Notes du passé: Des moyens énormes pour coloniser Madagascar

Publié le par Alain GYRE

Des moyens énormes pour coloniser Madagascar

23.01.2017 Notes du passé

 

Tous les espoirs sont mis dans la Compagnie française des Indes orientales, quatrième version. D’autant qu’une « excellente initiative» figure dans le programme, indique Edmond François, membre de l’Académie malgache, dans sa communication du 17 décembre 1943, à l’occasion du Tricentenaire de l’établissement de l’autorité française à Madagascar. « On décida que les ouvriers et spécialistes divers seraient envoyés dans toutes les contrées de Madagascar pour recueillir des échantillons de toutes les matières utiles qu’on pourrait y trouver. Cette prospection ne fut pas exécutée aussi largement que le souhaitaient les syndics, mais après trois siècles, nous devons avouer qu’elle n’est pas encore achevée. »

Quatre cents artisans se présentent au recrutement, que l’on dirige sur Brest en vue de leur embarquement. La Compagnie arme une première flotte de quatre navires et lui confie des marchandises. Les vaisseaux quittent Brest, le 7 mars 1665, avec de Beausse, gouverneur de la Colonie, et son adjoint Montaudon à son bord. La carrière des deux hommes est bien courte. Le premier meurt au Fort Dauphin, cinq mois après son arrivée. En septembre 1666, son second qui lui succède, décède à son tour. C’est Champmargou qui exerce par intérim la direction de la Colonie.

Peu après le départ de la flotte, Louis XIV et Colbert parachèvent l’organisation de la Colonie. Les syndics qui dirigent provisoirement les divers services de la Compagnie, sont remplacés par douze directeurs dont Colbert et de Thou. Le chef de la Colonie qui porte le titre de gouverneur, a rang de vice-roi de Madagascar. D’autres décisions sont prises pour élargir le champ d’actions de la Colonie jusqu’à Bourbon et aux Indes. « On donna au gouverneur vice-roi, le pouvoir d’attribuer à Madagascar des fiefs de noblesse et de distribuer des titres. » Edmond François signale cependant, qu’il ne retrouve pas la preuve que les gouverneurs usent dans l’Anosy de ce pouvoir qui vise un essai, « sans doute un peu naïf» d’assimilation des autochtones (lire précédente Note).

Lopis de Montdevergue est le premier vice-roi qui relève Champmargou de son intérim. À son arrivée au Fort Dauphin, il trouve la Colonie dans la pire situation et la population européenne réduite à 60 colons qui ne s’éloignent guère du fort. Le nouveau gouverneur est vraisemblablement empêché d’exécuter le programme qu’on lui a tracé. On voit alors réapparaitre  les accusations déjà portées contre le personnel de la Colonie taxé « d’incompétence et de prévarication ».

Louis XIV est le plus calme et le plus persévérant des actionnaires de la Compagnie. Les mauvais rapports venus de la Colonie ne le troublent pas outre mesure. Ses projets coloniaux prennent corps même quand le Fort Dauphin est « en proie au gâchis ». Il ne veut pas se laisser détourner de son but. « Pour encourager les souscripteurs et obtenir d’eux de nouveaux versements, il promet la remise à la Compagnie de deux millions et versa un acompte de 500 000 livres. Cette somme devait être employée à l’amortissement des pertes déjà constatées. D’une autre main, il sermonna sévèrement le vice-roi Montdevergue. »

Peu après l’envoi de cette mercuriale, en février 1669, le voilier « Saint-Jean » arrive en France avec le premier chargement de marchandises embarquées aux Indes, auquel avaient été ajoutés des peaux, de l’indigo, des gommes, du poivre chargés à Madagascar. Le roi fait répandre la bonne nouvelle, mais des lettres ramènent bientôt le doute dans les esprits. Le pessimisme des directeurs gagne même le roi qui abandonne. « Montdevergue était un incapable. » Il parait alors établi « que Madagascar réclamait d’autres hommes et des moyens énormes pour accorder à la Compagnie une petite chance de profit. En revanche à Bourbon et aux Indes, le succès des entreprises françaises était assuré. »

Le roi cède et permet le transfert à Bourbon du siège de la Compagnie. Mais il entend maintenir « les droits de la France sur le Fort Dauphin et l’ile Dauphine. Louis XIV ne résilia pas nos droits et les confirma encore une fois, le 4 juin 1686, dans un arrêt qui rattache Madagascar au domaine de la couronne. »

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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