Une randonnée difficile jusqu’à la caverne royale

Publié le par Alain GYRE

Une randonnée difficile jusqu’à la caverne royale

21.11.2017 Notes du passé

L’aide-naturaliste du Musée royal d’histoire naturelle des Pays-Bas, François Pollen, se fait inviter, avec son ami Douwe Casparius Van Dam, par le roi de Nosy Faly, pour l’accompagner lors d’un pèlerinage au tombeau royal, dans une grotte d’Ambato. Après un voyage au fil de l’eau, tous débarquent pour traverser une forêt impénétrable (lire précédente Note).

« Plusieurs voix d’oiseaux nous rendaient la marche plus agréable », indique François Pollen. Et ce, jusqu’à ce qu’ils arrivent à « une prairie mobile de fougères et d’une espèce de papyrus » qui les sépare d’une petite forêt de copaliers au pied du promontoire d’Ambato. Forêt qu’ils traversent avec beaucoup de difficultés, d’ailleurs.

C’est là qu’ils bivouaquent et vont passer la nuit. Dès que les autres pèlerins arrivent, pendant qu’ils s’installent, quelques esclaves du roi tuent un bœuf que tous partagent.

« J’admirai la promptitude des Antankarana à construire leurs petites tentes, mais il nous fut impossible de les attendrir, même par des cadeaux et de l’argent, et de les décider à nous en céder une.» Même le roi n’arrive à les en convaincre. Aussi, François Pollen ordonne-t-il à ses esclaves de lui construire un abri, « une espèce de berceau » sous l’ombre d’un énorme copalier, garni à l’intérieur des voiles de son canot américain « pour nous garantir contre les courants d’air et la pluie si nuisibles à l’Européen dans ces parages. On couvrit ensuite le sol avec des fougères sèches sur lesquelles on mit une natte qui devait nous servir de tables, de chaises et de lit ».

Après le repas à base de viande plus ou moins rôtie, les pèlerins se versent du « betsabetsa » en grande quantité jusqu’à s’enivrer, se mettent à chanter accompagnés des joueurs de tam-tam et de cornes à bœuf, et de claquements de mains de femmes  assises autour des feux. Ce tintamarre provoque la migraine chez les Européens. Comble de malheur, ajoute le naturaliste, une pluie torrentielle tombe, les forçant à quitter leur « tente » pour se réfugier auprès du feu qui s’éteint petit à petit.

Le lendemain matin, les pèlerins repartent. Les « musiciens » ouvrent la marche, suivis d’une trentaine d’Antankarana en tenue de guerre : un « sembo » très court, une longue ceinture de peau de bœuf à laquelle sont attachés une petite giberne et un flacon d’huile,  deux colliers de balles, un fusil à pierre dans un fourreau en rabane et une paire de sagaies. Derrière l’escorte, viennent le roi, les princes, les Hollandais, les ministres et hauts dignitaires habillés de lamba de toutes couleurs, la grand-mère du roi, ses épouses, les princesses, les parents de son père décédé…

La marche se fait dans un silence mortel interrompu par les pleurs des femmes, la musique et les cris du cortège, répétés par les échos. « Je ne puis décrire les impressions que j’éprouvais à chaque pas dans ces lieux admirables, où la terre était couverte d’une végétation riche, exubérante à l’excès de sève et de variété, où les chants des oiseaux me touchaient le cœur, où les mille couleurs des fleurs et des insectes me charmaient la vue… » La montée de la pente menant à la caverne qui cache le tombeau royal, se fait difficilement à cause des nombreux troncs d’arbres et des grosses roches qui encombrent le sentier. Parvenus sur une espèce de colline, ils descendent avec les mêmes difficultés, abordent une espèce de pont naturel terminé par la caverne royale.

Après l’homélie pour louer le mort, « on alluma un feu sur lequel on met des tiges vertes d’un certain arbre sacré, lesquelles  répandirent une fumée tellement épaisse que nous nous crûmes tout à coup entourés d’un nuage. C’était là le sacrifice qu’on offrait au feu roi, mais qui étouffait presque ceux  qui étaient près du bûcher ». Après cette fumigation, on porte les cadeaux dans le tombeau du roi Tsimamindra : vases et bouteilles de « betsabetsa», tabac, chaux, feuilles de bétel, quelques plats contenant une résine aromatique… Lorsque tout est déposé, chaque membre de la famille  royale y entre un à un, « sans doute pour faire ses prières ».

En même temps, les pèlerins armés de fusils commencent à tirer plusieurs coups.

« Nous étions fort en danger à cause de leur salut militaire et, à chaque instant, je m’attendais à voir éclater un des fusils. Nous fûmes heureux de quitter bientôt ce terrain et de nous rendre au campement où nous arrivâmes vers midi. » Après  un léger déjeuner, accompagnés du roi, de ses frères et des princes, tous plus ou moins éméchés, ils rejoignent leur canot pour « regagner promptement » l’ile de Nosy Faly.

 

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Cassam Aly Ndandahizara

http://www.lexpressmada.com/blog/notes-du-passe/une-randonnee-difficile-jusqua-la-caverne-royale/

 

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