Notes du passé: Des bois fossilisés défient l’éternité

Publié le par Alain GYRE

Des bois fossilisés défient l’éternité

16.12.2016 Notes du passé

 

Leur pérégrination dans le Sud malgache mène Raymond Decary et Urbain Faurec au pays des Sakalava du Sud, plus exactement au nord-est de Maintirano. Cela se trouve non loin de l’endroit où sont entrepris dans la première moitié du XXe siècle, des sondages pour les recherches de pétrole. Le dyke de Tongobory près d’Andrafiavelo a percé les sédiments crétacés et formé au-dessus de la plaine, une colline d’une soixantaine de mètres.

Lors de son refroidissement, le basalte s’est fissuré en colonnes prismatiques verticales.

« Elles rappellent les célèbres tuyaux d’orgues d’Espaly dans le Massif Central. », décrivent les deux scientifiques.

Des échantillons de cette roche, envoyés au Muséum d’histoire naturelle de Paris, sont reconnus par Alfred Lacroix comme un type anormal du basalte malgache connu sous le nom de « Sakalavite ». C’est « un basalte moritique à hyperstène résultant de la consolidation d’un magma fondu et épanché ».

L’analyse effectuée au Laboratoire de minéralogie se traduit par une constatation singulière.

« À l’inverse de ce qui s’observe dans ces laves terrestres, on trouve parmi les météorites feldspathiques de grandes analogies avec la lave qui fait l’objet de cette note, je veux dire les howardites et les encrites », écrit Alfred Lacroix dans sa Note à l’Académie des sciences.

Ce rapprochement imprévu est possible grâce au microscope et aux réactifs. Ainsi, la petite colline noire et caillouteuse de Tongobory est devenue, du point de vue lithologique, l’un des sites scientifiques les plus intéressants de la Grande ile.

« Et tout ceci ne fait-il pas penser à la rockallite des mers boréales, dont la composition se rapproche tant de celle des granits alcalins de la presqu’île d’Ampasimena, près de Nosy Be   »

Toutefois, l’une des principales curiosités du pays sakalava du Menabe, est sans nul doute constituée par les bois silicifiés de la région de Morafenobe.

« Couchés sur le sol, ils donnent de loin une singulière impression de colonnes de temples abattus par un cataclysme. Il en est de monstrueux, atteignant un mètre de diamètre, avec une longueur d’une vingtaine de mètres. Géants renversés et transformés en pierre, ils défient l’éternité ! »

D’après Raymond Decary et Urbain Faurec, l’analyse montre que les arbres fossiles sont formés par des quartzs ou des calcédoines. Le plus souvent, la texture fibreuse rappelle nettement l’origine primitive ligneuse. Parfois, des échantillons se voient, dans lesquels le quartz est cristallisé en rosette. « Ils appartiennent au genre Sideroxylon. »

Ces bois que l’on trouve dans toute la région triasique, sont incontestablement flottés.

Il est, en effet, remarquable de constater qu’ils sont représentés uniquement par des troncs et que ceux-ci ne sont jamais ramifiés.

« Les branches ont été brisées ou détruites au cours du transport par les courants, entre le lieu de provenance et celui de dépôt. »

Le Bongalava est parfois indiqué comme étant l’emplacement sur lequel ont vécu ces forêts subfossiles. Pourtant, ils sont bien de l’âge triasique. En fait, « leur présence en surface est due à la seule érosion qui a fait disparaître les sables les enrobant ».

D’ailleurs, on trouve bien que rarement des « bois en place » dans les grès. Il en existe, par exemple, dans les bancs qui bordent la rive droite du Ranobe, en aval de la grande cascade du fleuve.

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