Le Ramanenjana, un signe prémonitoire - Radama II

Publié le par Alain GYRE

Le Ramanenjana, un signe prémonitoire

Radama II

10.11.2016 Notes du passé

 

Étrange épidémie de convulsion  qui éclate à Antananarivo en mars 1863 sous le règne de Radama II, le Ramanenjana atteint son paroxysme au mois de mai suivant, où l’on compte non moins de 20 000 convulsionnaires. La maladie se caractérise par une sorte d’attaque de nerfs qui se communique « par sympathie » et plusieurs hypothèses sont émises pour expliquer cette singulière épidémie. Dont celle qui avance que ce n’était qu’une habile farce montée par le vieux parti hova conservateur, adversaire acharné de Radama II, pour préparer son assassinat et celui de ses amis et courtisans, les Menamaso.

À cette époque, des rumeurs circulent, raconte la tradition, « qu’une grande scène de ménage se déclare à Ambondrombe, la montagne proche de Fianarantsoa, où les esprits des Merina s’en vont à leur mort pour vivre comme ici-bas », c’est-à-dire selon le respect dû à la hiérarchie des castes, des corps de métier et des emplacements géographiques.

En 1861, quand Ranavalona Ire  tourne le dos, dit-on, elle y est accueillie en grande pompe: les sujets l’acclament, les soldats organisent de grands défilés, la musique est jouée, les canons tonnent. Les manifestations durent une quinzaine de jours, les nombreux bœufs et les nouvelles armes à feu dont on fait accompagner la reine dans son dernier voyage, ne faisant qu’accroître la liesse populaire.

Deux ans plus tard, un officier de Palais arrive à Ambondrombe et rapporte à la souveraine les diverses nouvelles, notamment le fait « que Radama II et le peuple prient le Dieu des Blancs ». Furieuse, Ranavalona dont on connaît la position sur le christianisme, vient trouver son époux et lui déclare, dit-on: « Ikotoseheno et le peuple, m’informe-t-on, prient à Antananarivo. » À quoi le roi  rétorque: « C’est notre unique fils, laisse-le donc faire ce qu’il veut.» Mais la reine ne l’entend pas de cette oreille et entre dans une colère noire. « Quel être humain a osé convertir Ikotoseheno au christianisme  » Aussitôt, elle décide de revenir à Antanana­rivo « pour retirer son fils de ce traquenard ».

Radama-père essaie vainement de l’en dissuader et pour lui couper la voie, il fait brûler la forêt qui borde la route. Mais elle persiste dans sa décision. À son tour le roi se fâche. Et déjà la nouvelle se répand parmi les vivants.

« Radama, furieux, a brûlé la forêt d’Ambon­drombe et Ranavalona ainsi que  le peuple se sont enfuis de la montagne. Désormais, les affaires des morts et des vivants se mêlent. »

Pour punir son épouse de son entêtement, Radama Ier ne lui donne que quelques hommes pour l’accompagner, ce qui n’est pas du goût de la reine qui compte bien se venger. Elle quitte Ambondrombe dans la nuit et pour distinguer la route, elle fait allumer des lampions et des flambeaux. Quand vient le jour, les trop nombreux bagages commencent à peser et Ranavalona donne l’ordre « de prendre un sixième de Merina par territoire pour les porter». Pressés de suivre la reine, explique-t-on, « soldats et simples sujets choisis se précipitent et sous leurs lourds bagages, ils se contorsionnent». Ce sont les esprits des convulsionnaires, semble-t-il.

Arrivée dans la capitale, poursuit-on, Ranavalona Ire voit à quel point le christianisme gagne du terrain et elle décide avec ses quelques hommes de pourchasser les chrétiens. Ceux qui sont rattrapés, subissent toutes sortes de brimades aussi avilissantes que douloureuses. C’est ainsi que certains malades du Ramanenjana délirent et crient de souffrance. D’autres, les esclaves surtout, sont ligotés. Ce qui explique « qu’ils gardent leurs bras tendus et serrés dans le dos ». Tout cela- convulsions, souffrances qui apparaissent sur le visage, délire et bras dans le dos- ne disparaît qu’à leur guérison, au bout de trois jours pour les plus chanceux. Certains malades, ajoute-t-on, pénètrent dans le Rova d’Antananarivo pour annoncer à Radama II que « sa mère l’attend à Mahamasina ». De quoi surprendre le jeune roi d’autant qu’on n’y trouve que des malades entourant la Vatomasina de sa prestation de serment.

Selon des  historiens, certains Grands du royaume veulent voir « dans cette épidémie inconnue », le signe prémonitoire de la mort de Radama II. Et quand on sait, du moins selon l’histoire officielle, qu’il est étranglé avec un lamba de soie quelques jours plus tard, on peut supputer d’où viennent la maladie et les rumeurs. Histoire officielle car une autre version, officieuse,  soutient que Radama II peut s’enfuir en pays tanala chez son frère de sang Ratsiandraofana, roi de l’Ikongo. D’après Callet, le Ramanenjana « est devenu une maladie endémique en Imerina à chaque fin de saison pluvieuse ».

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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