Notes du passé: Un peuplement piscicole favorisé par un plateau continental

Publié le par Alain GYRE

Un peuplement piscicole favorisé par un plateau continental

07.11.2016 Notes du passé N°2288

 

Plusieurs auteurs ont abordé l’étude de la forêt de palétuviers à Madagascar, notamment Perrier de la Bathie en 1953, Gachet en 1959, Kiener en 1965 et 1971. Dans son étude sur les possibilités de mise en valeur des mangroves malgaches (lire précédente Note), ce dernier chercheur insiste en particulier, sur la faune qui intéresse le plus, au point de vue de son exploitation, c’est-à-dire les poissons et les crustacés. Il distingue notamment les zones immergées au quotidien et celles qui ne le sont que pendant les fortes marées ou vives eaux.

Les premières se caractérisent par les vases profondes, riches en matières alluvionnaires et en détritus, les secondes sont mi-vaseuses et mi-sablonneuses. Il y a également les zones immergées aux grandes marées d’équinoxe avec des sables enrichis d’une faible proportion d’alluvions, celles des sols salés dont les sables sont généralement stériles et les peuplements clairsemés, et enfin la terre ferme.

Dans son ensemble, la faune comprend essentiellement des espèces euryhalines et à affinités marines dominantes, et A. Kiener retient surtout deux grands groupes, les crustacés supérieurs et les poissons. Parmi les décapodes, « importants à la fois par leur rôle trophique (même pour l’homme) et leur abondance spectaculaire», dominent deux groupes. Les crevettes comprennent six familles et une dizaine d’espèces dont les Penaeus (Penaeidae) et les petits Acetes ou Tsivakihiny (Sergestidae) sont les plus abondants. Les crabes ont trois familles très nombreuses : les Ocypodidae avec les Ocypodes terrestres et les Uca amphibies, les Graspsidae avec les Sesarma terrestres et les Portunidae, aquatiques, qui englobent le gros crabe des palétuviers (Sylla serrata), très fréquent dans les chenaux marins, dans la mangrove, et sur les bancs sablo-vaseux immergés.

Comme pour le reste de la faune, on retrouve pour les poissons une certaine zonation due tant aux conditions écologiques qu’à la physiologie même des espèces plus ou moins euryhalines. A. Kiener prend l’exemple de la mangrove de la Mahavavy du Sud et du lac Kinkony. Parmi les vingt-huit espèces totalement euryhalines qui voyagent indifféremment entre la mer et les eaux douces, six peuvent se reproduire dans tous les milieux, les vingt-deux autres devant obligatoirement aller se reproduire en mer, comme les muges. L’auteur parle aussi des « cas fréquents et curieux » des fortes remontées de requins et de poissons scie. Treize familles sur les cinquante-six recensées au total dans les zones étudiées, ont une importance économique.

L’influence des marées et de la salinité des eaux est cruciale pour les déplacements de nombreux poissons qui, surtout à l’Ouest, viennent envahir les fleuves et les mangroves avec la marée montante, puis retournent en partie en mer avec la marée descendante. Dans cette zone, la transition entre eau de mer et eaux douces se fait presque toujours de façon très progressive. « L’abondance de l’ion calcium semble favoriser la pénétration des eaux continentales par certaines espèces marines. » La côte orientale, au contraire, comporte souvent une barrière biologique nette, caractérisée par le passage assez brutal entre les cours d’eau et l’océan Indien.

La présence d’un large plateau continental tout au long du littoral occidental favorise, par ailleurs, le développement d’un peuplement piscicole qui constitue un stock de base à partir duquel se font les nombreuses incursions de poissons dans les eaux intérieures voisines. Cette présence explique aussi la différence d’intensité entre les pêches pratiquées sur la côte Ouest et sur la côte Est où existe une barre qui rend  les opérations de pêche en mer moins aisées.

Depuis fort longtemps, les mangroves dans le monde entier sont utilisées pour la pêche, mais aussi bien en Amérique qu’en Afrique, y compris Madagascar, elles ne sont généralement mises en valeur que d’une façon très extensive. En Extrême-Orient, elles sont exploitées de façon très intensive pour des raisons essentiellement démographiques à cause d’une population nombreuse.

A.Kiener fait alors un rapide tour d’horizon de quelques réalisations déjà obtenues dans d’autres pays, telles la valli-cultura en Italie, notamment sur les bords du Pô.

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