les sorciers jouent évidemment un rôle important au sein de la communauté tant sur le plan politique que social. Il existe une deuxième catégorie de sorciers appelés "Mpamosavy", qui au contraire pratiquent une forme de magie noire et usent de sortilèges à des fins malfaisantes. Ils sont de ce fait craints et méprisés par la population. L'accès au tombeau familial leur est d'ailleurs interdit.

Une étude statistique montre d’abord l’importance des traitements pour la libération des esprits mauvais (de type lolo, angatra, ambalavelona…), de ceux contre les souffrances imputées aux esprits, à la malveillance, à la jalousie, et de la résolution des difficultés de la vie quotidienne. Ensuite viennent les problèmes conjugaux, ainsi que la sorcellerie, surtout celle qui est provoquée par des éléments ingérés, mode d’interprétation qui domine sur les Hautes Terres. Les questions relatives au couple incluent les charmes d’amour (comment retenir, attirer ou faire revenir un conjoint, etc.), ainsi que les problèmes de fécondité (comment avoir un enfant). Les indispositions communes, tels que les maux de tête, de dents, d’estomac, de cœur, ou encore le manque d’appétit font partie de la liste. Parmi eux figurent les malaises des enfants qui semblent liés aux interventions des esprits sur eux. Rakoto a aussi inclus ce qu’il appelle, sans préciser, les « nouvelles » maladies. Fait-il allusion aux pandémies de la période moderne comme le sida ? Enfin, tout comme ses prédécesseurs du xixe siècle, il a également recours au fanandroana, l’astrologie, pour rétablir un mauvais destin.

Les remèdes

Les plantes constituent la base des remèdes utilisés par les tradipraticiens. Toutefois, d’autres composants, comme des éléments et des substances du corps humain (crasse, sueur, poils) ou animal (peau, plumes), la terre, la pierre, le métal ou encore des perles peuvent être ajoutés à ces ingrédients. Tous ces éléments portent des noms évocateurs de leur action sur les maladies. Le mode d’utilisation (en fumigation, en bain…) n’est pas toujours précisé, tout comme le coût, qui n’est pas systématiquement indiqué.

Par la traduction des noms de plantes, avait établi les relations entre les traitements et les effets « désirés/obtenus » par les tradipraticiens.

Quelques exemples illustrant des cas d’action thérapeutique ou de sorcellerie :

1 : ody voankanina (litt. : « remède quand on est frappé par [la sorcellerie par] la nourriture »).

On doit employer ensemble ce qui suit :

Miaro tena (litt. : « se défendre »)

Fanalavorika (litt. : « enlever la sorcellerie »)

Resonjo (lat. : Arum colocasia)

Aoka (nom d’un arbre, litt. : « assez »)

Avozo (lat. : Cinnamomum camphora L. ; tubercule odoriférant, comme le gingembre)

Ambolazo (lat. : Calliandra alternans ; buisson planté comme une haie pour se défendre des personnes malveillantes, connu pour ses propriétés anti-sorcellerie)

Manina (litt. : « regret, chagrin »)

Mandravasarotra (lat. : Cinnamosma madagascariensis ; litt. : « détruit ce qui est difficile »)

Fanalatampoka (litt. : « enlève ce qui arrive soudainement »)

Mangina (litt. : « silence »)

Fanalasimba (litt. : « enlève ce qui est abîmé »)

Borona

Tsimahalatsaka (litt. : « n’arrive pas à “ingurgiter”, ne réussit pas »)

Landemy (lat. : Anthocleista rhizophoboides ; litt. : « qui rend faible »)

Maroka.

2 : acceptation et charme d’amour (pour gagner les faveurs d’une personne).

Remède rapide :

Andriamahery (nom d’un bois, litt. : « celui qui est puissant »)

Mazaka [makazaka] (non identifié, litt. : « qui peut porter »)

Mavory [mahavory] (non identifié, litt. : « qui peut réunir »)

Tafita (non identifié, litt. : « qui réussit »)

Mahatana (non identifié, litt. : « qui peut tenir/retenir »)

Tsy tery lalana (litt. : « dont le chemin n’est pas étroit »)

Malai-misaraka (plante et perle, litt. : « qui ne veut se séparer »)

Velo-miririnjonjo (litt. : « vivant et sain »)

Manarim-bintana (perle, litt. : « qui relève le destin »)

Mampody (litt. : « qui fait revenir à la maison »)

Famolaka (litt. : « qui domestique »)

Fanala simba (litt. : « qui enlève ce qui est abîmé »)

Ta(n)gogo (arbuste, litt. : « qui réunit »)

Landemy (Anthocleista rhizophoboides, litt. : « qui rend faible »)

Mode d’emploi : il faut s’en frotter les 10 doigts de la main, les 10 phalanges, et on pile aussi les plantes citées, on les mélange, puis on en met dans son repas ou dans son café.

3 : remède pour entraîner le désordre.

Terre déterrée par des chiens

Balle de riz

Poils de chat noir

Valalan’alika (espèce de sauterelle, appelée « sauterelle de chien »)

Pilon et mortier qui se battent

Terre oma tena « qui se mange »

Reste d’os mangé par un chien

On les répand ou on les enterre auprès de la maison de la personne ciblée.

Dans cet exemple de traitement négatif, le chien, animal abhorré par les Malgaches, est évoqué trois fois. En fait, les composants comme la balle de riz qui vole au vent, le chat noir souvent associé au sorcier, tout comme l’efficacité évoquée par les mots ou les noms, traduisent indubitablement le désordre, la séparation. Cet effet est tout aussi évident avec l’exemple suivant.

4 : couple (de mariés) à séparer et à « embrasser » pour ne qu’ils ne soient plus mariés.

5 Scopus umbretta.

6 Considéré comme un oiseau de mauvais augure.

7 Abinal et Malzac (1970 [1888]) indiquent un nom proche : Raiheka, arbre de construction (famelona,

8 Il s’agit de terre prélevée sur le lieu de culte de ces zanahary, près de chez Rakoto.

Trano tany foana (maison en briques crues abandonnée)

Trano takatra foana (nid abandonné de l’oiseau takatra)

Ordures emportées par le tourbillon

Votry foana (termitière vide)

Lalamaty (litt. : « sentier “mort”, qui n’est plus utilisé »)

Fandrava (litt. : « qui détruit »)

Tsimahatombina (litt. : « qui ne peut rester en place »)

Eau du fleuve (évoque le départ)

On fait cuire le tout, puis on jette vers le sud le reste de l’eau avec laquelle on vient de se baigner, ou bien on en asperge le lit conjugal.

Raihaka (arbre non identifié)

De la terre sainte de grand-mère Ramaitsoakanjo et Randrianiony, et de la terre tsipaka (litt. : « qui n’atteint pas »).

La notation des ingrédients des traitement souligne seulement à nos yeux la composition, par l’assemblage des substances et des noms qu’on leur donne, d’un texte d’efficacité.

En savoir plus sur http://gasikar-histo.e-monsite.com/pages/geographie/culture-et-arts-traditionnels/ombiasy.html#h4b48hBmeYGdV21G.99

Alain Brecqueville

Rêver Madagascar

Publié dans Coutumes

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