Notes du passé: Œuvre missionnaire à double face

Publié le par Alain GYRE

Œuvre missionnaire à double face

25.05.2016 Notes du passé

Notes du passé: Œuvre missionnaire à double face

Au moment de l’occupation française en 1895-1896, seuls les Hauts-plateaux possèdent des écoles. Denses en Imerina, plus clairsemées dans le Betsileo, disséminées en pays sihanaka, les écoles n’existent presque pas dans les régions côtières, sauf en quelques rares points sur le littoral Est. Pour la plupart sinon toutes, elles sont dirigées par les Missions religieuses. La royauté merina tente cependant de réglementer l’enseignement et le Code des 305 articles promulgué en 1881 par le premier souverain chrétien, la reine Ranavalona II, consacre ses articles 266 à 301 à l’instruction.

En théorie, l’enseignement est obligatoire pour tous les enfants de 8 à 16 ans et les écoles sont ouvertes par autorisation du chef de l’enseignement. Elles sont construites aux frais des villages qui doivent également rétribuer l’instituteur. Toutefois, les programmes des études et les examens qui doivent les sanctionner, restent assez imprécis. En fait, il est entendu que le premier degré d’instruction comprend la lecture et le calcul jusqu’à la règle de trois. Arrivés à ce niveau, les élèves recevront un certificat leur permettant de quitter l’école sans attendre l’âge réglementaire. S’ils désirent poursuivre leurs études, ils y sont autorisés et même encouragés. Mais le Code reste vague à ce propos.

L’article 291 se borne à dire que les instituteurs « étaient libres de faire ce qu’ils jugeaient bon dans l’intérêt de l’enseignement ». Un examen supérieur est prévu pour les élèves persévérants, et « un autre examen encore plus élevé » pour ceux qui seront à même d’être désignés comme instituteurs. Il est aussi mentionné un diplôme spécial délivré à la suite de cet examen et la recommandation faite aux maîtres « de déployer tous leurs efforts en vue d’assurer les progrès de leur école ». Le Code reste toutefois muet sur le savoir dont ils doivent faire preuve et sur la manière dont ils doivent l’utiliser au profit de leurs élèves.

Le Code prévoit également que dans chaque village soit placé un « masoivoho », « l’œil du dehors » du chef de l’enseignement. Son rôle est « d’épier les écoles et le progrès des études. Un système d’amendes garantira et la régularité des maîtres et l’assiduité des enfants. En pratique, l’institution même des « masoivoho »- « imaginée sans doute pour créer une sorte d’enseignement d’État sans bourse déliée et se servir des missions en les subordonnant au gouvernement »- se retourne vite contre son fondateur. Il n’est pas difficile aux missions de faire choisir comme surveillants les candidats dont le dévouement leur est acquis. Bien avant 1896, les « masoivoho» cessent d’être les agents du gouvernement pour devenir les représentants officieux des différentes confessions.

L’œuvre scolaire reste ainsi entièrement entre les mains des Missions. Le Code des 305 articles stipule d’ailleurs que « tout étranger venu pour professer dans les écoles pouvait enseigner et aider à l’amélioration de l’instruction» et que « les missionnaires et évangélistes pouvaient faire passer les examens dans les écoles fondées par eux, sous réserve d’informer le gouvernement ». Pas étonnant si les seuls établissements scolaires existants sont religieux, si religion et instruction sont confondues. Les mêmes édifices servent au culte et à la classe, accueillent élèves et catéchumènes, enfants et adultes. D’où les statistiques impressionnantes établies par les diverses Missions.

Leurs zones d’influence sont bien distinctes. La London Missionary Society s’établit dans le Betsileo (Fianarantsoa) et surtout l’Imerina dont elle se réserve l’évangélisation à l’exclusion de toute autre Mission protestante, sauf dans le secteur très restreint d’Arivonimamo laissé à la Friends Foreign Mission Association. La Mission norvégienne s’installe dans le Vakinankaratra (Betafo et Antsirabe) et dans le Betsileo; la Mission anglicane sur quelques points des Hautes terres et davantage sur la côte Est près de Mahanoro et d’Andevoranto; la Mission luthérienne d’Amérique dans la région de Tolagnaro. Quant à la Mission catholique, longtemps ses efforts se limitent aux anciennes possessions françaises de Sainte-Marie et Nosy Be. Ce n’est qu’à partir de 1862 qu’elle prend pied dans l’Imerina, le Betsileo et la région de Toamasina.

Les établissements de campagne, pour la plupart dirigés par des instituteurs malgaches sans titre, se distinguent des écoles élémentaires et supérieures des villes placées sous le contrôle de maîtres européens ou nationaux expérimentés. La valeur des écoles est ainsi très inégale, mais partout, l’enseignement est subordonné à l’instruction religieuse: l’école est avant tout une préparation du « Fiangonana », la communauté religieuse.

Pela Ravalitera

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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